Mémoire trouble

L'ouvrage:
Ophélia March a eu une enfance et une adolescence difficiles. Ses parents l'ont négligée. C'est ainsi que la jeune fille, déboussolée et assoiffée d'amour, s'est jetée dans les bras de Marlow Jerry, le seul qui lui témoigne un peu d'affection. Mais bien sûr, le garçon fait cela sachant Ophélia vulnérable, et donc facile à manipuler. La jeune fille ne fait que s'exposer à un danger plus grand que l'absence d'amour.

Critique:
Ce thriller sort des sentiers battus, ce n'est pas un de ces livres où un crime est commis, et où on se traîne péniblement jusqu'au moment où l'écrivain consent à nous en dévoiler l'auteur.
Lisa Unger nous présente des personnages intéressants, surtout Ophélia, dont on comprend très bien la psychologie, les sentiments. C'est un personnage très fort, car malgré sa vie dévastée, elle reprend le dessus, se bat, lutte pour son équilibre mental. Pourtant, après tout ce qu'elle a vécu avec Marlow, il aurait été logique qu'elle tourne mal.

Le personnage de Gray est également sympathique au lecteur. C'est par ce côté que le roman est appréciable: Gray exerce un métier peu recommandable, et pourtant, son amour absolu pour Ophélia nous le rend sympathique. Ce n'est pas manichéen, et c'est une force du roman.
C'est un peu la même chose quant à Viviane. Elle aide Ophélia, et va très loin pour cela. Elle use de stratagèmes détestables, mais elle est convaincue que ce qu'elle fait est pour le bien de la jeune femme. Contrairement à Gray, elle ne trouve pas grâce à mes yeux, car elle blesse trop de gens pour arriver à ce qu'elle croit être bien.
Quant à Drew, il est plus manichéen, et donc, moins intéressant, car il ne regrette pas le mal qui a pu être fait.
Le père d'Ophélia est insaisissable... il est complexe, mais il ne semble pas très positif... trop de zones d'ombre l'entourent.
Le lecteur trouve aussi Ray Harrison sympathique parce qu'en plus de ne pas être manichéen, il tente de s'en sortir.

L'agencement du livre est un peu déroutant. Nous suivons en parallèle trois moments de la vie d'Ophélia. Une présentation chronologique aurait été moins perturbante. Peut-être Lisa Unger a-t-elle souhaité que le lecteur soit aussi perdu qu'Ophélia, lui faire mieux ressentir la détresse de la jeune femme en lui montrant simultanément les trois moments au cours desquels sa vie a basculé, et en plus, lui montrer à quel point cela peut être perturbant de ne plus savoir où on en est.
Mais peut-être a-t-elle voulu perdre son lecteur, afin qu'il ne voie pas trop vite que l'intrigue, malgré des personnages intéressants, est assez banale.

Il y a malheureusement quelques longueurs, mais elles ne sont pas trop envahissantes.
Il est regrettable que l'auteur ait utilisé la même ficelle pour deux événements différents. La première fois, c'est réussi, d'abord parce qu'elle bénéficie de l'effet de surprise auprès du lecteur, et ensuite parce qu'elle finit par tout expliquer d'une manière satisfaisante. Mais la seconde fois (lors de la dernière visite d'Harrison), j'ai trouvé ça lourd et invraisemblable.
(Attention, si vous n'avez pas lu le roman, passez au paragraphe suivant.)
Ophélia n'aurait pas pu combler toutes les lacunes avec sa seule imagination. En outre, cela signifie que presque toutes ses entrevues avec Harrison et celle qu'elle a eue avec Sarah n'ont pas eu lieu. Or, il est impossible qu'Ophélia ait deviné tout ce qu'ils lui disent seule... J'ai donc trouvé cette partie de l'histoire bancale, et cela gâche le reste. Le livre semble bon, au départ, mais cette ficelle le rend, à mon avis, mauvais.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Muranyi Kovacs et Hervé Lavigne pour les éditions VDB.
Les lecteurs ont mis le ton approprié, ils ont su rendre le livre vivant. En outre, ils n'ont pas prononcé Victory avec un terrible accent anglophone, ce que j'ai trouvé très bien. J'ai trouvé un peu dommage que Muranyi Kovacs ait tenté de faire un accent pour Esperanza, surtout dans la scène où celle-ci pleure... là, c'est un peu lourd, et on n'y croit pas trop.
Note pour ceux qui me trouvent peut-être trop sévère lorsque je dis que certains lecteurs surjouent: mon mari a entendu des morceaux de ce livre, et il a trouvé que les lecteurs en faisaient un peu trop. Il est donc encore plus sévère que moi. ;-)

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