Meurtre en la majeur

L'ouvrage:
L'inspecteur Hermann Preiss est face à un bien étrange mystère. Convoqué chez le musicien Robert Schumann, il trouve ce dernier en plein désarroi: il entend toujours un la. Ce la lui vrille le crâne, et en plus, la note est fausse. Malgré l'insistance de Clara Schumann et le fait qu'il ne sait pas trop quoi chercher, Preiss s'attaque à cette énigme.

Critique:
Voici un roman policier qui commence de manière originale. Le lecteur est très perplexe, et ne sait pas trop comment Preiss va pouvoir mener son enquête. C'est justement cela qui fait qu'il n'y a pas de longueurs. Le mystère du début est trop insolite pour que le lecteur ait le temps de s'ennuyer.

Par la suite, l'auteur plante un décor, nous entraîne dans la vie de ses personnages, partageant avec son lecteur des épisodes et des façons de faire assez loufoques. L'auteur rend parfaitement une certaine ambiance un peu survoltée, un peu artificielle, mais sympathique. Les ragots sur les Schumann, le petit scandale qui arrive au banquet donné en l'honneur de Frantz Liszt, le caractère des protagonistes, certaines répliques décapantes, tout cela donnera de la matière au lecteur.
Parmi les scènes loufoques, j'évoquerai celle où Preiss pose quelques questions qui se veulent discrètes sur les Schumann au journaliste, et que celui-ci raconte les pires horreurs tout en s'empiffrant allègrement.
Malgré l'énigme policière en arrière-plan, il me semble que ce livre est plutôt un roman social. Ce n'est pas pour autant que l'énigme est bâclée, même si elle n'est pas transcendante.
Ce qui est intéressant, c'est que quelque chose de ce genre aurait très bien pu arriver. Ce n'est ni anachronique ni incongru.

Dans le même ordre d'idées, l'auteur parvient à raconter des situations extrêmement tristes, voire choquantes en faisant rire. Le plus marquant étant le récit de l'enfance du narrateur, et ensuite, la façon et les circonstances dans lesquelles son père lui annonce une chose assez bouleversante.

Bien sûr, on s'attache à Herman Preiss. Il est persévérant, n'aime pas l'injustice, et tente de faire son métier au mieux.
C'est un roman, donc je ne sais pas jusqu'à quel point l'auteur s'est documenté quant aux Schumann, à Brahms, à Liszt, et aux rapports entre ces personnages. En tout cas, j'ai trouvé plaisant de lire un pan de leur vie, même si c'est est totalement romancé. Je me demande jusqu'à quel point Schumann était instable, jusqu'où allèrent vraiment les relations entre Brahms et Clara, et si Frantz Liszt était réellement un tel goujat imbu de lui-même.

Éditeur: Actes Sud.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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