Les 33

L'ouvrage:
Ce livre raconte le calvaire des trente-trois hommes enterrés vivants à sept-cents mètres de profondeur, dans la mine chilienne de San José, en 2010.

Critique:
Ce récit étant une histoire vraie, il est plus dur à lire psychologiquement qu'un roman. On se met davantage à la place des personnes qui ont vécu cela.

Héctor Tobar prend le temps de planter le décor. Au début, j'ai pensé que cela serait trop lent, mais je comprenais qu'il fasse ainsi. Sans raconter en détails la vie des trente-trois hommes, il en présente quelques-uns, leur famille... Il évoque ce qui s'est passé juste avant «l'enfermement».

On imagine facilement le genre de choses qui peut arriver dans une situation où un groupe se retrouve enfermé. Des hommes qui ne s'apprécient pas toujours sont obligés de se supporter. Certains ne prennent pas tout de suite la mesure de ce qu'ils vivent (cela occasionnera un «pillage» des réserves de nourriture). Certains ont besoin de soins... Au moins, nous savons (puisque les hommes témoignent) qu'ils s'en sont sortis. C'est un réconfort, même si rien n'est simple.

Naïvement, j'ai cru que dès que les trente-trois ont été localisés, les sauveteurs pouvaient les atteindre très rapidement. Or, cela n'a pas été le cas. L'auteur explique en détails comment, au début, la mine n'a cessé de «cracher» de la boue, des pierres, etc. Ils n'ont pas eu affaire à un petit éboulement. J'aurais donc dû me douter que le sauvetage ne serait pas aisé. Cela provoque d'autres tensions chez les hommes. Il est impossible d'imaginer comment ils ont pu supporter tout cela, même si l'homme a une grande capacité d'adaptation.

Le romancier raconte la solidarité, les actes héroïques des trente-trois, mais aussi la bêtise de ceux qui gèrent cela d'en haut. Certains éléments feront frémir. Par exemple, le premier à parler aux hommes emmurés sera... une personnalité politique. Alors que l'heure est grave, on pense d'abord à soi, à son petit pouvoir, à se faire mousser... Cela m'a vraiment écoeurée. Je donnerai aussi l'exemple du psychologue qui, par la suite, accorde un très petit temps de conversation aux hommes avec les familles.

Lorsqu'on vit un événement traumatisant, on pense à s'en tirer, on ne prévoit pas l'après. Pourtant, cela ne s'arrête pas à la fin du calvaire, d'autant qu'ici, les hommes ont fait le pacte de ne pas en parler. Héctor Tobar prend le temps d'expliquer comment certains font pour oublier, se rendant très vite compte que l'enfouissement en soi n'est pas la solution.

Quelques mois avant de me plonger dans ce témoignage, j'ai tenté de lire une oeuvre de fiction racontant un récit de ce genre: «Les roses noires», d'Antoine B. Daniel. Étrangement, je n'ai pas réussi à le lire... Je me souviens que quelque chose m'a arrêtée dès le début, mais je ne sais plus quoi... Je le réessaierai peut-être.

Éditeur: Belfond.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Yves Vanmeenen pour la Ligue Braille.
J'apprécie ce lecteur. Ici, il n'a pas démérité. Il a su mettre la dose de jeu et de tension nécessaire sans jamais en faire trop. Il n'est absolument pas tombé dans le pathos et la mièvrerie, ce qu'à mon avis, certains (même des professionnels) auraient fait, et qui aurait été un énorme gâchis.

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