Auteur : Seth Vikram

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jeudi, 26 janvier 2017

Un garçon convenable, de Vikram Seth.

Un garçon convenable

L'ouvrage:
Inde, 1951.
Madame Rupa Mehra est ravie d'avoir trouvé un garçon convenable pour sa fille, Savita. Elle veut faire la même chose pour son autre fille, Lata. Cela ne sera pas aussi facile.

Critique:
La taille de ce roman peut effrayer. Pour ma part, à partir du moment où je m'y suis plongée, je ne l'ai pas lâché. Certains passages m'ont moins plu, mais ils ne sont pas nombreux, et ne sont pas mauvais. C'est ceux concernant les pères des personnages principaux qui font de la politique, et qui rencontrent forcément embûches et intrigues. Ces passages m'ont moins plu, parce que le sujet m'intéresse moins.
D'autre part, certains pourront avoir du mal à retenir qui est qui, sachant qu'il y a trois familles et ceux qui gravitent autour d'elles, et que certains frères ont des prénoms ressemblants. J'espère que cela ne vous arrêtera pas.

Vikram Seth parvient à dépeindre une société. Il la place dans un contexte historique. Il décrit la manière dont cela se passe dans certaines familles. L'importance de la position de chacun dans la société est montrée. Certes, madame Rupa Mehra est pénible, à vouloir marier ses enfants à de bons partis, mais au fond, elle est raisonnable. Elle agace surtout parce qu'elle n'est pas discrète, et se lamente ostensiblement à la moindre contrariété. Son père et elle offrent un spectacle à la fois amusant et exaspérant, à larmoyer pour n'importe quoi. On remarquera d'ailleurs que le père pleure (et ponctue ses sanglots de coups de canne rageurs) surtout au cinéma (peu soucieux de ceux qu'il dérange), devant des faits inventés. D'un autre côté, lorsqu'un triste événement se produit dans sa famille, il le traite avec indifférence, tant que ça ne le touche pas.

J'ai surtout apprécié les jeunes gens (sauf Arun et Meenakshi). Chacun se débat entre ses aspirations et ce qu'il lui semble devoir faire. Lata en est sûrement le meilleur exemple. Je n'ai pas approuvé son choix final, mais je l'ai compris. Il serait intéressant de connaître la suite pour savoir si les prédictions de Malati se réalisent.
Quant à Maan et Varun, ils paraissent quelque peu inconséquents, mais c'est plus complexe. Rachid m'a un peu surprise. Certaines de ses réactions sont extrêmes. Cependant, quand on y réfléchit, on se rend compte que c'est préparé. Bien sûr, on ne peut pas deviner ce qu'il finit par devenir, mais cela ne surprend pas forcément.

Meenakshi vient d'une famille aisée, et est la caricature de l'enfant gâtée. Elle n'a cure de sa fille. Parfois, l'envie la prend de jouer avec elle, alors, elle la réveille de sa sieste pour s'en désintéresser cinq minutes plus tard... Elle est ainsi dans tout le roman. Son mari, Arun, n'est pas beaucoup mieux.
Je ne parlerai pas de tous les personnages, mais chacun est intéressant.

Vikram Seth introduit quelques notes humoristiques dans un roman assez sérieux. Outre les débordements lacrimaux du père de madame Rupa Mehra, il y a le poisson d'avril de Pran, par exemple.

Éditeur: Bernard Grasset.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.

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vendredi, 4 mai 2012

Quatuor, de Vikram Seth.

Quatuor

L'ouvrage:
Michael a trente ans. Il est violoniste. Il habite à Londres. Il fait partie d'un quatuor, le Magiore. Il ne parvient pas à oublier Julia, son seul amour, qui, pense-t-il, habite Vienne. Un jour, par hasard, il la croise.

Critique:
Voilà un beau roman plein de sensibilité, de douceur, de violence, le tout porté par une plume vive, aérienne, fluide, magnifique. L'auteur plonge son lecteur dans l'univers de la musique, et dans la vie de son héros. Moi qui ne suis pas férue de technique musicale, j'ai aimé lire ce qu'en disait Michael, et comment la musique était une partie de sa vie, comment elle l'emportait. Les deux raisons de vivre de Michael (la musique et Julia), se côtoient, s'emmêlent, se complètent...

L'auteur parvient à raconter une histoire d'amour sans mièvrerie. J'ai été très surprise qu'il évite tous les écueils que je déteste, ou bien qu'il crée des situations telles que je n'aie pas de motif de mécontentement. Par exemple, je ne supporte pas qu'une personne mariée et aimant son conjoint, le trompe, et dise qu'elle aime les deux. Cela m'insupporte, car pour moi, la personne se cherche des excuses. Ici, j'ai compris le personnage. J'ai compris son déchirement, et la raison pour laquelle elle aimait les deux, la différence entre ces deux «attachements». Néanmoins, il me semble qu'elle en aime un de manière totale et sincère, alors que c'est sa raison qui lui dit d'aimer l'autre. Là où j'accuse les autres de fourberie, je la sais sincère. Julia est un personnage fascinant, pour qui le lecteur se prendra de sympathie. Elle aspire au bonheur, mais est torturée à cause de son amour pour Michael, cet amour qui l'attire comme un aimant, qui fait qu'elle aura toutes les audaces tout en en étant mortifiée. La douce et sensible Julia qui a connu de grands bouleversements, et qui s'est toujours relevée.
À propos de Julia, il est autre chose dont je pourrais longuement parler, mais j'en dévoilerais trop. Je peux juste dire que l'auteur traite cela avec justesse et sensibilité.

Michael est sympathique, même s'il est la cause de son malheur. Il fera une espèce de parcours initiatique. Au début de l'histoire, il avoue son immaturité, ce qu'il vivra le fera mûrir. Il en ressortira meurtri, désemparé, à moitié fou, mais le lecteur a espoir qu'il en sera grandi, et finira par prendre certaines bonnes décisions.

Il est fascinant qu'un si grand amour, si pur, si sincère, soit à la fois destructeur. En effet, Julia et Michael sont heureux ensemble, mais ils sont souvent seuls pour diverses raisons. En outre, plus il se rapproche d'elle plus il s'éloigne de ses amis, refusant leurs avis et conseils. Ceux-ci ne sont pas toujours avisés, mais c'est Michael qui semble se fermer. Il semble que les deux ne soient pas conciliables, justement parce que cet amour mal vécu, source de bonheur et de frustration, blesse et consume ceux qui le ressentent et ceux qui sont autour. Pourtant, je ne pense pas que l'auteur fasse l'apologie d'une vie sans passion. Non. Il veut nous dire que dans ce genre de cas, chacun est responsable de ses actes. Il ne faut pas oublier que c'est Michael qui déclencha le mal-être qui l'enveloppe ainsi que Julia. Si la jeune femme a certains torts, ce n'est que plus tard.

Il ne pouvait pas y avoir plusieurs fins possibles. Il fallait bien que des décisions fussent prises. Les personnages n'auraient pas pu vivre avec ce compromis qui les souillait et les tuait à petits feux. J'ai apprécié que l'auteur prenne le temps de construire et de préparer cette fin. Elle ne paraît ni bâclée ni extravagante. Elle plaira ou pas, mais elle ne détone pas avec le reste du roman.

Remarque annexe:
J'aime beaucoup la scène des autobus. Elle est incroyable, folle, romantique, on dirait presque un conte de fée... Et elle préfigure un peu ce que sera l'histoire des deux héros.

Éditeur: éditions des écrivains.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.
La voix agréable et le ton de la lectrice étaient adaptés au livre. C'est toujours le cas avec elle, mais je le précise ici parce qu'il aurait été très facile de tomber dans le mièvre, de trop en faire.
Cette version n'est plus disponible à la BSR.

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