Auteur : Serfaty Thierry

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lundi, 26 mai 2014

La nuit interdite, de Thierry Serfaty.

La nuit interdite

L'ouvrage:
C'est la dernière séance nocturne de thérapie pour Laurent Strelli. Pendant son sommeil, on va lui projeter celle de la journée écoulée. Mais cette nuit-là, il voit le meurtre de sa femme (Stéphania) et de sa fille (Léa). Il s'échappe du centre où il est en thérapie. On le retrouve chez lui. La maison est en flammes. Laurent est brûlé, mais il s'en sortira. Par contre, les corps de sa femme et de sa fille sont calcinés. Comment se fait-il que Laurent ait vu le meurtre? L'a-t-il perpétré? Si non, a-t-il vu le visage du meurtrier?

Critique:
Je savais que ce roman se passait avant «Peur» et qu'il en reprenait les personnages. Cependant, je ne savais pas qu'il valait mieux l'avoir lu avant d'avoir lu «Peur» à cause d'une partie de l'énigme. En effet, si on a lu «Peur» avant, on sait certaines choses qui sont supposées faire partie de l'énigme dans «La nuit interdite».

L'idée de départ est captivante. En outre, toutes les théories développées sur le sommeil sont bien amenées, et fascinantes. Je ne sais pas jusqu'à quel point Thierry Serfaty s'est documenté, mais il est vertigineux de penser que tout ce qu'il expose est peut-être possible.

Malgré cela, plusieurs choses m'ont déçue. À la moitié du livre, les choses s'enlisent. L'auteur traîne: il met très longtemps à dire quelque chose qui pourrait l'être rapidement. En outre, certains protagonistes doivent aller ici, puis là, puis là-bas... C'est une ficelle qu'on peut utiliser indéfiniment, et qui est très vite lassante.

Ensuite, l'auteur utilise une autre ficelle éculée: lorsqu'on ne voit pas les progrès de l'enquête, on côtoie «les méchants» qui ourdissent leurs plans. Bien sûr, on ignore qui ils sont (sauf que je l'ai très vite deviné), et ils se disent l'un à l'autre: «Il faut faire ceci comme ci et cela comme ça.» Cela ne fait rien avancer.

J'ai été contente de découvrir Erik et Laura avant ce qu'on voit d'eux dans «Peur», mais j'ai trouvé qu'ils avaient beaucoup moins de charisme. Ils m'ont plutôt agacée. Ils ont piétiné sur des choses qu'une personne lambda (moi) a deviné, ce n'est pas très crédible. Ils mettent tout ce temps à attraper «les méchants»... Et puis, ils sont moins sympathiques. Bien sûr, Erik est en train de digérer certaines de ses blessures, et nos deux protagonistes se cherchent...

Un livre un peu trop lent et prévisible, malgré certaines bonnes idées.

Éditeur: Michel Lafon.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie-Philippe Lachaud pour le GIAA

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mercredi, 29 janvier 2014

Demain est une autre vie, de Thierry Serfaty.

Demain est une autre vie

L'ouvrage:
Ce soir-là, James Byrne (dit Jamie), est en voiture. Sa femme, Inès (avec qui les relations se dégradent de jour en jour), lui téléphone pour lui dire de se dépêcher. C'est alors qu'il a un accident. Il s'éveille le lendemain, chez lui. C'est là qu'il rencontre sa femme (qui n'est pas Inès) et ses deux enfants. Il n'a aucun souvenir d'eux.

Critique:
L'idée de départ est une bonne accroche. Elle a déjà été employée, mais elle fascinera toujours le lecteur. En effet, la mémoire, le fait de changer de vie comme par magie, tout cela est captivant, car on sait que cela ne nous arrivera jamais, et ça nous permet de rêver un peu. En outre, c'est raconté de telle manière qu'on est aussi dérouté que le personnage.
Une fois la surprise passée, j'attendais Thierry Serfaty au tournant. Comment allait-il faire pour que son idée de départ se transforme en un roman abouti? Pour moi, il a réussi son pari. Le lecteur saura peut-être à quoi s'en tenir (cela a été mon cas) quant à la solution de l'énigme, mais ce n'est absolument pas dérangeant. D'abord parce que tout au long du roman, je me suis quand même demandé si j'avais bien deviné. Je pense que ce flou, ce questionnement, sont voulus par l'auteur.

Ensuite, Thierry Serfaty part d'un fait qui a été maintes fois utilisé (le faux coupable), et transforme cela en quelque chose de passionnant: une enquête vertigineuse, au cours de laquelle certaines péripéties n'ont pas manqué de me faire sourire, malgré la tension qui s'en dégageaient. Je pense surtout à la scène ou la femme policier tente de rattraper Jamie qui monte dans un train... D'ailleurs, l'humour de l'auteur (que j'avais apprécié dans les deux tomes de «Peur») est omniprésent. Au moment où on ne l'attend pas, il en vaporise une petite pincée.

Bien sûr, on pourrait penser, en creusant un peu, que beaucoup de choses sont cousues de fil blanc dans cette espèce de thriller aux rebondissements un peu gros. Cependant, Thierry Serfaty emporte son lecteur dans cette histoire. De plus, il explique tout, ne laisse rien au hasard, et au final, tout se tient. Pourtant, il aurait été facile que le tout se transformât en une vaste plaisanterie pleine d'incohérences et d'eau de rose.

La solution de l'énigme aurait pu tout faire retomber. Le personnage principal découvre ce qu'il en est... bon, et après? Là encore, le romancier a su tirer parti de cela. Je lui suis reconnaissante de n'avoir pas bâclé la fin. S'il avait achevé le livre par la découverte de Jamie, cela aurait été complètement raté, dénué d'originalité. J'aurais même pensé que l'auteur se moquait du lecteur. Heureusement, il a pris le temps d'ajouter quelque chose, et cela fait toute la différence. L'histoire prend un joli tournant, et le personnage se remet en question, se secoue, cesse de se lamenter.

Il y a un personnage qui m'a été antipathique dès le début. Je pense que l'auteur a subtilement introduit de minuscules ambiguïtés quant à ce personnage pour que le lecteur ait un doute. Je pense que c'est bien amené, car cela rend le tout crédible.

Éditeur: Albin Michel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Lisiane Ledent pour la Ligue Braille.
J'ai été ravie de retrouver cette lectrice à la voix très agréable et à la lecture à la fois dynamique et exempte de surjeu.


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mardi, 5 mars 2013

Agônia, de Thierry Serfaty.

Agônia

Si vous n'avez pas lu «Peur», ne lisez ni «Agônia» («Peur» y est résumé, et ce roman en est la suite), ni mon résumé.

L'ouvrage:
Le maître est mort. Cependant, un autre acte étrange survient. Laura ne peut s'empêcher de penser que cette terrible aventure n'est pas terminée.

D'autre part, la jeune femme se pose des questions quant à son couple. Pour la première fois, elle a fui au lieu de communiquer avec son mari. Comment sortir de cette impasse?

Critique:
Pour moi, le point le plus fort de ce roman est que l'auteur s'attarde intelligemment sur la vie et la psychologie des personnages principaux. Dans «Peur», je me suis beaucoup attachée à Éric, Laura, leurs amis. De ce fait, j'ai beaucoup apprécié que leur vie prenne tant de place.
D'autre part, comme dans «Peur», tout ceci (même et surtout les passages graves) est narré avec bonne humeur. Les personnages décochent des répliques bien senties tout en s'analysant parfaitement. Ils ne recouvrent pas tout d'un rire faussement joyeux, non: ils tentent de tirer le meilleur parti de situations parfois terribles. Leur rire ne les voile pas: il fait qu'ils parviennent mieux à les affronter.
Outre ces protagonistes, nous côtoyons à nouveau, et plus longuement, le docteur Pilon. Celui-ci se révèle être un sacré numéro!
Il est également intéressant de rencontrer la famille de Laura pour plusieurs raisons.

Quant à l'enquête, j'attendais Thierry Serfaty au tournant. Ce livre narrant les conséquences des événements de «Peur», j'étais persuadée que l'enquête traînerait, le lecteur sachant déjà beaucoup de choses. L'auteur s'en est d'abord tiré en racontant le tout de manière passionnante. En outre, il met en pratique les souhaits de celui qui se prend pour le nouveau maître de manière particulièrement réaliste. Ces événements attendus deviennent donc captivants. Bien sûr, cela l'oblige à utiliser la célèbre ficelle du retardement de révélations. Malheureusement, il le fait de manière assez grossière, par exemple, après la «fugue» d'Anna. Il y a aussi toutes les suppositions faites par la police après la mort d'un personnage. Le fait qu'Éric et Laura n'envisagent pas tout de suite ce que j'ai deviné est très peu crédible.
Ensuite, un nouvel élément est introduit. Ce n'est pas forcément une bonne chose, car cela menace de rendre le tout peu crédible, cette découverte semblant avoir été ajoutée pour créer un spectaculaire rebondissement. Elle me paraît plutôt fade. Par ailleurs, à la fin, elle est la cause de mon impression de bâclé. En effet, tout est bien expliqué, mais une chose découlant de cette découverte m'a paru un peu hasardeuse.

Certains personnages deviennent fous, laissant aller trop loin une envie qui, au départ, est légitime. En effet, il est bon de tenter d'affronter ses peurs. Cependant, chacun doit le faire à son rythme, et surtout, les malades assoiffés de pouvoir que finissent par devenir certains protagonistes n'ont pas lieu d'être. J'ai su gré à l'auteur de partir de quelque chose de légitime et valable.

Si Gaël est très bien analysé, j'aurais aimé en savoir davantage sur ses sentiments après son affrontement avec Éric. C'est encore une petite faiblesse du roman: que va devenir Gaël? Comment vivra-t-il? Que voudra-t-il? Je ne pense pas que ses idées sectaires seront balayées juste à cause de la façon dont ont tourné les choses.
J'ai apprécié Marlène qui semble ne pas vouloir trop s'endurcir.

J'ai apprécié que chaque début de chapitre signale où se passe l'action. L'indication n'est pas forcément utile, car en lisant, on peut savoir où on est. Cependant, grâce à ces précisions, on le sait tout de suite: pas besoin de parcourir quelques lignes de texte.

Remarques annexes:
En général, ce sont les femmes qui veulent des enfants et les hommes qui sont réticents. J'ai aimé que les choses diffèrent ici.
Thierry Serfaty fait partie des rares personnes qui emploient le mot «alternative» à bon escient.

Éditeur: Michel Lafon.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Lisiane Ledent pour la Ligue Braille.

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lundi, 8 octobre 2012

Peur, de Thierry Serfaty.

Peur

Note: Si j'ai bien compris, «La nuit interdite» se passe avant «Peur», et on y croise Eric et Laura. En outre, Eric évoque cette enquête dans «Peur», et je crois qu'il donne certaines clés de l'énigme. Je pense donc qu'il vaut mieux le lire avant.

L'ouvrage:
Yohan Jamin a peur des félins. Il travaille dans un zoo. Ce soir, il va affronter sa peur en entrant dans la cage des fauves dont il s'occupe. Plus tard, on retrouve des photos de sa mise à mort sur internet. Thérèse, sa femme, supplie la police d'enquêter: elle est sûre que ce n'est pas un suicide.

Critique:
N'ayant pas aimé «Le sang des sirènes», ayant trouvé une incohérence dans «Le cinquième patient», et n'ayant pas pu venir à bout du tome 1 d'«Oscar Pill», je n'étais pas disposée à apprécier «Peur». Pourtant, le résumé m'a plu, j'ai donc voulu donner une autre chance à Thierry Serfaty. Je ne le regrette pas.

Il est surprenant qu'un roman aussi épais ne contienne pas de lenteurs. C'est pourtant le cas. Il y a bien cette ficelle éculée qui consiste à ne pas dévoiler le nom du coupable au lecteur, alors que les personnages le connaissent. Cependant, c'est un défaut mineur. En effet, le nom du coupable était secondaire, car ce qui comptait, c'était sa psychologie.
D'autre part, j'avais deviné certaines choses avant que l'auteur ne les dévoile, mais cela n'a en rien gâché ma lecture, car c'est de moindre importance en regard de l'habile mélange de psychologie et de suspense créé.

Thierry Serfaty immerge son lecteur dans un réseau de personnages et d'intrigues dont le lecteur ne ressortira pas facilement. Ses personnages parviennent à faire de l'humour malgré, ou peut-être à cause de tout ce qu'ils vivent. Le danger et le quotidien, l'humour et la peur, tels sont les ingrédients qui font que ce livre est réussi.
Je me suis particulièrement attachée à Eric et Laura. Couple explosif, respectueux de l'autre, chacun possède ses failles, ses zones d'ombre. Ce sont des personnages qui méritent un approfondissement, et je suppose que les auteurs les creuse davantage dans «Agônia».

Je n'ai pas réussi à apprécier Laurent. Je lui préfère sa fille dont le caractère paraît semblable au sien, et qui, pourtant, est plus ouverte.

Souvent, je me demande comment ceux qui se laissent endoctriner font pour être aussi crédules. Ici, j'ai très bien compris comment ces gens ont pu basculer au point d'en perdre la raison. L'auteur n'a pas besoin d'en ajouter des tonnes pour faire accepter cela: le lecteur se mettra très facilement à la place de ces personnes.

Au départ, la fin ne me convenait pas parce qu'elle me rappelait de mauvais livres d'épouvante. Cependant, je pense que l'auteur saura exploiter ce dénouement. Je suis d'ailleurs curieuse de voir comment il le fera sans que cela lasse le lecteur. Le pari est risqué.

Éditeur: Michel Lafon.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Lisiane Ledent pour la Ligue Braille.
J'aime beaucoup cette lectrice à la voix énergique, plaisante, et agréable. Sa lecture est fluide, son intonation est naturelle. Je l'écoute toujours avec plaisir. Le seul regret que j'ai eu à ne pas pouvoir finir le tome 1 de «Journal d'un vampire» était de ne plus l'entendre. ;-)

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