Auteur : Tong Cuong Valérie

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jeudi, 13 juillet 2017

Par amour, de Valérie Tong Cuong.

Par amour

L'ouvrage:
Valérie Tong Cuong crée une famille unie à qui elle fait traverser la deuxième guerre mondiale.

Critique:
Moi qui suis souvent agacée par les auteurs qui se jettent sur le thème de la deuxième guerre mondiale et l'exploitent à outrance, j'ai voulu voir ce qu'en ferait Valérie Tong Cuong, dont j'ai lu cinq livres, parmi lesquels trois m'ont plu.
Pour moi, elle a su raconter les faits tout en décrivant habilement les sentiments de ses protagonistes. Les éléments historiques prennent vie sous sa plume. Je souligne cela parce que je fais partie des rares (Y en eut-il seulement?) qui sont restés hermétiques à la lecture (je n'ai lu que le début) de «Elle s'appelait Sarah». J'avais l'impression que l'auteur tentait de faire naître l'émotion avec des clichés sans cesse remâchés. Ici, cela n'a pas été le cas. Mêlant l'Histoire à la vie de ses personnages, la romancière les mène au bout d'eux-mêmes. Leurs réactions et leurs actes sont réalistes, compte tenu de leur caractère. À travers eux, sont montrées les différentes réactions de la population quant aux coups qu'infligea la guerre. Par exemple, l'armistice de 1940 en a réjoui certains qui pensaient que tout valait mieux que cette guerre. Mais d'autres ont tout de suite poussé le raisonnement plus loin, et envisagé ce que serait l'occupation. Il est logique que Muguette, que le lecteur sent tout de suite plus insouciante qu'Émélie, commence par être soulagée par cet armistice. Cela ne fait pas d'elle une lâche ou une mauvaise personne.

Les personnages sont tous attachants. Chacun veut protéger les siens. Chacun le fera à plus ou moins grande échelle. Par exemple, Joseph tente de plaisanter de beaucoup de choses...
Certains choisiront de préserver les autres à coups de mensonges, prenant le risque d'être méprisés par ceux qu'ils aiment. À ce sujet, je pense toujours que la vérité vaut mieux que le mensonge, mais que serait-il advenu si Émélie avait dit la vérité à sa soeur? Qu'aurions-nous fait à sa place?
D'autres personnages se sentent inutiles. Lucie, par exemple, s'en veut de ne pas être assez courageuse.

J'ai trouvé certaines choses un peu moins bien amenées dans l'avant-dernier chapitre. Par exemple, Jean, sachant qu'il peut être un handicap pour sa famille (la suite me donnera d'ailleurs raison), n'aurait pas dû insister pour rester au coeur de l'action (si j'ose dire). En outre, lorsque son père cède, Jean est très content. L'auteur a voulu montrer un adolescent qui souhaite aider sa famille dans un moment pénible; j''ai plutôt trouvé la réaction du personnage peu mature. Ensuite, l'événement le plus marquant du chapitre m'a semblé être là par souci de crédibilité, afin que le livre ne se termine pas trop bien pour la famille, comme si l'auteur avait pensé: «Bon, il faut que je leur inflige un coup plus dur que ceux qui les ont frappés jusque-là.». De ce fait, j'ai trouvé cela un peu artificiel. Certains diront que je me suis imaginé cela parce que, justement, ce coup dur ne m'a pas plu. C'est possible.

Service presse des éditions Audiolib.
La distribution est la suivante:
Lucie et Émélie: Kelly Marot
Muguette et Marline: Émilie Vidal Subias
Joseph et Thuriau: Olivier Martinaud
Jean et Joffre: Benjamin Jungers

Je connaissais déjà Kelly Marot. Je me rends compte que je ne la connais que dans des rôles sérieux, voire graves. Elle prend donc une intonation grave, ce qui va bien à ce roman, mais je finis par me demander si elle pourrait lire des livres drôles. Elle prend une voix un peu plus aiguë pour Lucie, ce qui se comprend, puisque c'est une adolescente.

Je ne connaissais pas Émilie Vidal Subias. J'ai apprécié sa voix et son jeu naturel. Au long du roman, Muguette chantonne quelques airs. La comédienne a joué le jeu, et a fredonné sans cabotiner. Cela m'a plu, surtout que dans d'autres productions audio, certains comédiens ne le font pas. Je me souviens en avoir voulu à Marianne Épin pour n'avoir pas chanté «Joyeux anniversaire».

Je ne connaissais pas non plus Olivier Martinaud. J'ai apprécié sa voix et son jeu. Il avait deux rôles, mais n'a pas tenté de modifier sa voix (ou à peine), ce que je trouve préférable.

Je connaissais à peine Benjamin Jungers pour l'avoir entendu en passant devant le bureau de mon mari qui lisait «Tom petit Tom, tout petit homme, Tom». J'avais un a priori négatif parce que je trouvais qu'il en faisait trop. Ici, il m'a également semblé qu'il en faisait trop, mais pas beaucoup trop. Il a peut-être eu du mal à trouver sa voix pour chacun des rôles... Pour moi, il accentue un peu trop le côté «dramatique» de ce que vivent les personnages. Je sais aussi que cette remarque vient de quelqu'un de sévère, et qu'une personne normale ne trouvera rien à redire au jeu du comédien, car cette accentuation que j'ai remarquée est très subtile.

L'éditeur audio n'a pas respecté la structure du livre. Beaucoup de chapitres sont coupés en deux.

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vendredi, 27 septembre 2013

Noir dehors, de Valérie Tong Cuong.

Noir dehors

L'ouvrage:
New York.
Cet après-midi-là, la ville subit une panne générale d'électricité. Cet événement perturbant va avoir des conséquences inattendues sur certains personnages. Nous suivrons Naomi et Bijou, les deux prostituées d'un bar clandestin de Brooklyn; ainsi que Simon Schwartz, avocat très médiatisé; et enfin, Canal, recueilli par une famille de Canal Street, alors qu'il était nourrisson, famille qui l'a toujours méprisé,

Critique:
Tout comme dans «Providence», Valérie Tong Cuong fait se croiser des personnages qui, en d'autres circonstances, ne se seraient pas rencontrés. Ils viennent tous d'un milieu différent, et ont en commun un passé chaotique, une vie qu'ils aimeraient changer. Bien sûr, Simon est moins à plaindre que les autres, car il a choisi sa vie.
Canal et Naomi sont probablement ceux qui ont la plus grande force de caractère. L'attitude de Naomi pourrait même paraître peu crédible, compte tenu de ce qu'elle a subi.
Le lecteur appréciera Canal dont les particularités en font un être à part et charismatique.
Le roman est court, mais dense. En peu de pages, la romancière analyse finement événements et personnages.

Il est peut-être un peu étrange qu'un événement comme une panne d'électricité fasse se croiser ces gens, et fasse que certains opèrent une remise en question, mais l'auteur a su agencer son récit de manière à ce que tout s'enchaîne très bien, et que cela soit vraisemblable.

Il est peut-être un peu gros que chacun développe aussi vite de très forts sentiments en rencontrant les autres. Cela s'explique en partie par le confinement de certains personnages, et par le fait que parfois, un échange de regards peut se révéler très chargé émotionnellement. Dans le cas de Simon, il y a d'autres explications. l'une est Eden, l'autre est ce qu'il a vécu au cours de cette journée.

Vers la fin, on pourrait accuser l'auteur de piétiner un peu, lorsqu'elle raconte un même événement vu par les trois personnages principaux. Là encore, j'ai trouvé que c'était bien amené. Il n'est pas facile d'avancer et de divertir en faisant raconter la même chose à plusieurs protagonistes à tour de rôle.

Il y a quand même une petite incohérence. On ne saura jamais pourquoi, jusqu'au bout, un personnage est pris pour qui il n'est pas. Est-ce parce que celui qui se méprend souhaite ardemment rencontrer cette personne? Est-ce autre chose? En tout cas, je n'ai pas aimé ne pas savoir. C'est le seul reproche que je ferai à ce roman.

Éditeur: Bernard Grasset.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Nelly Robert pour le GIAA

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lundi, 13 décembre 2010

L'ardoise magique, de Valérie Tong Cuong.

L'ardoise magique

L'ouvrage:
Mina et Alice ont décidé de se suicider ensemble. Elles vont se jeter sous un train. Mais au dernier moment, Mina recule. Seule, Alice saute.

Pour Mina, Alice pouvait croire en la vie, alors qu'elle... Alors, pourquoi n'a-t-elle pas pu sauter le pas? Et surtout, pourquoi a-t-elle rompu le pacte fait avec sa seule amie?

Critique:
Ce livre est très court, et de ce fait, évite les longueurs.
En outre, l'intrigue est savamment menée. Petit à petit, Mina se livre au lecteur. Elle mêle présent, passé, et passé proche. Tout cela paraît un peu chaotique, mais c'est à l'image de l'esprit et des pensées de Mina.

C'est un personnage bouleversant. Le lecteur ne pourra que l'admirer. Livrée à elle-même dès son plus jeune âge, se raccrochant à une mère qui la néglige, se rendant responsable de sa déchéance... Valérie Tong Cuong parvient à nous raconter une histoire poignante sans tomber dans le mièvre ou le mélodramatique. En effet, Mina pourrait presque être un personnage de Zola. Après la mort de sa mère, elle est recueillie par son oncle et sa tante, mais cette dernière ne l'aime pas, et ne cherche pas à la comprendre.
On comprend bien que Mina envie Alice qui a des parents qui semblent l'aimer, qui vit dans une grande et belle maison... Les discussions des deux amies à ce sujet sont intéressantes, même si l'auteur ne va pas assez loin, et que le lecteur ne comprend pas vraiment pourquoi Alice est mal dans sa peau. Bien sûr, on finit par le savoir, mais ce n'est pas forcément ce qu'on imaginait.

Le personnage de Sans Larmes (David) est également intéressant. En peu de chapitres, l'auteur sait nous présenter des personnages meurtris qui ne baissent pas les bras, et qui (du moins, dans le cas de Sans Larmes), ne sont pas aigris, et veulent aider les autres, malgré leur souffrance.
On me dira que ça donne une image de personnages parfaits. Mais non.

Que dire de l'ultime découverte?... Elle explique tout, et s'explique par beaucoup de choses. Elle est logique. Elle devrait donner encore plus de force au roman. Elle le fait, en quelque sorte. C'est une raison de plus d'admirer Mina qui n'a pas sombré dans la drogue, l'alcool, ou la délinquance. Mina a tenté, encore une fois, de se préserver. Cette explication est très convaincante.
Néanmoins, je trouve cette ficelle trop facile. D'abord, j'ai lu un autre roman où elle était utilisée, et je trouve que ça commence à faire beaucoup. (Je ne citerai pas cet autre roman, car quelqu'un qui aurait lu l'un et pas l'autre devinerait la fin de l'autre.) Certes, elle est bien mieux exploitée dans «L'ardoise magique» que dans cet autre roman. Seulement, je trouve cette ficelle un peu facile. Elle est intéressante, mais c'est une échappatoire un peu simple. Elle se veut originale, mais sa facilité et le fait qu'elle commence à être employée par plusieurs auteurs, la rend moins pertinente.

Éditeur: Stock.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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lundi, 6 juillet 2009

Providence, de Valérie Tong Cuong.

Providence

L'ouvrage:
Marie-Lou est secrétaire. Elle élève seule son enfant, Paolo, qui a une dizaine d'années.
Ce matin-là, elle est en retard. Il y a réunion au sommet. Son patron va encore lui faire un sermon méprisant. Marie-Lou est victime des embouteillages, mais elle court, afin d'arriver le plus vite possible.

Albert a un cancer au poumon. Il n'a plus très longtemps à vivre. Il a donc convoqué sa soeur, son beau-frère, et son neveu chez son notaire. Il n'a jamais été très proche d'eux, mais il compte leur léguer sa fortune. C'est ce qu'aurait voulu sa mère.
Albert arrive en avance, et surprend une conversation qui va changer la donne.

Prudence doit saisir sa chance: elle peut aller à un rendez-vous important à la place de sa patronne. En effet, celle-ci est à l'hôpital à cause d'une allergie.

Tom est heureux. Il va bientôt épouser Libby. Il l'aime tant! Soudain, il fait une chute idiote de vélo. Malgré ses blessures, la coquetterie est la plus forte: il veut se changer avant d'aller à l'hôpital. Il retourne chez Libby pour cela.

Critique:
L'idée de plusieurs personnes se rencontrant à cause d'un événement précis évoque pour moi le roman «Le bateau du matin». L'idée de gens que nous croisons, et qui se rencontrent à cause de petits événements me fait penser à la série «Six degrees». La série étant plus longue que le roman, le décor est mieux planté, les rencontres y sont mieux amenées, plus diluées que dans le roman.
Pourtant, les petites rencontres (Clara et Albert; Victoire et Tom), ainsi que les «grandes» (Prudence et Marie-Lou, etc), sont tout de même intéressantes. En général, un livre de ce genre est toujours intéressant, car on plonge dans la vie des uns et des autres, puis soudain, deux personnages que l'on vient de côtoyer, de qui on vient de lire les soucis se rencontrent.

Ici, il est facile d'entrer dans la vie de ces personnages, de partager leurs blessures, leurs déconvenues, leurs joies...
Bien sûr, on est horrifié qu'Albert découvre une chose si importante si tard. On est bouche bée lorsque Prudence rencontre le juge. On est abasourdi de découvrir un personnage dénué de coeur, seulement préoccupé par lui-même (vous devinerez de qui je parle).

Les personnages et leurs histoires sont à la fois ordinaires et incroyables. Un tel roman donne envie de dire que parfois, le hasard fait bien les choses. Il est une note d'espoir et d'optimisme. Un roman de ce style est agréable. Bien sûr, certaines histoires auraient mérité d'être approfondies (comme celle d'Albert), mais laisser les personnages alors que rien n'est fini (ou alors qu'ils sent à un tournant de leur vie) donne une dimension réaliste au roman.
Certains diront que ce hasard est un peu tiré par les cheveux, que certaines choses n'arriveraient jamais dans la vie réelle. Et pourquoi pas? On a déjà vu plus étrange...
C'est donc un roman sympathique que je vous recommande.

Éditeur: Stock.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Christiane Wanner pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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