Auteur : Simonay Bernard

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mardi, 26 février 2013

La fille de la pierre, de Bernard Simonay.

La fille de la pierre

L'ouvrage:
1870.
Sylvine Ménétrier vit heureuse, à la Sauvagine, entourée de ses parents, de son frère, et de ses soeurs. Pierre, son père, carrier et vigneron, fait des envieux: sa famille est unie, sa ferme (qu'un riche anobli tente d'acheter) est prospère, il est républicain, refuse que l'église l'assujettisse...

Critique:
Je me souviens de mon enthousiasme après la lecture de «Les tigres de Tasmanie». Je le suis moins, aujourd'hui, mais je pense que c'est parce que j'ai lu beaucoup de romans de toutes sortes depuis. J'ai trouvé, par exemple, que Sylvine était trop parfaite: belle, intrépide, intègre, ne tendant pas l'autre joue, mais se montrant généreuse avec ceux qui le méritent... À dix ans, elle comprend tout très vite, raisonne très bien... D'autre part, certaines ficelles sont un peu grosses: elle réussit tout ce qu'elle entreprend, même lorsque c'est périlleux. Certains événements arrivent comme à point nommé.
Certaines idées arrivent un peu tard: Sylvine se dit qu'elle aurait dû agir de telle manière, alors que j'y avais pensé depuis un bon moment. Je pense surtout à ce qui se passe lorsque les quatre grands-parents sons sollicités. À ce point du récit, une autre solution, très simple, aurait été envisageable. L'auteur ne l'a pas évoquée parce que cela aurait enlevé quelques péripéties à son roman. En outre, il fallait bien plonger la famille encore plus dans le malheur et la disgrâce afin que Sylvine, tel un super héros, sauve tout le monde. Là où le tout est un peu gros, c'est qu'à la place de l'enfant, acculée, désespérée, j'aurais pensé à cette solution. Il aurait fallu que l'auteur trouvât une excuse plus plausible au fait qu'elle ne fut envisagée que plus tard.

C'est un peu le même schéma concernant une chose très importante que Sylvine ne parvient pas à découvrir. Une idée finit par venir à l'un des personnages, mais pourquoi ne l'a-t-il pas eue plus tôt? Pourquoi Sylvine elle-même ne l'envisagea-t-elle pas? Et même si on oubliait cette idée quelque peu grandiloquente, pourquoi notre héroïne ne se résout-elle pas au travail de fourmi, auquel elle pense, mais qu'elle rejette, trouvant la tâche trop ardue?
Que le romancier fasse attendre son lecteur avant la résolution de cette chose importante, ce n'est pas horrible en soi, c'est le fait que ses ficelle soient si grosses que je déplore.

Cependant, Bernard Simonay a su créer un roman plein d'aventures, de rebondissements, et de personnages attachants. Pierre et Juliette en font partie. Ils bousculent les clichés, ont les idées larges, l'esprit critique. Ils ne sont pas parfaits puisque Pierre s'emporte facilement, et que Juliette est une petite chose fragile. Cela leur donne davantage d'épaisseur.
Si on trouve des «méchants» un très méchants, d'autres personnages sortent des codes assignés par leur position. Par exemple, le curé est véritablement tolérant. Il ne rejette pas quelqu'un qui ne va pas à l'église, et ne l'entoure pas d'une fausse amitié, car il ne tente pas de l'enrôler. Il ne se place jamais en juge.
Lucile, victime sacrifiée par ceux qui ne surent pas l'aimer (l'un parce que sa vie était morne, l'autre par pur égoïsme), est également intéressante. Elle s'est, en quelque sorte, élevée seule.
Si Edmond suscitera l'agacement, on aura aussi pitié de lui. Je l'ai quelque peu méprisé, mais qu'aurais-je fait à sa place?

Outre l'absence de temps mort, j'ai aimé que Bernard Simonay immerge son lecteur dans cette France de la fin du dix-neuvième siècle: ses paysages, ses auteurs, ses coutumes... Il fait cela à merveille. J'ai appris, par exemple, d'où venait la coutume du sapin de Noël.

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Michel Ellisalde pour l'association Valentin Haüy.
Je n'ai pas l'orthographe exacte du nom du lecteur, je lui présente donc mes excuses si celui-ci est mal écrit.

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lundi, 12 novembre 2007

Les tigres de Tasmanie, de Bernard Simonay.

Les tigres de Tasmanie

L'auteur:
En faisant une recherche, j'ai découvert que Bernard Simonay avait écrit des romans fantastiques, des romans policiers, des romans historiques, des romans d'aventure. Je vous conseille son site et surtout le forum de ses fans.
Ayant aimé "Les tigres de Tasmanie", je vais essayer de lire d'autres ouvrages de cet auteur.

L'ouvrage:
A la fin de la première guerre mondiale, Clémentine, médecin, a perdu presque toute sa famille. Ses parents sont morts, ainsi que son époux, William Smith. Il ne lui reste plus que Mary, sa fille de sept mois.
La jeune française décide d'aller s'établir en Tasmanie, où elle compte retrouver la famille de son mari. En effet, William était tasmanien.

Bizarrement, il n'y a aucune trace de William Smith dans les registres. La jeune femme devrait repartir. Mais après quelques jours, elle se découvre un profond attachement pour ce pays, pour cette terre. De plus, elle compte bien élucider le mystère entourant la personne de son défunt mari.
C'est là que commence une aventure pleine de surprises.

Critique:
Commençons par ce que je n'ai pas aimé, on en sera débarrassé. La seule chose que je reproche à ce roman, c'est que la première histoire d'amour à laquelle assiste le lecteur est attendue. A part cela, le livre est une réussite.

D'abord, l'auteur ne se contente pas de situer son histoire en Tasmanie juste pour faire exotique. Il ne se contente pas de nous présenter deux ou trois animaux exotiques pour faire couleur locale. Il plante un décor, s'attarde sur la faune, la flore, et l'histoire du pays. Le lecteur s'évade vraiment en lisant ce roman. Il se croit réellement en Tasmanie, dans ses forêts. Il est heureux de côtoyer les diables, et les loups tigrés, appelés les tigres de Tasmanie.

Si on s'attend à la première histoire, on ne s'attend pas au reste. En arrière-plan, une enquête est menée. Cette enquête finira par devenir très importante. On est tout aussi perdu que Clémentine. On assiste aux conflits des exploitants forestiers, les familles qui se déchire, la haine d'un nom qui fait dire n'importe quoi...
On découvre, à l'instar de la jeune femme, certains secrets qui lient étroitement les Kelly et les Prescott, et qui font que Clémentine se retrouve, elle aussi, prise dans la toile. J'ai deviné certaines choses un peu avant elle, mais je pense que l'auteur a fait exprès de donner la clé à son lecteur quelques lignes avant qu'elle ne la découvre.
Entre parenthèses, je suis fière de moi, car il y avait un personnage que je ne sentais pas, et il s'est révélé haïssable.

Le thème du racisme des colons envers les aborigènes (plutôt les sang-mêlés, étant donné que les aborigènes furent décimés avant le début de cette histoire), est abordé très intelligemment. La bêtise des colons est mise à nue. Néanmoins, Bernard Simonay différencie bien les colons. Ils ne sont pas tous classés dans la catégorie des brutes qui ne supporte pas qu'on soit différents d'eux.
De plus, il est établi qu'aucun blanc n'acceptera de travailler sous les ordres d'un métis. Pourtant, après un événement grave, les bûcherons travaillant pour Clémentine ont réfléchi, et ont fini par s'accorder sur le fait qu'ils préféraient travailler sous les ordres de quelqu'un de compétent, et qui ne passait pas son temps à aboyer. La couleur n'importait plus.

Le personnage de Clémentine est également intéressant. Elle n'a pas froid aux yeux, et n'hésite pas à bousculer la misogynie pour faire valoir ses droits et la justice. Mais ce n'est ni une sainte, ni une femme parfaite. Elle a ses faiblesses, et cela la rend plus humaine.
Le personnage d'Emily est un écho de Clémentine. Elle aussi se bat pour sauvegarder ses droits et ceux de son amie. Elle fait cela avec bonne humeur et verve. Lorsque le lecteur la retrouve au fil des pages, elle est une bouffée d'oxygène.
Je ne m'attarderai pas sur tous les personnages, mais ils sont tous complexes,et donc intéressants, sauf peut-être deux.

Le repentir de certains personnages est un peu difficile à croire, vu leur acharnement. On a l'impression que l'auteur a voulu faire une fin heureuse, même s'il fallait pour cela être un peu invraisemblable. Cependant, si l'on se penche sur les arguments donnés par les personnages qui se repentent, on finit par les trouver acceptables, et par excuser l'auteur qui signe ici un roman avec lequel on passe un très bon moment. Vous ne le lâcherez pas tant que vous n'en n'aurez pas lu le dernier mot.

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par marina Sergeant pour la Ligue braille.

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