Auteur : Somoza José-Carlos

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mercredi, 19 novembre 2014

Daphné disparue, de José-Carlos Somoza.

Daphné disparue

L'ouvrage:
Le 13 avril, après un accident de voiture, Juan Cabo, écrivain à succès, perd la mémoire. En enquêtant sur lui-même, il trouve une phrase énigmatique écrite dans un carnet: «Je suis tombé amoureux d'une inconnue.» Il a écrit cela peu avant l'accident, alors qu'il dînait dans un restaurant. Perplexe, il décide d'enquêter en commençant par le fameux restaurant.

Critique:
Pour moi, la force du roman réside dans le fait que José-Carlos Somoza promène son lecteur à sa guise. Au départ, j'ai trouvé les rebondissements intéressants et originaux, même quand le tout paraissait absurde. Puis, j'ai trouvé que l'auteur en faisait beaucoup trop, qu'à force de vouloir surenchérir dans le spectaculaire, il faisait tout partir en vrille. Cependant, il se rattrape bien, ce qui n'était pas forcément gagné, étant donné qu'il va loin dans l'invraisemblable.
Rien que l'idée de départ est dangereuse: pourquoi le héros chercherait-il à retrouver une femme qu'il a très peu vue, pour laquelle il aurait eu le coup de foudre, mais qu'il a oubliée? Pourquoi quelqu'un s'amuse-t-il à écrire sur tous les gens qui vont manger dans le fameux restaurant (dont le nom, la Foresta Invisible, colle très bien à l'ambiance du roman)? À mesure que le livre avance, d'autres questions se posent. Elles trouvent toutes une réponse à la fin. Certains diront peut-être que la solution est facile, voire éculée. Je n'ai pas trouvé, car elle est à la hauteur de ce qu'a osé faire l'auteur au long du roman. Malgré tout, la partie où Juan imagime la femme m'a semblé un peu grosse. Par exemple, pourquoi Juan n'a-t-il pas eu l'idée de chercher des informations dans les journaux sur une femme disparue? Parce que cela ruinait les plans de José-Carlos Somoza, certes, mais il aurait fallu qu'il trouve une bonne raison à cela.

À travers un roman aux rebondissements déroutants, José-Carlos Somoza aborde intelligemment certains thèmes. L'écriture est envisagée sous différents angles: elle aide, détruit, pousse, elle est à la fois un carcan et une libération, elle prend plusieurs chemins pour mener à la vérité.
La solution de l'énigme pose une question simple: jusqu'où est-on prêt à aller? Jusqu'où se laisse-t-on griser par un enjeu si prometteur?

Remarques annexes:
L'auteur a quelques remarques humoristiques. Par exemple, un poète dit que «poète inconnu», c'est une redondance. Remarque qui est à la fois drôle et grave.
Je trouve dommage qu'il y ait le cliché de l'aveugle qui touche le visage de quelqu'un pour le reconnaître.
Il y a quelques «indices» un peu gros (c'est sûrement exprès): la mystérieuse inconnu se trouvait à la table 15 et il y a 15 chapitres. La jeune femme qui est modèle pour écrivains s'appelle Muse...

Éditeur: Actes Sud.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Francine Chappuis pour la Bibliothèque Sonore Romande.*

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lundi, 22 juin 2009

La théorie des cordes, de José-Carlos Somoza.

La théorie des cordes

L'ouvrage:
Ce jour-là, Elisa Robledo, professeur scientifique, donne un cours à ses étudiants, essayant de leur faire comprendre les différentes dimensions du temps. Elle utilise le journal pour sa démonstration, et l'article qu'elle lit lui saute à la figure. La machine infernale qu'elle tente d'oublier depuis dix ans se remet en marche. Rien n'est achevé. La course-poursuite a repris.

Plus tard, elle obtient la confirmation de ce qu'elle craignait. Il y aura donc une réunion à minuit et demi, à l'endroit convenu. Affolée, Elisa se confie à son meilleur ami, Victor Lopera, car elle ne peut plus garder un tel secret.

Critique:
L'auteur sait tisser un suspense qui captive le lecteur. Il joue sur le fait que le lecteur ne sait rien: il débarque, et n'a que les maigres renseignements que veut bien lui donner Elisa par le biais de sa pensée. Le lecteur se rend encore mieux compte qu'il arrive en plein milieu de la vie de quelqu'un. Le fait de ne pas tout savoir dès le départ est gênant, mais plus réaliste.

Le roman est constitué de moments présents et de flashbacks. Si c'est une réussite dans certains romans, j'aime moins cette façon de faire dans les romans policiers. C'est une ficelle assez employée, mais en plus, elle donne un effet de longueur. Tout au long du roman, nous retrouvons d'autres effets de longueur. C'est dommage, car à mesure que nous lisons, notre attention est relancée par les rebondissements, les émotions et les sentiments des personnages. C'est un roman où on est captivé par certains chapitres, et où on s'ennuie avec d'autres.
Le revirement de certains personnages est un peu lourd, car la ficelle est trop souvent utilisée.
Par ailleurs, je n'ai pas aimé la fin. Bien sûr, cela devait se terminer ainsi. Dès le départ, la fin est écrite. En plus, cela aurait pu se terminer de manière pire. Néanmoins, j'aurais préféré que l'auteur choisît une autre fin.

La terreur est bien distillée, mais là aussi, cela finit par être trop long.
La spirale dans laquelle sont entraînés les personnages est intéressante: on ne sait pas d'où vient le danger, les personnages ne sont même plus en sécurité dans leurs propres pensées. La manière dont ils ont été manipulés est assez effrayante, car on se dit que ça peut arriver à n'importe qui. Petit à petit, alors que nous comprenons ce qui se passe, alors que nous cernons enfin d'où vient le danger, alors que nous devrions être un peu plus tranquille, nous découvrons que le savoir n'apporte pas la sérénité: les personnages sont manipulés par les hommes, et poursuivis impitoyablement par «une machine».

Les personnages sont attachants. Le lecteur ressent leur détresse: ils étaient équilibrés, avaient une vie qui leur convenait, et tout est piétiné. Ils ne sont que peur. Il est intéressant de voir comment une personne peut être, petit à petit, minée de l'intérieur. On s'identifie parfaitement à ces personnages.

La théorie des cordes (celle que développent les scientifiques du roman), m'a paru un peu abstraite, malgré l'intérêt que j'y ai pris.

Éditeur: Actes Sud.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Je n'ai pas compris pourquoi elle prononçait David à la semi-anglaise, dans ce roman, alors que la prononciation est acceptable en français, et qu'elle l'a déjà prononcé normalement dans d'autres romans.

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