Le chemin

L'ouvrage:
Marie est née et a grandi dans un petit village du Jura. Elle vit entourée de l'amour des siens: sa mère, sa tante, ses grands-parents. Son père, elle ne le connaît pas. Outre le vide que cela crée en elle, elle est en butte aux moqueries de ses camarades de classe qui la traitent de bâtarde. Ne voulant se résoudre à s'effondrer, Marie rend la haine et la bêtise avec sa colère et ses poings. Cela lui causera bien des ennuis...

Critique:
Le résumé explique que ce roman raconte le cheminement intérieur d'une jeune fille qui doit subir des épreuves. Ce n'est pas faux, mais on pourrait en dire autant de beaucoup d'autres romans. À cause de ce résumé, j'avais peur que le livre tombe dans la leçon de morale pompeuse, ou dans la philosophie. Heureusement, ce n'est pas le cas. Seulement, je n'ai pas l'impression que les épreuves fassent réellement avancer notre héroïne. J'ai admiré sa combattivité, son refus de renoncer, sa volonté d'assumer la responsabilité de ses actes, ses fréquentes remises en question. Cependant, elle n'a pas su me convaincre. Elle se remet en question, mais fait certaines grosses erreurs. Elle veut les assumer, mais il y en a qu'elle aurait pu ne pas commettre. C'est en action qu'elle ne m'a pas plu. Sa façon d'être, de faire, alors qu'elle vit le moment présent m'a souvent exaspérée. Elle se reproche des choses après coup, mais retombe ensuite dans un schéma où elle ne fait pas forcément les bons choix.

De plus, elle reste profondément égoïste. J'ai compris son besoin de fuir le petit village qui la maltraita. Cependant, elle ne fait pas grand-chose pour tous ceux qui l'aimèrent. Soit, sa mère est faible. Marie dirait qu'elle stagne.
J'ai aussi compris le désir de la narratrice de voir comment se passent les choses ailleurs, dans d'autres endroits du monde. Cependant, la toute fin montre à quel point elle est égoïste. Là où sa mère a agi par amour et abnégation, Marie n'a pensé qu'à elle. Elle veut s'ouvrir aux autres, décrire les injustices, mais elle ne commence pas par donner une preuve de cette prétendue ouverture d'esprit en agissant au mieux dans sa vie privée.

J'ai également été choquée que Marie accorde si peu d'importance à ses «amours carcérales» (puisqu'une fois la personne partie, elle ne fait rien pour rester en contact), et que pourtant, sur le moment, elles aient semblé être vitales pour elle, surtout l'une d'entre elles, étant donnés les «sacrifices» qu'elle a fait pour elle...

J'ai bien aimé la théorie développée par Camille, à un moment. À savoir que qui que l'on soit, on n'agirait différemment selon notre côté de la barrière. Pour elle, une personne opprimée n'hésiterait pas à être oppresseur si elle était de l'autre côté. Finalement, ce n'est pas faux... et c'est assez effrayant... même si on ne peut pas appliquer cela à tous.

L'auteur explique bien quelle peut être la mentalité d'une bande de lâches avides de ragots, ne songeant jamais à accepter l'autre pour ce qu'il est, et n'acceptant pas qu'ils pourraient être responsables du mal qui leur est fait. C'est l'attitude des gens du village où Marie a grandi. La jeune fille, sa mère, et son grand-père, exposent très bien l'attitude méprisable des villageois, et il est très aisé de comprendre que Marie veuille échapper à ces esprits étriqués.
En parallèle, Armand Spicher présente des personnages sages, semblant (à l'inverse de l'héroïne), apprendre de leurs erreurs. Il s'agit de Claude, de Paul, et même peut-être de Camille. Ils la chérissent, et gravitent autour d'elle sans que leur bon sens ne l'atteigne vraiment.

Éditeur: Mon Village.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Laurence Gargantini pour la Bibliothèque Braille Romande.

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