mercredi, 2 mai 2018

La mémoire du thé, de lisa See.

La mémoire du thé

L'ouvrage:
Li-yan fait partie de la minorité chinoise des Akha. Sa famille habite dans un petit village où on récolte le thé. Sa mère est sage-femme et guérisseuse. Très jeune, Li-yan se pose des questions quant à certaines croyances et traditions, lorsqu'elle voit le mal qu'elles font à une famille de son village.

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu.
Avec subtilité, Lisa See oppose la superstition au bon sens, mais montre aussi que certaines croyances peuvent avoir du bon. Tout comme Li-yan, le lecteur sera atterré de ce que pensent les Akha quant au fait de donner naissance à des jumeaux. Cependant, je n'ai pu m'empêcher de faire le parallèle avec les occidentaux soi-disant civilisés qui rejettent une personne à cause de la couleur de sa peau, d'une autre différence physique, morale, ou vestimentaire. C'est la même chose (bien que ce soit fait de manière plus subtile) que ce que les villageois du roman font subir à la famille qui a eu des jumeaux.
Plus tard, dans le roman, Li-yan parvient à concilier son attachement à sa culture, à ses racines, et le bon sens que lui ont donné son vécu et son bon jugement.

Le thème des racines est également évoqué de plusieurs façons. Notre héroïne finit par quitter son village, et découvre d'autres manières de faire et de penser. Elle en prend les bons côtés, mais ce n'est pas pour autant qu'elle rejette les siens.
L'auteur aborde cette recherche des racines autrement, d'une manière que j'ai du mal à concevoir parce que je ne suis pas dans la situation du personnage d'Hailey. Ne pas parvenir à me mettre à sa place m'agace, parce que pour moi, il est primordial de faire preuve d'empathie. La romancière évoque très bien les choses à travers Hailey et celles qui partagent sa quête. Elle explique leur points de vue, ce qui fait qu'on comprend mieux leurs raisons. Les remarques stupides qu'elles prennent en pleine figure sont un modèle de bêtise, d'intolérance, de pensée clichée... Ces remarques renforcent leur besoin de se retrouver, d'être «entières». Dans le cas d'Hailey, on a d'autant plus envie qu'elle atteigne son but qu'on connaît son histoire, et qu'on sait que d'autres souffrent de son absence.

L'intrigue ne souffre pas de temps morts. C'est majoritairement l'histoire d'une femme qui apprend de ses erreurs, qui se construit, qui acquiert sagesse et humilité.
J'ai été déçue par la fin. Ce qui arrive m'a plu, mais j'aurais aimé qu'il y ait un chapitre supplémentaire. Peut-être l'auteur prévoit-elle une suite...

Outre les coutumes des Akha, ce roman nous raconte des pans de l'histoire du thé. Entre les faits relatés par Hailey dans sa dissertation et ceux vécus par Li-yan, on apprend certaines choses. Moi qui aime beaucoup le thé (et notamment le Pu erh dont il est beaucoup question ici), j'ai apprécié qu'il soit un élément incontournable du roman.

Éditeur français: Pygmalion
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Ruthie Ann Miles, Kimiko Glenn, Alexandra Allwine, Gabra Zackman, Jeremy Bobb, Joy Osmanski, Emily Walton, et Erin Wilhelmi pour les éditions Simon and Schuster Audio

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mercredi, 5 mai 2010

Filles de Shanghai, de Lisa See.

Filles de Shangaï Note: Ce livre sort aujourd'hui (5 mai 2010).

L'ouvrage:
Shanghai, 1937.
Pearl, vingt-et-un ans, et May, dix-huit ans, sont soeurs. Elles mènent une vie insouciante jusqu'au jour où leur père leur annonce qu'elles vont se marier. Il a arrangé cela avec un homme à qui il doit de l'argent. Les deux jeunes filles s'y refusent. Elles ont des projets. Elles souhaitent se marier par amour.
Malgré leurs récriminations, le double-mariage se fait. Les deux jeunes filles doivent ensuite rejoindre leur nouvelle famille à Los Angeles.

Critique:
La chose qui m'a le plus frappée, c'est la différence des points de vue. Lisa See nous montre bien que nous sommes conditionnés à penser comme celui qui nous rapporte les faits. En effet, tout au long du roman, Pearl raconte l'histoire, et le lecteur prend ce qu'elle dit pour argent comptant, n'imaginant pas qu'elle déformerait les faits. De temps en temps, mais surtout vers la fin, il a un aperçu du point de vue de May, et il ne sait plus trop quoi penser. Les deux points de vue sont cohérents et pourtant contradictoires. Cela montre encore une fois que rien n'est manichéen, que chacun a son ressenti et sa sensibilité, et qu'un événement ou une attitude peuvent être vus de différentes manières sans pour autant que tout ce que perçoit l'un ou l'autre soit faux. Le lecteur comprend bien la frustration de chaque soeur et ses raisons. Néanmoins, j'avoue préférer Pearl. Peut-être parce que dans cette situation, j'agirais plus comme elle que comme May, et puis parce que je pense que May a mal agi dans certaines circonstances.

Les personnages sont intéressants parce que complexes. May est un peu superficielle et égoïste, mais elle souffre, et la souffrance ne fait pas d'elle quelqu'un d'inadapté, d'aigri qui ne cesse de manipuler son monde pour son bénéfice. Elle manipule un peu sa soeur, mais celle-ci le sait, et ce qu'elle fait est humain. Ces deux soeurs malmenées par la vie, tentant de s'en sortir, tour à tour résignées et combattives, ayant une relation complexe, tâchant finalement de prendre le bonheur où elles peuvent le trouver, ne peuvent qu'interpeller le lecteur.
Les autres personnages aussi sont intéressants: Sam, les oncles, et même leur père.

Autre chose m'a plu: cette espèce de choc des cultures. Quand on connaît un peu l'histoire de la Chine, on se doute de certaines façons d'agir, mais Lisa See va un peu plus loin que ce qu'on sait communément, et confronte la culture chinoise à la culture américaine par différents biais, les plus frappants étant l'éducation de Joy, et la façon de penser de Joy adolescente. Là encore, c'est intéressant, car si la jeune fille rejette certaines façons de penser par rapport à d'autres, c'est aussi une révolte banale d'adolescente contre ses parents, ce qui pousse le lecteur à se demander jusqu'à quel point elle a raison dans son manichéisme.
Outre les cultures, les générations s'affrontent, ce qui donne lieu à des situations attendues, mais sans cesse renouvelées.

L'intrigue est bien menée. Il n'y a pas de longueurs, ni d'invraisemblances, ni de clichés. Certains pourraient pinailler quant à l'histoire d'amour, mais je trouve qu'elle n'est pas trop incongrue.
Les sentiments complexes des deux soeurs l'une envers l'autre et envers leur famille sont bien exposés.
Une chose m'a surprise tout en me peinant, car je n'aurais pas cru cela de ce personnage. Mais peut-être était-il tout simplement épuisé...

La fin laisse une possibilité de suite.

Remarque annexe: J'avais deviné qui était le père de Joy.

Éditeur français: Flammarion.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Janet Song pour les éditions Random house audio

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