Auteur : Szabó Magda

Fil des billets - Fil des commentaires

lundi, 7 mars 2016

Rue Katalin, de Magda Szabó.

Rue Katalin

L'ouvrage:
Monsieur et madame Elekes vivent avec leur fille (Irén) et son mari (Balint). Ils sont sous le coup d'une grande douleur, ne pouvant oublier les événements qui les frappèrent pendant la guerre.

Critique:
J'ai aimé plusieurs romans de Magda Szabó. Celui-là est celui qui m'a le moins plu. Je pense que c'est dû à l'accumulation de procédés qui me déplaisent. D'abord, l'auteur commence par exposer la situation des protagonistes, puis elle raconte comment ils en sont arrivés là. Outre que je n'aime pas ce procédé, ici, il est source de lenteurs. La famille se roule dans son chagrin, comme si elle s'y complaisait. Chacun semble coincé dans sa douleur.

Ensuite, lorsque le récit des faits arrive, Magda Szabó s'arrange encore pour dire certaines choses dans le désordre. Elle fait également cela dans «Le faon». D'autres auteurs font ainsi. C'est au lecteur d'assembler les morceaux, à mesure de sa lecture. Si j'ai trouvé ce procédé utile parfois, il commence vraiment à m'agacer.

Au fur et à mesure de ma lecture, mon ressenti s'est complexifié. Les procédés cités ci-dessous m'agaçaient, mais je trouvais que les personnages avaient beaucoup de présence. Chacun exprime et engendre de très forts sentiments. Cela rappelle la tragédie.

Au départ, j'ai apprécié le sérieux et la ténacité d'Irén. Puis, à mesure que j'avançais dans le roman, je l'ai trouvée assez détestable. À l'inverse d'Iza (héroïne d'un autre roman de Magda Szabó), elle se sait détestable.

Si j'ai compris certains personnages et éprouvé de la compassion pour eux, au bout d'un moment, ils m'ont agacée, à se complaire dans la douleur, à tenter de l'accentuer plutôt que de l'atténuer. Certains ont une part de responsabilité dans ce malheur, et le poids de leur culpabilité les pousse à se flageller. Cependant, j'ai trouvé que c'était trop. Je n'ai d'ailleurs pas compris pourquoi certains tenaient absolument à faire ceci ou cela.

La manière dont Henriette est présente dans une partie du roman (après la guerre) ne m'a pas plu. En général, lorsque c'est bien expliqué, j'accepte ce genre de choses. Ici, j'ai encore trouvé que l'auteur en faisait trop.

Éditeur: Viviane Hamy.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

Acheter « Rue Katalin » sur Amazon

lundi, 9 mars 2015

Le vieux puits, de Magda Szabó.

Le vieux puits

L'ouvrage:
Magda Szabó raconte ses souvenirs d'enfance.

Critique:
On pourrait se demander quel est l'intérêt de lire encore des souvenirs d'enfance. Au départ, j'ai pris ce livre parce que j'ai aimé certains romans de Magda szabó. En le lisant, j'ai pu constater que son récit était différent des classiques.

Pour moi, ce qui domine dans cet ouvrage, c'est l'incommensurable amour que les parents de Magda lui portaient. Ils savaient décoder ses impertinences. Par exemple, un jour, lasse de prêter ses jouets à des cousins irrespectueux, elle a affirmé avec conviction à sa mère qu'elle souhaitait que ceux-ci meurent. Bien sûr, elle n'a pas parlé de son mal être quant au prêt de ses jouets. Sa mère n'a pas été choquée, n'a pas grondé, elle a simplement compris.
D'autres épisodes de ce genre témoignent de cet amour fort et bénéfique.

Cet amour était la cause de certaines entorses à la vérité. Ne désirant pas que leur fille (qui aimait les animaux) souffre, ils lui disaient que ceux qu'on mangeait étaient malheureux et préféraient profiter aux humains plutôt que de s'étioler dans une vie qu'ils n'aimaient pas. Je sais qu'en découvrant la supercherie, j'aurais été très en colère, parce que pour moi, un amour véritable est toujours sincère. Cependant, j'ai été indulgente envers les parents de Magda parce que, par ailleurs, j'appréciais tout ce qu'ils faisaient.
Dans le même ordre d'idées, il y a le jour où Magda a fait quelque chose de mal en croyant que c'était une très bonne action. Je comprends ses parents qui n'ont pas eu le coeur de la détromper.

Un autre aspect à la fois étonnant, cocasse, et enrichissant, de la vie de Magda est la façon dont ses parents lui racontent des histoires. Le récit est inventé aussi bien par eux que par elle. Chacun y ajoute quelque chose. J'ai beaucoup aimé cette manière originale de faire.

En un style vivant, fluide, avec verve, causticité, mais aussi gravité, la narratrice conte son amour pour ses parents, sa très grande imagination, sa meilleure amie, certaines injustices qu'elle commit, etc. Éditeur: Viviane Hamy.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée pour l'association Valentin Haüy.

Acheter « Le vieux puits » sur Amazon

mercredi, 18 février 2015

La porte, de Magda Szabó.

La porte

L'ouvrage:
La narratrice est écrivain. Elle nous raconte la relation spéciale qu'elle entretint avec Emerence, sa femme de ménage.

Critique:
Ce livre est assez particulier, à l'instar d'Emerence. L'auteur décrit une amitié très complexe, car Emerence est elle-même complexe. On pourrait dire qu'elle vit avec ses tripes, avec son coeur, alors que les autres personnages (comme la narratrice), s'ils ont de nobles sentiments, y font toujours entrer une petite part de calcul. Cependant, je suis un peu plus nuancée. Emerence a une forte personnalité, et le lecteur ressentira inévitablement de la compassion et de l'admiration pour elle. Seulement, je n'ai pu m'empêcher de voir quelque chose d'un peu joué dans son extrémisme. J'ai compris qu'elle était entière, et j'ai été d'accord avec la narratrice qui se reproche d'avoir mal agi à certains moments cruciaux, mais j'ai également été agacée par l'explosive Emerence. Elle rejette peut-être l'artifice et semble aller à l'essentiel, mais accepterait-elle ce qu'elle demande aux autres d'accepter? Par ailleurs, sa manière de traiter le chien m'a perturbée. Elle clame qu'elle l'aime, et que lui, au moins, aime sans limites et sans artifices, mais cela ne l'empêche pas de le battre comme plâtre quand il a fait quelque chose de mal, selon elle. J'ai eu du mal à la voir presque sanctifiée alors qu'elle ne le méritait pas, à mon avis. C'était un fort caractère, elle pouvait être très généreuse et compréhensive, mais également capricieuse et têtue. Bien sûr, l'auteur l'expose ainsi, donc elle n'invite pas son lecteur à l'admirer sans retenue, mais la narratrice semble dire que malgré tout, Emerence était meilleure que tout le monde, et que ses considérations étaient bien plus humaines que celles de n'importe qui d'autre. C'est sûrement parce que la narratrice a vécu (plus que d'autres) quelque chose de fort avec Emerence, et qu'elle n'en est pas sortie indemne.

Ce livre m'a quelque peu mise mal à l'aise... Cela n'en fait pas un mauvais livre, bien au contraire. Il pousse à réfléchir sur ce qui compte vraiment, sur nos façons d'agir envers les autres, les préjugés que nous ne pouvons nous empêcher d'avoir... En effet, ne sachant pas ou ne comprenant pas certaines choses, la narratrice porte parfois un jugement erroné sur Emerence... mais Emerence aussi. En effet, les deux femmes ont des conceptions très différentes concernant beaucoup de choses, et malgré leur attachement l'une à l'autre, elles ont du mal à se comprendre.

Éditeur: Viviane Hamy.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée pour le GIAA

Acheter « La porte » sur Amazon

vendredi, 14 novembre 2014

La ballade d'Iza, de Magda Szabó.

La ballade d'Iza

L'ouvrage:
À la mort de Vince Czöcs, sa femme est prise en charge par leur fille, Iza. Elle quitte son village pour aller s'installer dans l'appartement d'Iza, à Budapest.

Critique:
Avec force et simplicité, Magda Szabó décrit parfaitement les sentiments des personnages qu'elle fait vivre. Elle montre comme la frontière entre compassion et pitié est mince. Elle montre avec justesse une personne qui, sous couvert d'abnégation et de dévouement, cache son égoïsme, sa fierté d'être aimée pour ce qu'elle n'est pas. Et cette personne parvient encore à se trouver des excuses pour mal agir. Elle va tellement loin qu'elle croit partiellement en son personnage.

Magda Szabó montre comme l'absence de réelle communication peut être destructrice. Comprendre les choses grâce à son intuition fait que la mère d'Iza n'a pas pu se donner une chance d'être vraiment appréciée pour ce qu'elle était, tout au moins auprès de la domestique de sa fille.
L'auteur oppose, avec justesse, deux personnages très différents: Iza et sa mère. Iza, qui, très tôt, a agi comme si elle était la mère de ses parents. Jeune femme énergique et autoritaire, comblant le manque d'assurance de ses parents par un excès de confiance en elle, ayant une forte personnalité, s'engluant dans ce qu'elle parvient à faire croire à ceux qui voient ce qu'elle fait extérieurement, telle est Iza. Elle n'a peut-être pas tout à fait consciente de ce qu'elle est. Sa mère est plus simple, tant dans ses sentiments que dans sa façon d'être. Au départ, elle est désemparée de ne pas avoir certaines de ses affaires, de ne pas pouvoir faire ceci ou cela, mais ce qui la gêne réellement, c'est de ne pas être comprise, écoutée, aimée pour ce qu'elle est. Si Iza s'affirme, sa mère est plutôt effacée, presque niée. Son prénom est d'ailleurs connu très tard du lecteur. On a du mal à se dire que la froide et ambitieuse Iza est l'enfant de ces deux êtres qui privilégient les relations humaines. Il est également dérangeant de penser que malgré leurs difficultés à communiquer, ils s'aimaient, et malgré cet amour, ils n'ont pas assez osé (surtout la mère d'Iza).
J'ai été reconnaissante à l'auteur de ne pas tomber dans la facilité: à savoir, expliquer l'attitude d'Iza par un traumatisme de l'enfance. Elle est ainsi parce que c'est son caractère. Peut-être, inconsciemment, refuse-t-elle d'être comme ses parents, qu'au fond, elle voit faibles.
En opposant ces personnages, l'auteur oppose quelque peu la campagne à la ville. Certes, Iza est née à la campagne, mais elle s'est pleinement épanouie en ville où elle trouve sa place. La mère d'Iza perd sa joie de vivre loin de sa campagne. Les citadins sont vus comme froids, incapables de créer des contacts simples (les relations de la mère d'Iza tournent court), alors qu'à la campagne, on est écouté, compris, apprécié à sa juste valeur.

L'auteur prend le temps de présenter ses personnages et leur ressenti. C'est une bonne chose, car le lecteur se fait une opinion peu à peu. Au départ, il pense quelque chose, puis une partie du récit vient le conforter dans son opinion ou la nuancer. Ce n'est pas la méchante Iza contre le reste du monde. Bien sûr, on a tendance à voir les choses ainsi, et au final, cela donne un résultat presque similaire, mais tout est plus complexe.

En un style fluide, Magda Szabó décortique les relations entre des personnages différents, dont l'une ne veut pas comprendre les autres. Un livre profond, dont je peine à montrer la pertinence, ma chronique me semblant plate.

Éditeur: Viviane Hamy.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

Acheter « La ballade d'Iza » sur Amazon

lundi, 14 janvier 2013

Le faon, de Magda Szabó.

Le faon

L'ouvrage:
Eszter est une comédienne célèbre. Elle semble avoir une belle vie. C'est alors qu'elle se raconte. Tout son mal être a pris racine dans une enfance tourmentée entre des parents ruinés qui se raccrochaient l'un à l'autre. La petite Eszter focalisera sa haine sur Angela, une enfant choyée, ressemblant à une poupée.

Critique:
J'ai souvent du mal à adhérer aux romans qui sont structurés comme «Le faon». En effet, la chronologie n'est pas absolument respectée. Eszter commence bien par son enfance pour finir par son présent, mais elle ne cesse de louvoyer entre passé, passé proche, suppositions sur l'avenir, et présent. Elle fait des remarques que le lecteur devra se remémorer afin d'assembler tout le puzzle de sa vie. Cette structure donne une impression brouillonne.
Cependant, je sais qu'en ce qui concerne «Le faon», mon reproche n'a pas lieu d'être. La structure m'a gênée, mais elle ne pouvait être autrement. D'abord parce que cela semble plus naturel. Quelqu'un qui se raconte ne va pas forcément tout agencer dans l'ordre. Par ailleurs, cette façon de faire appelle les remarques sur le présent et les suppositions sur l'avenir. Magda Szabo maîtrise parfaitement son récit. Rien n'est laissé au hasard, malgré les apparences.

Eszter parle seule. De ce fait, il n'y a pas d'action à proprement parler. Elle raconte sa vie, il y a donc des personnages qui «gravitent» autour d'elle, mais uniquement parce qu'elle en parle, on ne les voit pas vraiment. Cette manière de faire est risquée, à mon avis, car le caractère statique de la situation peut agacer le lecteur. Cela n'a pas été mon cas parce que j'ai été immergée dans les mots de la narratrice, dans le flot des souvenirs qu'elle déverse précipitamment, avec, parfois, une rage et une fureur dont elle finit par être l'instrument.

La jeune femme inspirera à la fois compassion, crainte, et dégoût. L'enfant solaire se transformera en une boule de haine. Cela troublera son jugement. Elle sait que rien n'est parfait pour Angela, pourtant, elle voit seulement que ceux qui l'entourent s'occupent d'elle. Pendant ce temps, elle devra supporter la pitié gluante de sa tante Irma, et l'indifférence de ses parents déchus.
Le faon est le premier être sur lequel la jalousie haineuse d'Eszter se portera. C'est un tournant de son enfance, car c'est le premier «objet» qui fait qu'elle agira contre elle-même. Comme si ces sentiments négatifs étaient une force supérieure qui la guident et la guideront toute sa vie.

La comédienne se livre sans complaisance. Maintenant, elle a le recul nécessaire pour se montrer dans toute sa complexité, son égarement. Elle ne cherche pas à dissimuler, comme elle le fit auparavant. Elle sait qu'elle est victime de non-dits, de malentendus qu'elle a elle-même créés. Alors, elle se dévoile.
Outre une intrigue maîtrisée, un personnage très fort, et des événements marquants, Magda Szabo construit son livre en forme d'énigme. À qui donc l'héroïne s'adresse-t-elle? Petit à petit, on découvre qu'elle écrit à une personne précise, puis on apprend qui est cette personne, etc. Jusqu'à la fin, le lecteur découvre des choses dont certaines sont préparées par de petits apartés de la narratrice.

Éditeur: Viviane Hamy.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

Acheter « Le faon » sur Amazon