L'amnésique

L'ouvrage:
Amsterdam.
Après un accident dans l'escalier de chez sa petite amie, James Perdew se retrouve la jambe dans le plâtre. C'est alors qu'il se met à réfléchir à son passé, et se rend compte qu'il en a oublié certains pans. Voulant relire son journal intime, il s'aperçoit que les carnets relatant trois années sont enfermés dans une boîte noire dont il n'a pas la clé. Intrigué, il se lance à la recherche de ces années.

Critique:
Voilà un roman déroutant. Il fallait bien que l'auteur renouvelle cette idée qui commence à perdre son originalité tant elle a été exploitée. Je dirais qu'il a partiellement réussi son pari. Au départ, on dirait que James a oublié comme on oublierait normalement. Nous ne pouvons pas tout retenir, et parfois, quand on relit des écrits de l'époque, on se rend compte qu'on avait oublié tel ou tel fait. J'ai bien aimé cette entrée en matière. Ensuite, on se rend bien compte qu'il a oublié quelque chose d'important, quelque chose qui l'a traumatisé.

Si des choses m'ont paru un peu grosses, la plupart sont expliquées. Par exemple, j'ai trouvé que James et Ingrid se mettaient facilement ensemble, se quittaient facilement... À la lueur de ce qui arrive, cela peut s'expliquer. En outre, ce n'est qu'un exemple de l'espèce de jeu de miroirs dont l'auteur parsème son roman. Une situation est déclinée, on la retrouve dans un autre contexte. Cette répétition fait parfois penser à un piège dont James ne pourrait sortir. Il serait condamné à agir d'une certaine manière tant qu'il n'aurait pas affronté une certaine vérité. En effet, ce roman n'est pas seulement l'histoire d'un homme qui cherche son passé. Il y a certaines choses plus profondes.... C'est peut-être à cause de cela que la «solution» de l'énigme m'a paru fade. L'auteur installe un climat très particulier, n'hésite pas à entraîner son héros et son lecteur dans des faits compliqués et fascinants, d'improbables correspondances, à introduire des éléments qui paraissent fantastique (ce téléphone qui sonne tout le temps), à entrer dans certains délires (oniriques ou non) bien pensés, à nous apporter un morceau de solution très astucieux (la réponse à la question «Qui est Malcolm?»), tout ça pour une solution d'énigme un peu fade. Je pense cela en comparaison du reste, mais aussi parce que les thèmes abordés par cette «solution» sont très classiques. Ce roman aurait sûrement mérité mieux. Malgré cela, l'auteur parvient à introduire un parfum de roman-feuilleton (le récit d'un meurtrier), ce qui ajoute à sa richesse. En outre, malgré la fadeur de certains faits, on comprend bien pourquoi James a souhaité oublier. J'ai quand même trouvé la correspondance des initiales bien trop facile. Du coup, je me demande si, outre un récit bien construit touchant à plusieurs genres et flirtant même avec la métafiction, il n'y aurait pas une part de moquerie vis-à-vis de ces mêmes genres. En tout cas, cet étrange roman dans lequel l'écriture occupe une grande place, ne laissera pas indifférent. Le fait que l'écriture contribue à créer puis à élucider le mystère m'a fait penser à la série de Carlos Ruiz Zafon.

Je me pose des questions quant à la toute fin. Je crois l'avoir comprise, et si c'est ce que j'ai compris, elle me satisfait. Mais il me semble que certaines choses auraient dû être davantage expliquées. On les comprend en réfléchissant, mais j'ai trouvé ça un peu brutal.

Éditeur: éditions du Seuil.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Raymonde Aubert pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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