Auteur : Salva Pierre

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jeudi, 8 septembre 2011

Quand le diable ricane, de Pierre Salva.

Quand le diable ricane

L'ouvrage:
Sabine et Adrien sont mariés. Ils ne s'entendent plus. Adrien se montre tyrannique et irascible. Par désœuvrement, Sabine se met à le tromper avec Patrice, son jeune secrétaire. Voilà qu'elle finit par se prendre de passion pour son amant. Elle se met à penser que si son mari n'était pas là, elle pourrait vivre avec Patrice. Elle décide de tuer Adrien. Mais au dernier moment, elle renonce. C'est alors qu'on retrouve Adrien mort, là où Sabine projetait de l'assassiner.

Critique:
Ce livre paraîtra vieillot à certains, pourtant, il est terriblement actuel. La femme, le mari, l'amant, le meurtre, tous ces ingrédients sont de ceux dont sont faites les intrigues policières, et malheureusement, tout cela est très vraisemblable. L'auteur a choisi des thèmes qui feront que le lecteur y croira d'autant mieux.
On pourrait dire que ces thèmes sont éculés, mais leur réalisme les réactualise.

L'intrigue est parfois un peu lente, mais la machine est bien ficelée. Le moment vraiment lent est celui où Sabine puis le policier font des suppositions pour savoir qui est le coupable. C'est tout de même intéressant.
Ce roman me rappelle un peu «Sardines à la sauce diable», du même auteur. En effet, dans les deux cas, l'un des personnages est précipité dans une machination où la manipulation psychologique est reine. «Quand le diable ricane» est moins lent, et la machination se double d'un autre élément qui la rend plus complexe et plus intéressante.
La fin est une bonne trouvaille, même si on peut la deviner. En outre, ce genre de fins n'est pas nouveau: d'autres auteur ont déjà exploité cette ficelle. On pourrait dire que c'est une faiblesse du roman, mais cela ne m'a pas trop gênée, car c'était logique.

Les personnages ne sont pas très creusés, mais ils ne paraissent pas trop plats. Sabine est un peu gourde quant à son amour pour Patrice, mais ses réactions et ses espoirs sont compréhensibles: c'est une femme esseulée, dédaignée, tyrannisée... le lecteur comprendra qu'elle se laisse facilement aveugler, et ne voie pas plus loin.
Au cours du roman, Pierre Salva parvient à donner un peu d'épaisseur à certains personnages, comme Marcelle, Bruno, et Patrice.
Il y a un personnage que je n'appréciais pas vraiment depuis le début: mon impression s'est confirmée par la suite.

Éditeur: Librairie des Champs-Élysées.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Arlette Bratschi pour la Bibliothèque Braille Romande.

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lundi, 14 juin 2010

Sardines à la sauce diable, de Pierre Salva.

Sardines a la sauce diable

L'ouvrage:
Henri a parfois des pulsions. Il rencontre une femme, et la tue. Il en a besoin, il ne peut se contrôler.
Ce jour-là, il rencontre Stéphanie. Il sent tout de suite qu'avec elle, ce sera différent. Au bout d'une journée, il est amoureux. En outre, à travers certains propos et actes de la jeune femme, il lui semble déceler une félure en elle. Il est sûr que cela les rapproche.

Critique:
Voilà un roman très bien tourné, une histoire de manipulation très réussie. Le lecteur se doute bien que certaines ne vont pas, mais il ne se doute pas que ce roman à l'allure banale est une machine infernale bien huilée. Le lecteur est d'autant plus perdu que l'histoire ne commence pas par la rencontre avec Stéphanie. Il y a le présent d'Henri, puis des retours en arrière où on assiste à sa rencontre, puis à ce qu'il vit avec Stéphanie.

Autre chose est intéressant: les faits sont interprétés de plusieurs façons. Nous les vivons d'abord avec Henri, à travers ses yeux, puis la police lui en donne une autre interprétation. Et tout se tient. C'était justement le but, mais dans ce genre de romans, il y a des incohérences. Or, là, on comprend mieux certaines choses lorsqu'on en connaît la réelle finalité. Bon, il est un peu gros qu'un chat accepte de prendre de la drogue, même s'il est affamé, mais on va dire que l'auteur ne s'en sort pas trop mal avec cette théorie, en la détaillant, en l'expliquant longuement.

Le personnage d'Henri est complexe. Le lecteur ne peut s'empêcher de le plaindre, à cause de ce qui lui arrive, et aussi parce qu'à partir du moment où les choses se précisent, il continue d'espérer... mais à cause du passé qu'il nous raconte, il inspire le dégoût. Stéphanie aurait-elle pu être son remède, comme il le prétend? On peut en douter.
Il est également exaspérant, car jusqu'au dernier moment, il espère. Et puis, je n'ai pas aimé sa décision finale. La preuve qu'il venait d'avoir aurait dû le persuader d'essayer encore de sauver sa peau. Il aurait pu montrer cette dernière chose, et arguer que c'était une preuve, indirecte, certes, mais tout de même, de son innocence. Surtout que puisqu'il a raconté son histoire en long, en large, et en travers au juge, la chose, l'endroit d'où elle vient, et le mot auraient dû corroborer ses dires. C'est l'une des faiblesses du roman, à mon avis.

Une autre faiblesse de ce roman est qu'il souffre de longueurs. Il est court, mais n'est pas dense. J'aurais préféré qu'il fût plus court, mais traînât moins. Ça m'a vraiment agacée. C'est dommage, car on savoure moins le roman, alors que l'auteur a eu une très bonne idée.

Éditeur: Librairie des Champs-Élysées.
La version audio que j'ai entendu a été enregistrée par Arlette Bratschi pour la Bibliothèque Braille Romande.

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lundi, 17 août 2009

Quatre jours en enfer, de Pierre Salva.

Quatre jours en enfer

L'ouvrage:
Hélène est mariée à Georges. Ils ont deux enfants: Nadine et Daniel.
Voilà plusieurs semaines qu'Hélène a rencontré Philippe. Ils sont amants. Hélène ne l'aime pas, mais elle aime le plaisir que lui procure le jeune homme. Cette aventure durera le temps qu'elle durera.

Ce jour-là, Hélène doit retrouver Philippe chez lui. Lorsqu'elle arrive, elle trouve le jeune homme mort, vraisemblablement assassiné. Prise de panique à l'idée qu'on puisse découvrir qu'elle connaissait Philippe, elle efface ses empreintes, vole le carnets d'adresses de son amant (car son nom y figure), et s'en va. C'est en revenant à sa voiture qu'elle se rend compte qu'elle a disparu.

Critique:
Pierre Salva sait plonger son lecteur dans une atmosphère oppressante. Tout est vu par les yeux d'Hélène. Le lecteur passe donc par les mêmes émotions qu'elle. L'auteur expose des situations simples. L'engrenage dans lequel est prise Hélène est quelque chose qui pourrait arriver à tout le monde. Cela explique que le lecteur s'identifie rapidement à Hélène, comprenne ses motivations et celles de sa famille.

L'auteur montre une fois de plus son talent, car les faits qu'il raconte sont ordinaires, et en quelques courts chapitres, il arrive à nous entraîner dans une spirale infernale. Au premier abord, un lecteur aguerri pourrait mépriser ce genre d'histoires: la femme qui retrouve son amant assassiné, le mari qui est sûrement au courant, les enfants qui le connaissaient... Pierre Salva arrive à nous surprendre. En outre, il ne se perd pas en conjectures, en préambules, en longueurs. Le livre a la taille qu'il faut. On ne se traîne pas péniblement jusqu'à la fin. Bien sûr, Hélène échafaude des plans, des solutions, des théories. Mais cela ne dure pas assez pour ennuyer le lecteur. On la suit dans son raisonnement, et elle ne l'étale pas sur des pages et des pages. Au contraire, la quantité n'étant pas indigeste, le lecteur peut apprécier la qualité des suppositions d'Hélène. Là où d'autres auteurs font du remplissage, Pierre Salva resserre l'étau de l'angoisse.
On appréciera également les notes humoristiques dont l'auteur parsème son roman, utilisant pour cela le personnage de Daniel. Ce sont des pauses divertissantes, qui, par ailleurs, font encore mieux ressortir l'anxiété d'Hélène en contrastant les aspirations simples de Daniel et le piège dans lequel se débat sa mère.

J'espère que je vous donnerai envie de lire ce livre, et d'autres livres de cet auteur. Il me semble que pierre Salva est méconnu, et qu'on ne l'apprécie pas à sa juste valeur. Ses livres ont en commun certains ingrédients: la banalité des faits et des personnages, les titres appartenant au même champ lexical, l'absence de grandiloquence, la justesse de l'écriture. Lisez cet auteur!

Éditeur: Denoël.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mademoiselle Long pour la Bibliothèque Braille Romande.

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lundi, 18 août 2008

Qui est le diable?, de Pierre Salva.

Qui est le diable?

L'ouvrage:
Laurence Champion est employée de banque. Elle vit avec sa mère et sa petite soeur, Séverine. Elle a un petit-ami, Claude. Elle a une vie sans histoires.

Ce jour-là, tout va changer, car la banque où travaille la jeune fille est victime d'un hold-up au cours duquel le patron est abattu. Il est retrouvé, un pistolet près de lui. On en déduit donc qu'il est sorti de son bureau, arme au poing, et a été tué par les malfrats.
Laurence écoute son instinct, et déclenche le système d'alarme.

Le hold-up est bien sûr suivi d'une enquête. Tout se complique lorsque les cadavres viennent s'amonceler autour de Laurence, à commencer par celui de l'un de ses collègues, juste après qu'il lui a dit qu'il avait découvert quelque chose d'important. Bientôt, la vie de Laurence est également menacée.

Critique:
On passe un bon moment avec ce roman policier. Il est trop court pour traîner. Lorsqu'il menace de s'enliser, un événement arrive, et relance l'intrigue.

Les personnages de Laurence, Séverine, Claude, et Corinne sont sympathiques et attachants. Malgré un roman court, qui, de plus, se focalise sur l'intrigue policière, l'auteur sait donner une certaine épaisseur à ses personnages: par exemple, Séverine est malicieuse et intelligente. D'ailleurs, la ruse qu'elle utilise pour éloigner le tueur ravit le lecteur, même si elle dit que c'est à la portée de n'importe qui.

Là encore, l'auteur arrive très bien à instiller la peur en nous. On s'attend à certaines choses: par exemple, on sait que quelque chose va se passer pendant la course de motos, mais on ne sait pas quoi. Par ailleurs, on est loin de se douter de la façon dont Laurence échappera au tueur.
J'ai été un peu déçue par la fin. Certes, le lecteur connaît la vérité, et vraisemblablement, les questions que posera l'inspecteur la feront apparaître au grand jour. En outre, Séverine pourra témoigner. Tout cela devrait réduire à néant la seconde théorie de l'inspecteur. J'aurais tout de même aimé lire une fin moins abrupte, avec des explications, bien que je me doute de ce qu'elles seraient.

Éditeur: Librairie des Champs-Élysées.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Arlette Bratschi pour la Bibliothèque Braille Romande.

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lundi, 21 juillet 2008

Le diable dans la tête, de Pierre Salva.

Le diable dans la tête

L'ouvrage:
Suzanne a souvent des migraines.
Parfois, elle s'amuse à transpercer l'abdomen des hannetons.
Elle aime bien se promener presque nue dans son appartement.
Parfois, elle voit quelqu'un, et le prend pour quelqu'un d'autre. Elle réalise son erreur en entendant la voix de son interlocuteur.
Un jour, un médecin l'a examinée, et a dit à son mari qu'il faudrait être patient, et que Suzanne guérirait...

Ce jour-là, le mari de Suzanne, Paul, est absent. Quelqu'un sonne chez Suzanne. Celle-ci ouvre la porte en petite tenue, et croit reconnaître Paul. Elle commence alors à se presser contre lui, et se rend compte que ce n'est pas Paul. Prise de panique, elle frappe l'inconnu avec le premier objet qui lui tombe sous la main. L'homme tombe, ne bouge plus... Suzanne est saisie d'effroi: aurait-elle frappé trop fort? Il ne faut surtout pas prévenir la police, sinon, Suzanne pourra dire adieu à sa liberté.

Critique:
J'aime beaucoup Pierre Salva, à propos de qui on trouve peu de renseignements sur internet. Ses romans sont souvent concis et percutants. Celui-ci ne fait pas exception.

Nous suivons Suzanne dans une espèce de labyrinthe. Une seconde de panique lui fait faire quelque chose, et le reste s'enchaîne sans qu'elle puisse arrêter la machine en marche. Bien sûr, une personne saine d'esprit aurait pu tout arrêter en faisant quelque chose de sensé, mais Suzanne est malade. En outre, elle sait que si elle est prise à faire un faux pas, sa liberté lui sera ôtée. C'est pour cela qu'elle agit comme elle le fait.

Au long du roman, Suzanne est confrontée à d'autres personnages, qui, eux, sont équilibrés mentalement. L'auteur sait très bien rendre l'abîme qui sépare ces gens de Suzanne. En outre, le lecteur étant préconditionné par les paramètres donnés par Suzanne, il raisonne comme elle, et n'est pas tellement surpris lorsqu'elle récidive.

De temps en temps, le lecteur se dit quand même que certaines choses ont été trop vite admises. Comment se fait-il que Suzanne possède une telle force? (Je n'en dis pas plus pour ne pas trop vous mettre sur une piste.) Mais il n'a pas vraiment le temps de s'appesantir sur cette question, d'autant que les événements l'incitent à ne pas la creuser.

A la fin, l'auteur joue à nouveau sur le contraste entre ce qui se passe dans la tête de Suzanne et la réalité. Le dénouement pourrait être banal, mais on est tout de même surpris à cause du personnage de Suzanne dont notre esprit est imprégné. Le fait que presque tout soit raconté de son point de vue fait que cette histoire n'est plus banale. La façon de raconter est donc plus importante que les faits.

Une chose m'a agacée: le bébé est toujours appelé «le bébé«. Suzanne l'appelle «poussin«, mais on ne connaît pas son prénom. Il est presque réifié. C'est peut-être intentionnel de la part de l'auteur.
D'autre part, un fait est un peu gros: ce qui arrive au personnage qui «tombe« du balcon. Ici, on tique un peu, mais on pardonne ce petit détail à l'auteur qui, par ailleurs, a su créer un roman haletant, et un personnage dans la peau duquel nous entrons très bien, et dont nous partageons les angoisses.

Éditeur: Denoël.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Arlette Bratschi pour la Bibliothèque Braille Romande.

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