Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates

L'ouvrage:
Londres, janvier 1946.
Pendant la guerre, Juliet Atson a écrit des articles censés distraire les gens en les amusant. Son éditeur (qui est également son ami), vient de rassembler tous ces articles dans un livre qui se vend très bien.

À présent, Juliet cherche l'inspiration. C'est alors qu'elle reçoit une lettre d'un homme vivant à Guernesey, Dawsey Adams. Il lui dit qu'il s'est retrouvé en possession d'un livre qu'elle a vendu, et qu'il l'a adoré. Il lui parle de ses amis: ils forment le cercle littéraire d'amateurs de tourtes aux épluchures de patates. Juliet voudra en savoir plus. Petit à petit, d'autres membres du cercle lui écrivent...

Critique:
L'originalité de ce roman est qu'il est épistolaire. Cela permet d'avoir plusieurs points de vue, qui se croisent ou non, sur plusieurs événements.

L'un des côtés positifs de ce livre est de montrer sans complaisance le contraste qu'il pouvait y avoir, en cet après-guerre, entre ceux qui ont été touchés et ceux qui l'ont moins été. Ce que vit Juliet est assez banal. C'est alors que l'histoire d'Elizabeth et de son amie d'infortune survient.
Même si le thème de la guerre m'agace à force d'être surexploité, ici, il l'a été intelligemment.

Cependant, beaucoup de choses sont assez décevantes. Par exemple, beaucoup d'événements sont prévisibles.
(Attention, la suite du paragraphe dévoile certains pans de l'histoire.)
On sait que Juliet ira à Guernesey, qu'elle s'y plaira beaucoup, qu'elle y connaîtra l'amour. Ensuite, on se doute assez vite que c'est à Guernesey qu'elle trouvera l'inspiration. Il devient également vite évident qu'elle souhaitera adopter Kit.

D'autre part, certains personnages et événements sont un peu clichés. Par exemple, Adélaïde est une vieille peau aigrie, bigote, qui passe son temps à chercher des noises aux gens, et à crier son intolérance. Elle est censée faire rire et susciter l'antipathie du lecteur, mais elle n'est pas très crédible.
Isola est un peu excentrique, ce qui pourrait être amusant si elle-même s'en rendait compte, si elle prenait du recul, et pouvait tourner quelque peu en dérision ces excentricités, comme, par exemple, la lecture des bosses, ou, à la fin, son interprétation des faits. Mais elle croit pleinement à ses lubies, et au lieu de faire rire le lecteur, elle fait pitié, et est un peu agaçante.
Il est aussi un peu gros que presque dès son arrivée, Juliet s'occupe de Kit, comme si elle avait toujours vécu à Guernesey.
Il est aussi un peu gros que Kit déteste d'emblée Billie B, comme si elle devinait confusément sa fourberie.
La fin est prévisible, mais jolie quand même.

Malgré le fait que le contraste entre gravité et légèreté soit intéressant, ce roman serait plutôt un repose-cerveau. En outre, il y a trop de choses prévisibles, trop de clichés pour que je le recommande chaleureusement. Il faut le lire quand on n'a pas trop envie de réfléchir ou quand on n'a pas grand-chose à se mettre sous la dent. J'ai lu des critiques extasiées au sujet de ce livre: je pense que les gens habitués à la lecture, ceux qui tentent de découvrir beaucoup d'auteurs de tous horizons, comme moi, ne seront pas d'accord avec ce concert de louanges.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Cachou Kirsch, Nathalie Homs, Nathalie Hugo, Thierry Janssen, et Philippe Resimot pour les éditions Audiolib.
Les comédiens ont bien interprété ce roman. La plupart du temps, ils n'ont pas trop mal prononcé les noms anglophones, bien que certains m'aient écorché les oreilles. Par contre, ils ont tous prononcé «Djouliette», comme si on ne pouvait pas dire «Juliette», même si ça s'écrit «Juliet». Elle est anglaise, certes, mais prononcer Djouliette alors qu'on lit un texte en français, ce n'est pas très naturel, à mon avis.
D'autre part, à un moment, Juliet reçoit une lettre d'un «ami des bêtes» qui lui explique ce qui est arrivé aux animaux de Guernesey. Le récit est assez émouvant. Le lecteur qui s'en est chargé a choisi de prendre une voix un peu simplette pour ce personnage. Je trouve que ce n'est pas très professionnel, car il y a un parti pris. On nous dit implicitement que ce personnage qui pense au bien-être des animaux n'est qu'un benêt. Pourquoi? Juste parce qu'il s'inquiète pour des animaux qui n'ont rien demandé à personne, et ont été massacrés? Soit, c'était la guerre, mais cela ne veut pas dire qu'on a le droit de massacrer des animaux, tout comme on n'a pas le droit de massacrer des hommes.
Il y a de la musique entre chaque lettre... pour moi, c'est beaucoup trop.

Acheter « Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates » en audio sur Amazon

Acheter « Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates » sur Amazon