Auteur : Tropper Jonathan

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lundi, 25 juin 2012

C'est ici que l'on se quitte, de Jonathan Tropper.

C'est ici que l'on se quitte

L'ouvrage:
Morty Foxman vient de mourir d'une longue maladie. Bien qu'il n'ait jamais pratiqué sa religion (il est juif), sa dernière volonté est que sa famille se conforme à la cérémonie en vigueur lorsqu'une personne meurt. De ce fait, ses enfants (Wendy, Paul, Judd, et Philip), devront rester une semaine ensemble dans la même maison. Cela ne présage rien de bon, la famille ne s'entendant pas vraiment.
En outre, chacun a des problèmes à ce moment: le mari de Wendy est plus absorbé par son travail que par sa famille; Paul et Alice tentent d'avoir un enfant, et cela tourne à l'obsession; Judd est en instance de divorce; Philip n'a aucun travail.

Critique:
J'ai lu qu'une fois qu'on avait lu un roman de Jonathan Tropper, on pouvait se dispenser de lire les autres, car c'était toujours la même chose. Heureusement, j'ai suivi mon instinct. Il est vrai qu'on retrouve une certaine ambiance, une certaine façon d'écrire, mais c'est logique. J'ai passé un très bon moment avec cette famille terriblement humaine. J'ai surtout apprécié l'à propos avec lequel l'auteur fait intervenir ses personnages, ceux-ci balançant des répliques bien senties à des moments de tension extrême. Les répliques sont amusantes, mais elles le sont d'autant plus qu'elles arrivent à un moment où on ne les attend pas du tout. Les dialogues sont souvent savoureux. Ils sonnent vrais, justes, et allient humour et gravité, à l'image de la famille. En effet, le lecteur commencera par les trouver tous un peu étranges, voire superficiels, mais ensuite, on apprend à mieux les connaître, à les comprendre.

C'est sûrement Wendy qui m'a le plus déplu. C'est d'abord le fait qu'elle semble indifférente à ses enfants qui m'a dérangée. J'ai beaucoup de mal à accepter les mères qui se fichent de leurs enfants. De plus, Wendy est malheureuse (ce qui la rend parfois amère, voire aigrie) car son mari ne pense qu'à son travail. C'est triste, mais c'est elle qui a voulu cette vie et qui choisit d'y rester. J'avais envie de la secouer, de lui dire de prendre ses enfants, et de demander le divorce!

Je n'ai pu m'empêcher d'apprécier Philippe. Il n'est pas vraiment à sa place dans la famille. D'abord parce qu'il a dix ans de moins que ses aînés, mais aussi parce qu'il n'hésite pas à exprimer tout ce qu'il ressent (souvent de manière comique et grandiloquente), à l'inverse des autres. Il reste adolescent par certains côtés: comment oublier ce dialogue mémorable (en substance):
«Maman, arrête de parler de mon pénis. Les parents ne parlent plus du pénis de leurs enfants quand ils sont adultes.
-Sois adulte, et j'arrêterai d'en parler.»
Philippe est à la fois sage et puéril, gaffeur et grave, plein de bonnes résolutions qu'il piétine. Il pleurniche sur son sort, mais ne fait rien pour être davantage responsable. On a envie de le protéger et de le sermonner.

Paul est assez difficile à cerner, au départ. Il fait souvent la tête, et ses répliques sont plus acerbes qu'aigres-douces. Là encore, l'auteur a su faire preuve de finesse en nous décrivant un personnage blessé, presque effacé, qui a pris l'habitude de se taire, ou de s'énerver sur de petits détails...

Quant à Judd, l'histoire étant racontée de son point de vue, on commence par lui offrir sa sympathie. Au début, je trouvais un peu dommage que Judd ait l'air du pauvre malheureux injustement maltraité. Mais à mesure du récit, on se rend compte que tout n'est pas simple. Cette satanée habitude familiale de laisser le non-dit et le malentendu s'installer a contribué à la dissolution de son mariage.
Les quatre frères et soeurs se repencheront sur leur enfance au cours de cette semaine, et découvriront certaines choses à leur sujet.

Les autres personnages sont tout aussi intéressants, même si certains sont juste des imbéciles comme Barry ou le «patron» de Judd.
Alice ne m'a pas agacée, pourtant, on aurait pu s'y attendre...
Tracy est un peu trop psy, à mon goût. Elle a l'air un peu trop formatée, même si elle est sympathique.

Quant à l'intrigue, l'auteur saura surprendre son lecteur. À un moment, il nous brandit un événement sous le nez, et j'ai eu peur que la suite soit toute tracée. Heureusement, il a su être un peu plus fin que ce que je craignais.
Tout le livre est construit sur un louvoiement perpétuel entre humour et gravité. Ce savant mélange est cristallisé dans la scène (que Judd raconte vers le début du roman) où le narrateur surprend sa femme s'ébattant avec son amant dans le lit conjugal. J'ai été choquée et déçue, à l'instar du personnage principal, mais je riais lors de ses apartés mentaux, et surtout de la conséquence du lancé de gâteau...
Je me demandais comment Jonathan Tropper allait parvenir à créer une fin acceptable... Finalement, la sienne me convient.

J'ai hâte de relire d'autres livres de cet auteur!

Je me demande comment le traducteur s'est débrouillé pour traduire les diverses discussions qui ont lieu sur l'expression «ass whole».

Éditeur français: Fleuve Noir.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Ramon de Ocampo pour les éditions Recorded Books.
Le lecteur a très bien interprété ce roman. Non seulement, il joue sans cabotiner, mais il modifie sa voix à bon escient pour faire différents personnages. Par exemple, il prend une voix grave et basse pour Paul, l'assortissant d'un ton désabusé. Pour moi, c'est tout à fait comme ça qu'il faut interpréter Paul. Le comédien fait cela pour tous les personnage, aidant ainsi le lecteur à mieux les imaginer.

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vendredi, 6 avril 2012

Perte et fracas, de Jonathan Tropper.

Pertes et fracas

L'ouvrage:
Doug a vingt-neuf ans. Voilà un an que sa femme, Hailey, est morte dans un accident d'avion. Il ne s'en remet pas. C'est alors que son beau-fils de seize ans (fils d'Hailey) enchaîne les bêtises, et que sa soeur jumelle (Claire) décide de le prendre en main. Son autre soeur, Debbie, va épouser son ami, Mike, qu'elle a rencontré pendant la période de deuil de Doug. Et que dire de sa voisine, qui prend prétexte de lui apporter du hachis parmentier tous les mardis pour tenter de le séduire?

Critique:
C'est avec à propos et bonne humeur que Jonathan Tropper évoque les tribulations de ses personnages. Il entremêle avec habileté événements et situations. Le lecteur ressentira la détresse et la colère de Doug. Mais en parallèle, la vie continue: le mariage de Debbie, la rupture de Claire, les absences de leur père... Quand on perd un être cher, on voudrait que tout s'arrête. Ce livre montre bien que rien ne s'arrête. Cela paraît cruel et injuste, mais les gens proches de Doug continuent à vivre. C'est ainsi.

Beaucoup de dialogues sont savoureux, notamment lorsque Claire ou Russ s'expriment. C'est vrai, enlevé, c'est la vie.
Certaines scènes sont à la fois cocasses, et empreintes de gravité. Par exemple, la scène où Stephen vient jouer les Roméo sous les fenêtres de sa belle, et que celle-ci réplique par des insultes et des jets d'objets. C'est assez comique, mais également douloureux. C'est la mort d'un couple, le refus de l'un d'eux de s'expliquer et d'entendre l'autre. C'est le même schéma dans la scène où Russ débarque chez Doug, poursuivi par son père. La scène est grave voire inquiétante (Jim menace son fils de mort), mais on ne pourra s'empêcher de sourire en découvrant ce qu'a fait Russ. Sourire renforcé par le dialogue entre lui et Claire.

Ils connaissent des heurts, mais on les sent soudés. Les raisons ne sont peut-être pas toutes bonnes («c'est parce que c'est la famille» n'est pas une raison valable, à mon avis), mais il est évident que les membres un peu déjantés de cette famille s'aiment. Debbie est probablement celle que j'ai le moins appréciée, parce qu'elle paraît égoïste, mais en filigrane, se dessine l'idée que tout n'est pas si simple.

J'ai beaucoup apprécié le père de Doug, Stan Parker. Il est à l'image du roman: on sera désolé de ce qui lui arrive, et pourtant, c'est ce qui le rapprochera de sa famille. Il s'inquiètera vraiment pour ses enfants, leur montrera son amour, ainsi qu'à sa femme, après qu'il aura quelque peu perdu la tête. Que penser de cela? On ne peut pas dire que c'est une bonne chose, et pourtant, est-ce si mauvais? C'est illustré dans la tirade d'Evie qui explique qu'elle perd son mari tous les jours, et que lorsqu'il est lucide, elle veut en profiter un maximum tout en étant anéantie par ses prochaines absences.

Tous les personnages de ce roman méritent qu'on s'y attarde. Ils ont tous quelque chose à dire. Aucun n'est fade. Même Jim qu'on voit peu, et qui est très antipathique, est intéressant.
J'aime beaucoup ce que Russ fait à la fin. J'avais tout de suite compris la raison de son acte!

Je n'ai qu'un reproche à adresser. Tout le monde veut que Doug se remette à sortir avec des femmes. Qu'il se remette à vivre, oui. Je comprends qu'on le pousse à prendre des responsabilités, à avancer, à ne pas se replier sur lui-même. Mais qu'on veuille à tout prix qu'il voie quelqu'un, cela m'a agacée. Je suis convaincue qu'un conjoint réellement aimé ne se remplace pas en un claquement de doigts. Si la personne préfère rester seule, libre à elle. Pourquoi vouloir lui dicter sa conduite? Pourquoi vouloir savoir à sa place? Il faut la soutenir, l'accompagner, la pousser, certes. Mais pas la pousser à refaire sa vie. C'est à la personne de décider si elle verra d'autres gens et quand.
J'ai donc trouvé un peu dommage qu'une intrigue sérieuse se dessine. Dès que Doug rencontre la personne en question, j'ai su que ce serait avec elle qu'une histoire s'amorcerait. Il est vrai que rien n'est décidé, mais cela semble bien engagé. Je comprends le message de vie que veut faire passer l'auteur. Il a raison. Mais dans le cas de refaire sa vie, je trouve que c'est un peu artificiel.

Éditeur: Fleuve Noir.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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