La guerre des légumes

L'ouvrage:
Dublin, quartier de Holnorth.
Une nuit, Philo frappe à la porte d'un couvent. Elle demande asile, n'ayant nulle part où aller. Tomo, son mari, passe son temps à la rabaisser et à la frapper. La jeune femme l'a quitté. Les religieuses l'accueillent. Au bout d'un moment, la pétulante jeune femme s'intéresse au centre d'accueil du couvent. En effet, les religieuses accueillent des personnes âgées et les divertissent. Philo va apporter un peu plus de vie à tout cela.

Critique:
Ce livre est comme un cri de joie, une célébration du rire, une certitude que si on prend la vie du bon côté, on résoudra ses problèmes. Il invite les gens à ne pas se laisser abattre malgré les coups durs, et à se relever joyeusement pour continuer son chemin.
Peter Sheridan expose des situations et des personnages rocambolesques, à côté desquels il ne faut pas passer! Il parvient à créer du rire, même lorsque les situations sont graves, voire sans issue.

Le meilleur exemple est sûrement celui de Philo. Elle résume l'esprit du livre à elle seule. Elle n'a pas une vie facile, et pourtant, elle est toujours prête à plaisanter, et à offrir des louches de bonne humeur et de générosité. Elle donne son temps, son énergie, sa gaieté, sa bonté. Pourtant, elle n'est pas une de ses dindes qui tend l'autre joue lorsqu'on la frappe. Aucune mièvrerie chez Philo: elle rend les mauvais coups avec autant de promptitude que les bons. C'est un personnage charismatique. C'est elle qui porte le livre.
Malgré cela, elle n'est pas invraisemblable. Elle a ses failles, et parfois, j'ai été agacée quant à ses réactions ou sa façon de faire. Cela la rend plus épaisse.
Ce qu'elle fait à la fin est un peu gros, mais c'est le seul bémol que je mettrai. Et puis, on peut atténuer la chose en disant que ce qui a compté pour elle, c'est ce geste symbolique. Elle ne s'y est peut-être pas prise de la meilleure façon, mais elle explique comment elle a pu vivre avec une blessure, tout en se débarrassant symboliquement de ce pis-aller.
Autre chose la rend plus humaine. En général, dans les livres, les femmes sont belles et minces, ce qui est assez écoeurant, et même un peu invraisemblable. Ici, Philo et sa mère compensent leur mal-être en mangeant. Elles ont de graves problèmes de surpoids. Et bien sûr, cela ne se règle pas en un claquement de doigts. L'auteur expose bien tout cela... On voit la détresse des deux femmes qui ne parviennent pas à se «désintoxiquer». Philo pousse même la mauvaise foi jusqu'à affirmer que tout vient de la thyroïde. Malgré cela, elles en rient, aussi, parfois...

Outre ce personnage haut en couleur, j'ai aimé la manière dont les autres protagonistes sont évoqués. Ils sont réalistes.
D'autre part, Peter Sheridan a su créer des situations incroyables, voire à la limite de la vraisemblance, et d'autres un peu tape-à-l'oeil, sans que cela m'ait gênée. En général, je déteste les livres avec des situations de ce genre et une fin presque programmée. Mais ici, j'étais enchantée à chaque rebondissement loufoque, et la fin m'a ravie. Je me doutais de certaines choses, mais j'aurais été déçue qu'elles n'arrivent pas.
D'ailleurs, tout n'est pas drôle du début à la fin, et on ne peut pas tout prévoir. Certaines choses sont esquissées.

On me dira qu'il est peut-être un peu gros qu'une suite d'événements ait pu mettre fin à une haine de quarante ans. Pourtant, il est évident que les deux protagonistes n'attendaient que ce genre de choses. C'est préparé lorsque l'auteur raconte leur jeunesse.
Comment ne pas être attendri par Cap qui attendait un déclencheur pour montrer son romantisme, mais aussi par sa maladresse? La scène où il chante la sérénade sous les fenêtres de sa dulcinée est à la fois drôle et romantique.

Certains diront qu'il est un peu invraisemblable que Jack s'épanouisse loin de son foyer. On s'imagine le jeune garçon, déjà mal assuré, dégringolant dans une spirale infernale après qu'on l'a éloigné de sa famille... Pourtant, à y bien réfléchir, ce qui arrive est logique. Si Jack a été éloigné de ceux qu'il aimait, il a également échappé à celui qui le brimait, et qui causait son mal-être.

J'ai apprécié la façon dont les religieuses sont montrées. On les voit autrement que comme des personnes austères. En outre, j'ai aimé la remise en question de soeur Rosaleen. Cela prouve que tout n'est pas figé. La religieuse est généreuse, et veut donner par d'autres moyens que ce qu'elle fait habituellement. Grâce à Philo, elle va découvrir une autre façon d'être, d'agir. Philo sera un peu sa révélation.

Certains diront qu'il y a peut-être trop de bons sentiments... Je n'ai pas ressenti les choses ainsi. Ou du moins, j'ai trouvé que tout était bien amené, sans mièvrerie. Et puis, de temps en temps, un livre de ce style fait plaisir. Il y aurait encore énormément de choses à dire sur la bouffée de vie qu'est ce livre coloré. Je ne suis pas près de l'oublier. Il est un espoir, une belle histoire.

Éditeur: Jean-Claude Lattès.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Sandra Morel pour l'Étoile Sonore.
Plus j'écoute des livres enregistrés par cette lectrice, plus je l'apprécie. Elle a parfaitement interprété ce roman: avec vivacité et dynamisme. Elle a su prêter sa voix à l'impétueuse Philo, et aux autres avec brio.

Acheter « La guerre des légumes » sur Amazon