La loi du silence

L'ouvrage:
Lors d'un week-end en forêt avec des camarades, Sander Meester, onze ans, disparaît.
Six ans plus tard, il est retrouvé. Sa famille pense pouvoir revivre. Cependant, la réadaptation du garçon (qui a passé ces années dans la forêt avec son ravisseur) n'est pas si simple.

Critique:
Ce genre de scénario rappellera fatalement d'autres auteurs qui l'ont utilisé. Je pense notamment à «Souviens-toi de moi comme ça» et à «Fleur de cimetière». Il est fascinant de voir les tournants que prennent les auteurs après avoir posé ces bases.

Le récit du présent de la famille est entrecoupé de scènes ayant eu lieu avant la disparition de Sander. Très vite, on comprend que certaines choses ne vont pas. J'avais deviné des éléments, mais c'est sûrement voulu. En outre, cela n'a pas gâché ma lecture.

J'ignore si le titre français est une traduction du titre original, mais il est bien trouvé. En effet, c'est parce que certains se sont tus que les choses ont aussi mal tourné. D'un autre côté, avaient-ils le choix? Peut-être, mais ils l'ignoraient au moment de prendre une décision.
L'intrigue est bien menée. Il n'y a pas d'incohérence. La romancière s'y entend parfaitement pour faire mon´ter la tension, nous faire envisager des hypothèses qu'au départ, on rejette tant elles sont horribles... J'ai, malgré tout, un petit reproche à faire. Je comprends qu'Anita Terpstra n'ait pas voulu donner toutes les clés tout de suite. Le but, quand on crée une énigme, c'est de ne pas la dévoiler dès les premières pages. Cependant, j'aurais aimé qu'elle ne pointe pas ces énigmes du doigt avec de gros sabots: regardez! Iris, elle se reproche quelque chose qu'elle ne veut pas dire! Elle sait quelque chose, ça pèse sur son coeur, mais elle ne dira rien. Cette tactique est employée à plusieurs sujets. C'est ce que j'appelle du suspense artificiel. Je trouve un peu dommage qu'un si bon roman souffre de cette sorte de faux suspense.

Je n'ai pas du tout aimé Alma. Elle réclame des enfants à cors et à cris, et elle n'est pas fichue de s'en occuper correctement, de communiquer réellement, de sévir quand il faut, de voir ce qui ne va pas... Certains lui trouveront peut-être des excuses. Cela n'a pas été mon cas. Ensuite, elle souffre, certes, mais elle refuse de prendre la souffrance des autres en compte. Ma dépréciation de ce personnage n'est pas synonyme de dépréciation du livre. Au contraire, Anita Terpstra a su créer un personnage à qui on a envie de donner une bonne paire de gifles, mais qui est, par ailleurs, très crédible. Je ne parlerai pas des autres personnages pour ne pas trop en dire, mais je dirai seulement que la romancière a su les dépeindre assez finement. En effet, sans trop les connaître, j'ai très vite préféré celui-ci ou celui-là. L'auteur ne tente pas de faire passer ses personnages pour ce qu'ils ne sont pas, sans pour autant les rendre manichéens. Certains sont lucides quant à leurs actes et ceux de leur entourage.

Un livre qui met mal à l'aise par sa justesse et sa crédibilité.

Livre traduit du néerlandais par Emmanuèle Sandron, publié le 22 avril 2016 aux éditions Denoël.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été envoyé par les éditions Denoël.

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