Fleur de glace

L'ouvrage:
Cardiff, 2006.
Dayfitt Woodruff est médecin. Sa femme, Isabel, souhaite avoir un enfant, mais le couple a du mal à concevoir. C'est alors que Dayfitt reçoit une lettre d'une certaine Miranda. L'enfant a quatorze ans, et lui explique qu'il est son père. Sa mère, c'est Sheila Hailey, l'infirmière-chef de l'hôpital où Dayfitt travailla un an, à Moose-Creek, au Canada. Le médecin ne comprend pas comment cela pourrait être, étant donné qu'il n'a jamais eu de rapports sexuels avec Sheila. Il demande un test de paternité.

Critique:
Ce roman m'a plu. Certains éléments sont un peu faciles, mais j'ai passé un bon moment.
D'abord, l'auteur étudie très bien la psychologie des personnages. Si Sheila est pourrie jusqu'à l'os, elle est loin d'être caricaturale. J'ai quand même eu du mal à comprendre l'attachement ridicule, car indéfectible, que lui voue l'un des personnages. Bien sûr, je sais que l'amour rend aveugle, mais là, c'est carrément de la stupidité. Les propres enfants de Sheila savent à quoi s'en tenir la concernant!
Isabel n'est pas vraiment appréciable. Elle n'est pas machiavélique ou manipulatrice, mais plutôt terne et égoïste. Sa réaction montre que toute l'histoire n'est qu'un prétexte pour elle. Elle n'avait besoin que d'un petit coup de pouce. À côté de cela, elle voulait un enfant! Quelle inconséquence!
Dayfitt est loin d'être parfait. Si le lecteur s'agacera de certaines de ses réactions, cela le rend plus crédible.
C'est sûrement Yann qui m'a le plus touchée. Il donne une petite leçon d'humilité à Dayfitt qui se débat dans des problèmes, certes, mais pas aussi insurmontables que ceux de son ami. Je n'ai pu juger Yann: tout en maudissant sa faiblesse, je l'ai comprise. C'est sûrement le moins manichéen de tous.
Certains personnages secondaires sont intéressants: Ours (à la fois cocasse, mystérieux, et un peu écoeurant), Joseph (dont on comprendra l'amertume), Tilly (synonyme de tranquillité et de bon sens)...
Quant aux jumeaux, il est extraordinaire qu'ils aient pu s'adapter à un monde plutôt hostile. Chacun a choisi une voie différente...

Au début, le livre est structuré de telle façon qu'une fois «l'énigme» posée, les chapitres alternent les époques: l'année canadienne de Dayfitt et son présent. Au début, j'ai eu peur que les informations soient distillées au compte-goutte, et qu'on se traîne péniblement jusqu'à la fin de l'année canadienne pour connaître le fin mot de l'histoire. Heureusement, il n'en est rien. L'année ne s'achève pas au dernier chapitre, loin de là! Dès sa fin, l'auteur ne raconte que le présent de Dayfitt.
Lorsque la solution de l'énigme apparaît, Kitty Sewell a le bon goût de ne pas transformer son héros en abruti qui ne comprend rien. On n'a pas à trépigner en attendant que Dayfitt devine ce qu'on a compris.
Il était risqué de créer une énigme sur des enfants conçus sans rapports sexuels. C'était la porte ouverte à tout un tas de résolutions rocambolesques. Celle qu'a imaginée l'auteur est convenable. Peut-être est-il un peu étrange qu'un personnage se soit «confié» si facilement à un autre, mais il ne faut oublier ni le contexte ni le charisme du réceptacle du secret.

Kitty Sewell profite de ce roman pour entraîner son lecteur dans le grand Nord canadien. J'ai aimé l'évocation de la nature, du rude climat, des paysages.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Laurent Jacquet.
J'ai apprécié le jeu du lecteur.

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