Allmen et les libellules

L'ouvrage:
Johan-Fridrich Von Allmen connaît une période néfaste. En effet, il se trouve à court d'argent. Après avoir vendu de menus biens, il se met à voler des objets de valeur dans les magasins, et à les revendre. Un jour, chez une petite amie de passage, il découvre les coupes aux libellules, des oeuvres d'un sculpteur prisé, surtout dans le milieu des collectionneurs. Il en vole une qu'il revend à Jack Tanner, un antiquaire habitué à lui acheter des objets. Il ne sait pas qu'il a mis une machine infernale en branle.

Critique:
Voilà un roman sympathique. L'auteur commence par prendre le temps de décrire son personnage: ses habitudes, ses travers, ses défauts... Je n'ai pas trouvé ce début trop lent.
Ensuite, l'intrigue est lancée, et à partir de ce moment, les lenteurs sont encore moins de mise. En outre, on ne peut pas vraiment prévoir ce qui va se passer. Si le suspense n'est pas échevelé, les rebondissements sont bien placés, et le lecteur n'a pas le temps de s'ennuyer.

Allmen est à la fois sympathique et agaçant. C'est le personnage principal, le lecteur a pu prendre le temps de le connaître et de l'apprécier. En outre, il vole et revend avec classe, et si ses actes sont répréhensibles, on ne peut s'empêcher de l'admirer, et de lui accorder une pitié amusée. D'un autre côté, sa roublardise fait qu'on le trouvera également antipathique.
J'ai bien aimé la description des relations compliquées entre lui et Carlos. Ils ne sont pas amis, Carlos tient toujours à ce que chacun garde son rang... et pourtant, seul un ami agirait comme Carlos le fait.
J'ai aussi apprécié la petite note humoristique qui entoure toujours monsieur Arnold.
Le personnage de Jojo détonne un peu. Enfant gâtée et capricieuse, paumée... Je n'ai pas réussi à l'apprécier. Je pense qu'on pourrait la plaindre, je l'ai plutôt méprisée. J'en ai assez des personnages (et des gens en général), qui ne savent que pleurnicher et se vautrer dans l'orgie pour soigner leur douleur. En plus, ici, on ne sait pas trop de quoi souffre Jojo... Sûrement d'avoir trop d'argent... pauvre petite! Sûrement aussi d'une déréliction engendrée par l'attitude de sa famille.

Le premier chapitre plonge le lecteur dans le coeur de l'action, et le deuxième commence à présenter Allmen. Je n'aime pas cette façon de créer artificiellement du suspense. Ici, c'est d'autant plus inutile pour plusieurs raisons. D'abord, les choses sont dites de manière très subtiles, donc le lecteur ne s'en souviendra pas forcément. Ensuite, la structure générale du livre ne se prêtait pas du tout à cela. (C'est d'ailleurs le cas de pratiquement tous les livres structurés ainsi.) En gros, ce chapitre n'a pas lieu d'être: il n'apporte rien au roman.

Attention! Ne lisez pas ce paragraphe si vous n'avez pas lu le roman.
À mon avis, une chose n'est pas assez claire. Carlos a caché les coupes dans le piano. Or, le piano a été emporté par un créancier qui s'est remboursé avec. Lorsqu'Allmen a besoin des coupes, il le fait savoir à Carlos qui dit qu'il va les chercher. En effet, Allmen les récupère. J'aurais bien aimé savoir comment Carlos les a récupérées. J'ai peut-être raté un petit passage... un article de journal qui dirait que le créancier d'Allmen a été cambriolé, ou quelque chose de ce genre... En tout cas, en ne disant pas précisément comment a fait Carlos, l'auteur s'épargne des explications. Il s'en sort en montrant que c'est fait, point barre. Je trouve cela trop facile.

Éditeur: Christian Bourgois.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jacques Zurlinden pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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