L'art difficile de rester assise sur une balançoire

L'ouvrage:
Pauline était heureuse sur la balançoire qu'est la vie. Mais Yann, son mari, est brusquement descendu de la balançoire. Il lui a demandé le divorce en expliquant qu'il la trompait depuis des mois avec... Mélanie, sa meilleure amie. Pauline doit trouver comment exprimer sa douleur et sa haine. Elle tuerait bien Mélanie, mais quelqu'un d'autre s'en est chargé.

Critique:
Ce livre me rappelle un peu «Les arbres ne montent pas jusqu'au ciel», de Marianne Rubinstein. Le sujet est le même, et les deux héroïnes vont vivre une espèce de parcours initiatique, des phases par lesquelles un être trahi et délaissé par son conjoint encore aimé passe obligatoirement. Le livre d'Emmanuelle Urien me semble tout de même plus creusé pue celui de Marianne Rubinstein.

Ce parcours, la narratrice va le faire vivre au lecteur. On s'identifiera très bien à Pauline qui pensait que ce genre de choses n'arrive qu'aux autres. Combien sommes-nous à le penser? Pauline nous montre que non, ça n'arrive pas seulement aux autres. Son couple faisait partie des ménages heureux, et pourtant... Une personne qui connaît cette situation sera peut-être un peu réconfortée de la lire sous la plume d'une parfaite inconnue: c'est comme si Pauline nous prenait par la main et nous aidait à traverser l'épreuve.

L'auteur décrit très bien (à mon sens) l'état de délabrement de son héroïne. La première partie (Pauline exposant ses états d'âme) est peut-être un peu longue, mais je pense que l'auteur a souhaité bien montrer que la douleur ne s'envolera pas comme ça. De plus, le style est vivant. Pauline alterne cris de haine désespérés et humour noir confinant à l'autodérision. L'autre avantage est qu'on ne sait pas vraiment où l'auteur va aller.

Ce parcours, pendant lequel notre héroïne tente tout un tas de remèdes (l'un d'entre eux consistant à frapper des oreillers en hurlant sa détresse), n'est pas sans clichés. En effet, la jeune femme fait d'abord assaut de mesquineries afin d'enquiquiner son ex. Si cela peut se comprendre, j'espère qu'en pareil cas, je ne réagirais pas ainsi. En outre, elle finira immanquablement par s'inscrire sur Meetic, et par avoir des envies effrénées de sexe. J'ai trouvé cela un peu dommage, comme si après un abandon, on avait vraiment envie de ça. Je pense que si j'étais dans ce cas, si je n'arrivais pas à digérer la chose, ce ne serait pas ma tasse de thé. Mais l'auteur montre que ces clichés cachent encore une phase de la détresse de Pauline. Est-ce vraiment ce dont elle a envie? N'est-ce pas un autre remède pour tenter par tous les moyens de se détacher de Yann? Enfin, ce qui se passe après que Pauline a découvert quelqu'un avec qui il lui plaît d'échanger (sur Meetic) est quelque peu inattendu. L'auteur se sert donc de clichés pour révéler autre chose, pour prendre une autre direction.

La toute fin est logique. Elle n'est pas bâclée, va bien au roman, même si l'un de ses épisodes est quelque peu rocambolesque, et pourra déplaire.

Remarque annexe:
J'ai de plus en plus de difficultés avec les livres où il arrive quelque chose à des animaux par la faute des hommes.

Éditeur: Denoël.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie-Clély Ladini pour la Bibliothèque Braille Romande.
La lectrice a une voix et un ton dynamiques. Elle les a très bien mis au service de ce roman. Je pense qu'il ne devait pas être lu autrement: que Pauline pleure, qu'elle s'apitoie sur elle-même, ou qu'elle rie, elle a cette ténacité, ce désir de remonter la pente (même lorsqu'elle le nie) qu'exprime la voix de la lectrice.

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