Auteur : Sullivan J. Courtney

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lundi, 25 mai 2015

Maine, de Courtney J. Sullivan.

Maine

L'ouvrage:
Les membres de la famille Kelleher ne s'entendent pas vraiment. Ainsi, l'été, les enfants d'Alice (la matriarche) se succèdent à Maine, la propriété de cette dernière.
Cet été-là, les Kelleher ne savent pas encore qu'Alice a décidé de leur faire une petite surprise qui, elle l'espère, ne sera connue d'eux qu'après sa mort.

Critique:
Comme dans «Les débutantes», Courtney J. Sullivan analyse parfaitement la psychologie de ses personnages. J'ai préféré «Maine» parce que je me suis attachée à certains personnages.Si les héroïnes de «Les débutantes» me semblaient cruches et capricieuses, celles de «Maine» me paraissent plus matures. Bien sûr, je ne suis pas d'accord avec tous leurs choix, mais je comprends leurs motivations.

L'auteur alterne les points de vue d'Alice (l'aïeule de plus de quatre vingts ans), de Kathleen (sa fille d'environ soixante ans), de Maggie (la fille de Kathleen qui a trente-deux ans), et d'Ann Marie, (la belle-fille d'Alice, car mariée avec son fils). Ces quatre femmes sont très différentes. Kathleen a élevé ses enfants en tentant d'être l'opposé exact de sa mère, car le comportement de cette dernière l'a traumatisée. Résultat: Maggie ne veut pas reproduire ce qu'a fait Kathleen. À un moment, celle-ci s'en rend compte, et est horrifiée à l'idée qu'en voulant éviter les erreurs d'Alice, elle en a commis d'autres.

Maggie m'a semblé superficielle, au début. Elle veut s'établir avec Gabe, son petit ami pour de mauvaises raisons. L'une d'elles étant que sa cousine qui a le même âge est déjà mariée et a trois enfants. Bien sûr, elle a des sentiments pour lui, mais elle a également ce genre d'arguments. Maggie est pourtant celle qui, à mon sens, évoluera le mieux au cours de l'été conté par Courtney J. Sullivan.

Ann Marie m'a vraiment intéressée. Elle fait son possible pour se fondre dans la famille, mais il n'est pas sûr qu'elle soit désintéressée. Je ne parle pas seulement de biens matériels. Ann Marie donne l'impression de vouloir qu'on la reconnaisse en tant qu'être dévoué, ouvert... elle voudrait qu'on la croie parfaite. C'est justement ce qui insupporte Kathleen. Il est vrai qu'Ann Marie est casse-pieds: il ne faut pas que les enfants entendent de gros mots, il faut être pratiquant, et donc, il ne faut surtout pas être une anomalie. Elle ne se remet pas du fait que l'une de ses filles soit lesbienne. Il est assez amusant qu'elle se permette de reprendre Alice qui montre ouvertement son racisme envers les noirs, alors qu'elle fait la même chose (de manière plus sournoise, puisqu'elle râle toute seule dans son coin) envers des homosexuels. En dehors de cela, elle vit très bien avec «ses pensées impures». Ces pensées ne me poseraient pas de problèmes si Ann Marie était un peu plus tolérante envers les autres. D'un autre côté, elle sait gérer les situations de crise, et il semblerait que sa générosité envers Maggie (du moins, cet été-là) ait été totalement désintéressée. Voilà pourquoi elle ne pourra pas inspirer de sentiments tranchés, ce qui est une bonne chose.

Kathleen semble être l'opposé d'Ann Marie. Elle est très franche, ne s'embarrasse pas de minauderies, ne se raccroche pas à la religion, n'a pas honte d'être qui elle est. Certes, mais elle ne fait pas preuve d'empathie, surtout lorsque sa fille demande un peu d'attention et d'écoute. Kathleen est surtout obsédée par le fait de ne pas ressembler à Alice et à Ann Marie. Elle en oublie de se remettre en question. Sans parler du fait qu'elle souffre de la même addiction que celle qu'elle rejette.

Alice est sûrement celle que j'ai le moins aimée. Elle a souffert d'être née dans une famille où on communique mal, et elle l'a reproduit. En outre, elle est d'une génération plus fermée, plus distante. Cela n'explique évidemment pas tout. J'ai surtout désapprouvé le fait qu'elle soit rongée de culpabilité, mais n'ose pas assumer sa mauvaise action, puisqu'elle ne parvient pas à la dire. Elle endure quand même une sorte d'expiation. D'une manière générale, je la trouve froide et antipathique.

Au long du roman, l'auteur confronte les points de vue de ces femmes sur l'histoire de la famille. J'ai apprécié de connaître un pan marquant de l'histoire par petites touches. L'une d'elles y pense, puis l'autre. On découvre leurs points de vue, et on les comprend. Je pense surtout à ce qui arrive à Daniel. Alice et Kathleen s'opposent radicalement. Le point de vue de chacune se comprend. Peut-être serais-je plus encline à partager celui de Kathleen car elle respecte la volonté de son père.

Un roman abouti, dépeignant à merveille les relations de plusieurs membres d'une famille aux caractères très différents.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Ann Marie Lee pour les éditions Random house audio.

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jeudi, 4 avril 2013

Les débutantes, de J. Courtney Sullivan.

Les débutantes

L'ouvrage:
April, Bree, Célia, et Sally sont amies. Elles se sont rencontrées à l'université de Smith. Quatre ans après la fin de leurs études, elles vont se retrouver pour le mariage de Sally. Celle-ci tient à ce qu'il soit célébré à Smith.
Bree a une relation qu'elle n'assume pas. Célia a mène une vie de Bohême. April oeuvre pour la cause féminine...

Critique:
C'est bien la première fois qu'un livre me plaît, alors que je n'apprécie pas les personnages. J'ai aimé le style fluide de l'auteur. J'ai apprécié la manière dont elle raconte la vie de ces quatre filles. Cependant, je n'ai pas apprécié les personnages. Bree trouve quelque peu grâce à mes yeux, parce qu'il me semble qu'elle évolue. Mais les autres sont très bêtes, à mon avis. Chacune se permet de juger les autres, mais aucune ne se remet vraiment en question. Chacune se sent blessée par ce que pensent les autres, mais cela ne les fait pas vraiment évoluer.

April milite pour la cause des femmes. Cependant, pour moi, elle le fait mal. À cause d'une enfance chaotique (un père absent, une mère égoïste, un premier amant indélicat), elle catégorise les gens. Les hommes sont tous des salauds. Elle ne parvient pas à se servir de ses mauvaises expériences afin d'avancer dans le bon sens. C'est dommage, parce que certaines de ses revendications sont justes et valables.

Célia est pleine de préjugés sur tous. Elle évoluera, mais elle me semble très superficielle.

Sally aussi a des idées très tranchées sur tout le monde. Par exemple, elle est persuadée que si ses amies la voient moins, c'est parce qu'elle est heureuse, qu'elles ne le sont pas, et qu'elles l'envient. Or, il n'est pas très difficile de voir que Sally n'est pas heureuse. Lorsqu'elle évoque son histoire avec Jack, elle se répète sans cesse qu'elle est comblée, comme si elle tentait de s'en convaincre. À côté de cela, le lecteur assiste à beaucoup de scènes qui montrent que Sally n'aime pas vraiment son mari.
La jeune femme n'est également pas prête à être mère. Cela se voit dans son ressenti, sa façon d'être, etc. Je ne pense pas que la naissance de son enfant la rendra soudain mature.
Parmi les idées reçues de Sally, il est celle concernant le nom de famille d'une femme mariée. Elle se sent au-dessus de celles qui préfèrent garder leur nom de jeune fille, car elle pense que ses arguments sont pleins de bon sens. Elle devrait plutôt se dire qu'il est heureux que chacune puisse choisir de garder son nom de jeune fille ou de prendre celui de son mari.

Bree n'assume pas vraiment sa relation amoureuse. Certes, elle tient tête à sa famille, mais ne vit pas cette relation de manière naturelle. Elle n'en parle pas spontanément. Je sais qu'il n'est pas facile de se moquer du regard de la société, mais ce n'est pas une attitude d'autruche qui fera changer les choses. Bien sûr, on peut comprendre la peur de Bree, ses hésitations, son évolution.

Nos quatre héroïnes trouvent souvent des excuses à leur conduite stupide à cause du traumatisme qu'elles vécurent dans leur enfance. Il est évident que cela les marqua et influa sur leurs vies. Cependant, certaines se retranchent trop derrière cela pour excuser tous leurs actes.

La fin fut sujet de débat entre une amie et moi. Mon amie trouve que l'auteur se fiche de son lecteur, car ce que l'on découvre au chapitre 18 est totalement invraisemblable. Quant à moi, je pense que cette fin va très bien au personnage en question. Nous sommes tombées d'accord pour dire qu'il est invraisemblable qu'une personne normale accepte ce genre de choses. Oui, mais ces filles sont particulièrement superficielles, voire stupides. Elles sont la preuve qu'on peut avoir fait des études, avoir un travail honorable, et être absolument dénué d'ouverture d'esprit, d'esprit critique, d'empathie. N'allez pas croire que ces filles ne sont pas réalistes. Des gens comme elles, on en rencontre malheureusement davantage qu'on ne le voudrait!
Cette discussion avec mon amie m'a fait comprendre pourquoi j'avais aimé le roman sans aimer les personnages: je me suis très souvent moquée d'elles. Je les ai comprises, mais il m'a semblé qu'elles n'évoluaient pas, ou si peu (sauf Bree).

Éditeur: Rue Fromentin.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Christiane May-Sudan pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Je trouve regrettable que la lectrice ait tenté de prononcer certains noms anglophones (dont Bree et April) à l'anglaise. Je n'ai pas trouvé cela naturel. D'autre part, elle lit de manière un peu trop sobre à mon goût. Je lirai d'autres ouvrages enregistrés par elle, car sa voix est agréable et sa lecture est fluide, mais pas tout de suite.

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