Anatole ou le récit d'une différence

L'ouvrage:
Bénédicte et Paul sont heureux. Ils s'aiment. Leur bonheur sera amplifié avec la naissance d'un enfant: Anatole. Ce sera le deuxième enfant de Bénédicte, qui a déjà un fils, Frédéric, d'un autre homme.
Malheureusement, Anatole naît avec un handicap. Il n'a pas d'avant-bras gauche, ni de main gauche.

Bénédicte raconte son combat et celui de son fils, pour que celui-ci vive le mieux possible.

Critique:
Ce livre évoque une situation extrêmement difficile. Il ne verse absolument pas dans le mélo. Cette mère nous raconte comment elle a appris à vivre avec le handicap de son fils, comment lui-même a découvert qu'il était différent, et a dû apprendre à s'adapter. Elle fait cela sobrement. Parfois, elle a des crises de rage, lorsqu'elle se heurte à l'intolérance, à des gens qui ne veulent pas faire d'efforts... Par exemple, un jour, à la maternelle, la maîtresse décide que pour la fête des mères, les enfants offriront les empreintes de leurs mains. Cette personne montre qu'elle n'est absolument pas pédagogue. Ayant Anatole dans sa classe, elle ne change pas son "programme". Celui-ci offre donc à sa mère l'empreinte d'une seule main...
Il y a aussi la fois où on lui fait passer une visite médicale, malgré l'interdiction formelle de sa mère. Anatole doit se déshabiller devant ses camarades, et ceux-ci montrent sa différence du doigt. Nous savons que les enfants sont cruels, mais ici, les adultes qui ont transgressé l'interdiction de Bénédicte le sont encore plus, sachant ce qu'ils allaient engendrer.

Anatole a eu des prothèses pour son avant-bras et sa main. Sa mère raconte comment il a dû s'y adapter. Au début, cela ne lui plaisait pas. Il ne voyait pas l'intérêt et l'utilité d'une telle bizarrerie.
Elle explique aussi que le prothésiste lui présente tout un tas de grains de peau parfaitement imités, afin de trouver celui qui ressemblera le plus à la peau d'Anatole. Cette scène est assez frappante, même pour quelqu'un qui a connu une situation similaire.

Parfois, Bénédicte craque. Elle a d'autres problèmes: le père d'Anatole ne fait pas face au handicap de son fils, ils finissent par se quitter; son autre fils, Frédéric, se cherche, et ne sait pas s'il veut aller vivre avec sa grand-mère, (qui le soudoie à coups de cadeaux), ou rester avec sa mère... Bénédicte essaie de prendre les choses comme elles viennent, et de s'en débrouiller, mais parfois, elle abandonne. Elle s'en veut de dire que son enfant l'agace. Et pourtant, elle finit par reconnaître que de temps en temps, Anatole l'énerve. A cause de son handicap? Peut-être. Peut-être à cause des complications dues à ce handicap, à la bêtise de certaines personnes, aux difficultés qu'a Anatole à faire sa place. Mais aussi, tout simplement, parce qu'il y a des moments où un enfant, handicapé ou non, est exaspérant pour ses parents.

Pour moi, certains épisodes décrits dans ce livre n'ont pas été de grandes surprises. J'ai connu des variantes de certaines situations rencontrées par Anatole et sa mère. Tout comme Bénédicte, je rejette le "il y a pire". Bien sûr, il y a toujours pire. Et en plus, personne n'a la même sensibilité, et donc, personne n'aura le même ressenti vis-à-vis de telle ou telle chose. Mais cela ne sert à rien de se dire qu'il y a pire. Ça ne nous aide pas à résoudre nos problèmes.

Ce livre est à lire. Bénédicte Sers n'en fait pas trop, et il est bon de rappeler aux gens que pour une personne différente, ce n'est pas tous les jours facile de s'insérer dans la société.

Éditeur: Jean-Claude Lattès.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Monique Baré pour la Bibliothèque Braille Romande.

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