Retour au pays

L'ouvrage:
Lev quitte le Niger pour l'Angleterre. Il compte trouver du travail et envoyer de l'argent à sa mère, puis en amasser assez pour offrir une vie meilleure à sa famille.

Critique:
Si ce roman est résolument optimiste, Rose Tremain ne décrit pas des situations invraisemblables où tout sourit à notre héros. Non. Son livre est une apologie de la vaillance, de la compétence, du bon sens, de la pugnacité. En effet, Lev n'a pas peur de repartir de zéro à quarante-deux ans. Le travail ne l'effraie pas non plus. Il ne reste pas passif, ne se contente pas d'accomplir les tâches qui lui sont demandées: il veut apprendre. Il finit par se passionner pour ce qu'il fait, et ce qu'il pourrait devenir. Il sait que le travail bien fait est la clé du succès. On n'a rien sans rien, et une belle vie s'acquiert par le mérite. L'auteur prône également le respect de l'autre. En effet, si JK est dur avec ses employés, il respecte et admire ceux qui ne déméritent pas. Il m'a été agréable de lire un roman défendant ces valeurs qui se perdent beaucoup dans notre société actuelle.
Malgré sa droiture, Lev sera victime d'injustice, à un moment. Tout le monde le sait, mais les choses resteront ainsi. La romancière sait bien qu'être loyal et travailleur ne suffit pas toujours: la corruption est parfois la plus forte.

Ce n'est pas pour autant que Lev est parfait. Il fait parfois des mauvais choix, il peut être faillible (hé oui, ce n'est pas une machine). Par colère, par frustration, il agit parfois de manière impulsive et grandiloquente. À ce propos, je l'ai compris. En tant que lectrice extérieure, j'ai su qu'il se fourvoyait, mais il m'a été très facile de me mettre à sa place.
J'ai également compris son attitude envers Lydia. Ce qu'il fait n'est pas à son honneur, car il semble se souvenir d'elle uniquement lorsqu'il a besoin d'aide. C'est pourtant elle qui lui offrira des cadeaux sincères, et pas seulement matériels, qui lui serviront.

Lydia est un personnage plus complexe qu'il n'y paraît. Si Lev part par nécessité, elle quitte le Niger par ennui. Cela lui jouera des tours. Même si elle finit par «rebondir», il est un peu dommage qu'elle ait voulu chercher autre chose ailleurs alors qu'elle avait une bonne situation. Il faut se méfier des décisions de ce genre...

Je n'aime pas Sophie. Pas seulement à cause de son attitude à un certain moment. Même au début, elle ne m'a pas inspiré confiance. C'est pourtant une personne qui semble sympathique. Elle a certaines valeurs, aime s'amuser, a du coeur. Ensuite, qu'on soit d'accord avec elle ou pas, on ne pourra s'empêcher de comprendre certains de ses choix, même s'ils signifient qu'elle se renie. D'ailleurs, quelques paroles de JK donneront à penser qu'elle les regrette peut-être. Cependant, ce personnage ne m'a pas touchée. Je m'en suis toujours méfiée. Exubérante jusqu'à l'excès, distribuant sa générosité avec une sorte d'ostentation, elle a plutôt éveillé mon hostilité.

Les deux personnes âgées les plus présentes du roman vivent dans le passé. Il faut dire qu'elles n'ont pas beaucoup de choix. Ruby ne peut s'adapter à un monde qui la rejette. Quant à la mère de Lev, elle s'obstine dans un raisonnement par peur. Elle n'aime pas le changement, ne veut pas s'adapter, se sent quelque peu trahie par son fils qui est au loin, car elle ne voit que le court terme. D'autre part, elle se fait peut-être de fausses idées (à l'instar de Rudy) quant à la manière dont vit Lev en Angleterre. L'évolution de ces deux personnages (l'une est entourée, l'autre pas), montre que l'homme a besoin de ses semblables.

Rose Tremain évoque une autre situation délicate à travers Christie. Au premier abord, on pourrait penser que celui-ci est victime de sa garce d'ex-femme qui prend plaisir à monter leur fille contre lui. Il y a sûrement de cela, car Angela transpire la rancoeur, cependant, les problèmes de Christie avec la boisson sont bien réels. La façon dont les choses tournent pour lui est également une question d'entourage.

Un livre exempt de mièvrerie, qui met de bonne humeur, qui ne souffre d'aucun temps mort, qui surprendra quelque peu en prenant certaines directions inattendues. À lire absolument!

Éditeur: Plon.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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