Auteur : Stevens Chevy

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jeudi, 9 mars 2017

Those girls, de Chevy Stevens.

Those girls

À ma connaissance, ce livre n'a pas été traduit en français.

L'ouvrage:
Petit village de Littlefield, juillet 1997.
Danny (bientôt dix-huit ans), Courtney (seize ans et demi), et Jess (bientôt quinze ans), vivent avec leur père. Celui-ci est alcoolique, et souvent violent. Ce soir-là, il rentre de plusieurs semaines de travail en dehors du village. Les trois adolescentes constatent très vite qu'il est d'humeur belliqueuse. Il ne tarde pas, en effet, à s'en prendre à Courtney...

Critique:
Après avoir été déçue par «Des yeux dans la nuit» et n'avoir pas été tentée par le scénario de «Cette nuit-là», j'avais peur que Chevy Stevens s'essouffle. Heureusement, avec «Those girls», elle a su se renouveler. Le scénario peut paraître convenu: les trois filles confrontées à un père violent, etc. Certes, mais l'auteur y a ajouté sa touche personnelle, ce qui fait que je ne me suis pas ennuyée. La première partie est sûrement celle où la tension est à son paroxysme. Les trois adolescentes entrent dans un cauchemar dont on n'imagine pas l'ampleur au départ. À plusieurs reprises, j'ai pensé que cela allait s'arrêter, qu'elles trouveraient une solution, que quelque chose arriverait... Chevy Stevens emmène ses héroïnes très loin dans l'horreur, et montre comment chacune y réagit. J'ai compris chacune des filles. Bien sûr, celle qui aura le plus de mal à faire avec est l'une de celles qui en a le plus supporté. De ce fait, elle fait certaines choses qui pourraient paraître incompréhensibles, mais sachant tout ce qu'elle a traversé, on ne peut pas vraiment lui en vouloir.
Jess m'a parfois agacée. Elle semblait ne pas toujours mesurer toute la souffrance de ses sœurs. Je pense que tout en comprenant les trois héroïnes, on peut parfois être agacé par l'une ou l'autre. C'est logique, cela les humanise.

J'ai un peu moins aimé les deux dernières parties. Il faut dire que malgré tout, la tension retombe. En outre, même si j'ai compris ce que voulait faire l'auteur, je trouvais que les choses étaient trop lentes parce qu'un personnage revient dans les pas de nos héroïnes. Ce personnage m'a d'ailleurs un peu agacée: ayant été élevée le mieux possible compte tenu des circonstances, cette jeune fille croit tout savoir, réclame davantage d'indépendance, et prend des risques insensés. J'ai pensé qu'il fallait qu'elle apprenne un peu de la vie, et lorsque cela arrive (voir sa rencontre avec l'autostoppeuse), je n'ai pu m'empêcher de me dire que ça lui mettrait un peu de plomb dans la tête. À noter quand même que ce personnage tente d'agir pour le bien de sa tante.

Dans l'ensemble, ce roman m'a plu. Les personnages sont bien décrits, bien analysés. Les situations sont crédibles. Les lenteurs ne sont pas si pénibles.

Remarque annexe:
Un personnage explique que lorsqu'on prend une nouvelle identité, il vaut mieux garder ses initiales parce que c'est plus facile à retenir. Je trouve cet argument idiot. Dans tous les livres que j'ai lus où les personnages changent d'identité, ils gardent leurs initiales (sauf dans «Sauver sa peau» au bout de deux ou trois identités différentes). Je ne trouve pas ça judicieux parce que dans l'absolu, c'est un indice pour ceux qui recherchent la personne.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Emily Woo Zeller (lorsque Jess est la narratrice), Jorjeana Marie (lorsque c'est Sky), et Nicol Zanzarella (lorsque c'est Danny) pour les éditions Blackstone audio

J'aime beaucoup Emily Woo Zeller. Ici, elle a su nuancer quelque peu sa voix selon les personnages. Lorsque certains pleuraient, elle a très bien rendu cela, faisant ressentir leur détresse. Elle a également très bien exprimé la tension et l'horreur dues à ce que vivaient les filles. Elle n'en a jamais trop fait, ce qui aurait tout gâché. Par contre, elle n'était pas à l'aise lorsqu'il fallait crier. À certains moments, l'une ou l'autre des filles, désespérée, crie, appelle ses soeurs ou exhorte les bourreaux à arrêter de les martyriser. J'ai trouvé que là, Emily Woo Zeller ne s'en sortait pas bien. Elle avait l'air d'interpréter (c'est ce qu'elle faisait, mais il fallait, justement, qu'elle n'en ait pas l'air) et de se retenir de crier... C'était assez étrange, sachant que sur tout le reste, elle était très bien.

J'ai eu beaucoup de mal avec Jorjeana Marie. Sa voix est de celles qui ne me plaisent pas: grave, enrouée (voire cassée), nasale. En général, quand la voix ne me plaît pas, si l'interprétation me semble bonne, cela me fait oublier que la voix n'est pas à mon goût. Ici, cela n'a pas été le cas. Je pense que cela a contribué à me faire moins apprécier Sky. En effet, j'ai imaginé une lectrice dont le jeu me plaît beaucoup (Andi Arndt, par exemple) lisant ces passages, et il m'a semblé que ce serait mieux passé.

Nicol Zanzarella a trop peu lu pour que j'aie pu me faire une opinion définitive. A priori, son jeu me plaît.

mercredi, 28 mai 2014

Des yeux dans la nuit, de Chevy Stevens.

Des yeux dans la nuit

L'ouvrage:
Nadine Lavoie est psychiatre. Elle travaille dans une clinique. Sa nouvelle patiente, Heather, a tenté de se suicider. À mesure de leurs discussions, la jeune femme évoque une communauté dans laquelle elle a vécu. Nadine s'aperçoit qu'elle connaît ces gens, ayant vécu parmi eux lorsqu'elle était adolescente. Évoquer cette communauté, et surtout son leader, met la psychiatre mal à l'aise. Elle va se plonger dans son passé afin de comprendre d'où lui vient cette gêne qui se transformera vite en mal être.

Critique:
J'ai trouvé sympathique que Nadine soit le personnage principal. Ceux qui ont lu les romans de Chevy Stevens dans l'ordre ne la connaissent qu'en tant que psychiatre. Ici, l'auteur lui donne davantage d'épaisseur: elle construit la personne autour du médecin.

Malheureusement, je n'ai pas autant aimé ce roman que les deux précédents. J'ai trouvé que tout était très lent à se mettre en place. Si dans les autres romans, on ne pouvait pas vraiment prévoir comment tourneraient les choses, ici, on sait très vite que les «énigmes» posées au départ ne trouveront une solution qu'à la fin. D'habitude, quelque chose est résolu, et cela pose une autre question, etc. Ici, j'ai trouvé qu'on se traînait vers la solution. En outre, j'avais deviné beaucoup de choses. Je savais ce que Nadine finirait par se rappeler à propos du «gourou» de la communauté, par exemple, et également ce qui était arrivé à Willow. Bien sûr, on ne peut pas tout trouver, mais après avoir reconstitué la plus grande partie du canevas, je me suis ennuyée à voir Nadine se traîner vers la solution.

J'ai aussi trouvé gros que Heather ait justement fait partie de cette communauté et qu'elle soit le déclencheur des souvenirs de Nadine. Bien sûr, il y avait un terrain favorable. La communauté s'attaquera en priorité à des êtres fragiles, manquant de confiance en eux. Il est donc normal qu'Heather ait atterri dans ses filets. Après, il est peut-être un peu plus discutable qu'elle se retrouve justement en thérapie avec Nadine.

J'ai aussi été gênée que l'héroïne ait à ce point occulté les choses. Là encore, cela peut s'expliquer: certains font cela pour survivre. De plus, la famille de Nadine était un terrain favorable.

Par contre, Chevy Stevens explore bien les relations compliquées entre Nadine et Lisa, sa fille. Il est malheureusement possible que toute avertie qu'elle soit, toute psychiatre qu'elle soit, l'héroïne ait manqué les signaux envoyés par sa fille. Ça peut paraître gros, mais ça ne l'est pas, car il est souvent difficile d'être objectif lorsqu'on est impliqué.

L'auteur expose également très bien la manière perverse dont des gens comme Aaron Quinn s'y prennent pour circonvenir ses proies. Il est facile d'avoir peur de Joseph, le frère d'Aaron, qui est une brute assoiffée de violence. Mais Aaron fait semblant d'apaiser, attire avec de belles paroles et de la fausse douceur, entraîne les gens fragiles à se perdre, à douter d'eux-mêmes, à s'en remettre totalement à lui en pensant qu'ils font ce qu'il faut. Chevy Stevens n'exagère absolument pas lorsqu'elle expose cette redoutable et terrifiante méthode de manipulation.

J'ai conscience d'être sévère avec ce roman. Je pense que c'est parce que je n'ai pas pu m'empêcher de le comparer aux deux autres thrillers de Chevy Stevens que j'ai adorés.

Éditeur français: l'Archipel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Joyce Bean pour les éditions Brilliance audio.

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mercredi, 7 mai 2014

Il coule aussi dans tes veines, de Chevy Stevens.

Il coule aussi dans tes veines

L'ouvrage:
Sarah Gallagher a été adoptée. À présent, elle a trente-quatre ans, et elle souhaiterait retrouver ses parents biologiques. Elle se heurte à la froideur de celle qui serait sa mère naturelle, Julia Laroche. Après quelques recherches, elle comprend pourquoi Julia ne voulait rien lui dire... Peut-être Sarah n'aurait-elle pas dû tenter de savoir...

Critique:
L'idée de départ était risquée, car l'auteur aurait pu se perdre, faire du spectaculaire, de l'invraisemblable... Il n'en est rien. Elle parvient à créer une intrigue sans temps morts ni invraisemblances. La tension et le suspense sont très présents, les rebondissements ne sont pas incongrus.

Les éléments du récit font que l'héroïne analyse ses sentiments et ses réactions. Cette remise en question est très intéressante, car l'auteur pose certaines questions importantes. Par exemple, jusqu'à quel point peut-on hériter d'un caractère, d'une personnalité. Un dérapage est-il le début de la fin? Le lecteur s'interrogera, à l'instar de Sarah, surtout lorsqu'il s'agit des accès de colère d'Allie. Sont-ils simplement des caprices d'enfant gâtée?
Quant à la réponse aux diverses énigmes posées dans le livre, tout se tient. Bien sûr, on peut reprocher à l'auteur d'avoir utilisé une vieille ficelle (faire porter les soupçons sur des innocents), mais elle le fait habilement, et ne met pas de gros sabots, ce qui fait que le lecteur n'est pas très sûr, et ne fonce pas tête baissée dans un piège. C'est plutôt un questionnement quant aux motivations des uns et des autres.

Chevy Stevens analyse des relations familiales compliquées à cause d'événements, mais aussi de personnages au caractère très fort ou trop effacé. Elle cherche à montrer que tout est complexe. J'ai quand même trouvé cela un peu gros, notamment en ce qui concerne le père (adoptif) de Sarah. À vouloir éviter les clichés, on en crée d'autres. C'est bien dommage.

La romancière a repris certains thèmes de «Séquestrée» en les exploitant autrement. Par exemple, John adorait sa mère et craignait son père, comme celui qui a enlevé Annie O'Sullivan.
D'autre part, Annie et Sarah vont voir la même psychiatre. Les deux livres sont d'ailleurs construits de la même façon: l'héroïne raconte ce qui lui arrive pendant des séances chez la psychiatre.

Éditeur: l'Archipel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Bérénice Castiau pour la Ligue Braille.
La lectrice a très bien interprété ce roman. Elle a pris le parti de jouer un peu, et est parvenue à le faire sans surjouer. J'ai été ravie de cette lecture. Je mettrai un petit bémol à cela: l'un des personnages s'appelle Julia. Au début, la lectrice le prononce normalement. Vers le milieu du roman, elle se met à le prononcer Djoulia. D'abord, je trouve regrettable de changer la prononciation d'un nom propre pendant la lecture. Il vaut mieux le prononcer toujours de la même manière. Ensuite, je trouve dommage de prononcer un nom propre qui existe en français à l'anglophone. Certes, ici, le personnage est américain, mais le texte est lu en français, il est donc plus naturel (du moins à mon avis) de prononcer le nom propre en français. Si le texte était en anglais, je trouverais incongru qu'un prénom existant en anglais soit prononcé à la française, même si le texte se passait en France.

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lundi, 7 mai 2012

Séquestrée, de Chevy Stevens.

Séquestrée

L'ouvrage:
Annie O'Sullivan entame une thérapie. Elle raconte l'histoire de son enlèvement, et du calvaire qu'elle endura pendant presque un an. En effet, elle a réussi à s'échapper. À ce stade de l'enquête, on ne sait toujours pas qui est son agresseur.

Critique:
Voilà un très bon thriller. D'abord, l'auteur attaque sous un angle inhabituel: la victime s'est échappée, et raconte ce qu'elle a vécu. Ensuite, la psychologie des personnages est très bien explorée et analysée. On dira que le ravisseur d'Annie a une psychologie un peu facile, mais malheureusement, elle est totalement plausible.
Il va de soi qu'Annie est un personnage admirable. Je ne peux imaginer que l'être humain ait de telles ressources!
Christina m'a un peu agacée... elle avait raison de vouloir secouer son amie, mais je la trouvais trop sûre de ce qu'Annie devait faire. Elle se prenait trop pour une super psychologue, avait l'air de tout savoir, etc.
Il est un personnage que je n'évoquerai pas, mais sur lequel j'aurais énormément de choses à dire!

Pour raconter son histoire, l'héroïne est obligée de naviguer entre son présent et son passé. Elle arrive à chaque séance, et raconte ce qui s'est passé depuis la fois d'avant, puis recommence à raconter son année avec son ravisseur. Moi qui, en général, déteste ces allers et retours dans le temps, les ai trouvés judicieux ici. On a vraiment l'impression d'être dans la vie d'Annie, le récit est rendu plus vivant, plus réaliste.

Le lecteur sait dès le début que la narratrice a échappé à son tortionnaire. J'avais peur que cela entraîne l'ennui, que l'auteur veuille remplir, se répète, etc. Il n'en est rien. Malgré ce que sait le lecteur, rien n'est poussif. Cela m'a surprise, car il est très facile de tomber dans cet écueil en pariant de dévoiler certaines choses dès le départ. Bien sûr, Chevy Stevens ne pouvait faire autrement que de révéler cela.
Le lecteur a également une autre information assez rapidement, et le fait de devoir lire les circonstances de l'événement après aurait pu également être une source de lenteur. Cela ne m'a pas gênée.

Au moment où on pense que l'auteur va s'enliser, il sort une carte de sa manche, et relance magistralement l'intrigue. Je n'imaginais pas du tout que les événements prendraient cette tournure, et pourtant, cela n'arrive pas de manière incongrue. Tout est très bien préparé par l'auteur. Étant donné que je n'avais rien deviné, pour moi, Chevy Stevens a très finement joué. Ses indices sont intelligemment donnés, de façon à ce qu'on ne puisse les décrypter, mais qu'ensuite, on se les remémore en les imbriquant dans le puzzle.
J'ai apprécié que la personne coupable ne soit pas quelqu'un d'admirable tout au long du roman. En effet, si le coupable est «gentil» pendant tout le roman, et se révèle un «méchant», cela n'est pas très crédible. Ici, tout est beaucoup plus réaliste.

Quant aux histoires d'amour, elles sont également crédibles. Moi qui suis souvent encline à les trouver invraisemblables et pleines de failles, j'ai pu constater qu'ici, rien ne me gêne. Peut-être parce que rien n'est vraiment définitif, rien n'est réglé, à la fin. Le lecteur pense savoir dans quelle direction iront les choses, mais rien n'est tranché.

Remarques annexes:
À un moment, Gary dit à Annie qu'elle ne doit parler à personne, et elle va tout raconter à sa psychologue. Cela fait que le lecteur soupçonne la psy...

À un moment, la jeune femme est harassée et morte de faim. Elle attend le retour du malade en planifiant sa façon d'agir, et se répète son plan à la manière d'une comptine. En anglais, cela donne: «The freak is insane, he needs fear and pain.» Je me suis demandé comment cela avait été traduit. J'ai pensé à: «Le fou est dangereux, peur et douleur le rendent heureux.» Ou: «Le fou est en transe, il aime peur et souffrance.»
Plus tar, une amie qui a lu le livre en français m'a donné la traduction. Elle fait moins chansonnette que les miennes.

Note: Ne lisez pas ce paragraphe si vous n'avez pas lu le livre.
À la fin, Annie finit par dire qu'elle avait appelé sa fille Hope. Le traducteur a pris le parti de le traduire par Espérance. C'est logique, car il y avait une raison bien précise à ce prénom, et il fallait que le lecteur français en prenne la mesure. Cependant, Hope est un prénom communément donné aux États-Unis, alors qu'Espérance ne l'est pas en France. Il aurait peut-être été plus judicieux de garder Hope et de mettre une note explicative.

Éditeur français: l'Archipel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Angela Dawe pour les éditions Brilliance audio.
J'aime beaucoup cette lectrice qui a une voix claire et dynamique. Elle joue sans surjouer, et en l'occurrence, a su faire passer les émotions d'Annie. Je regrette qu'elle modifie sa voix pour les personnages masculins, mais elle ne le fait pas trop, donc cela reste supportable.

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