Dernière nuit à Montréal

L'ouvrage:
Lilia a passé sa vie à partir. Son enfance n'a été qu'un long voyage. De ce fait, il lui est impossible de se stabiliser.
À présent, elle vit à New York avec Eli. Il l'aime profondément. Cependant, elle lui a toujours dit qu'elle ne se fixait pas. Malgré les efforts d'Eli pour la retenir, elle s'en va. Le jeune homme ne s'avoue pas vaincu. Après avoir été mis sur sa piste par une mystérieuse lettre émanant d'une certaine Michaela, il va la suivre.

Critique:
Si j'ai aimé les idées de départ, ce livre m'a très vite ennuyée. Je l'ai terminé pour connaître la fin... et je le regrette un peu. Au moins, si je ne l'avais pas fini, j'aurais eu l'illusion que cela se terminait comme je le souhaitais...

La psychologie des personnages est intéressante. Chacun a ses blessures et réagit en fonction de ce que lui a infligé la vie. Cependant, ils deviennent tous très vite agaçants.
Lilia est adorée de tous. Elle a un certain charisme, mais à part le fait qu'elle passe son temps à partir, elle n'a rien de si aimable. Il est très énervant de voir l'entêtement d'Eli à la suivre, et d'apprendre, au long du livre, que tous les gens qu'elle rencontre succombent à son charme, comme si elle était une princesse de conte de fées dont tout le monde serait immanquablement amoureux. En outre, elle semble ne rien ressentir pour personne.

Christopher a sûrement la palme du personnage pénible. Il dédie sa vie à retrouver Lilia, et il est heureux de ce qui finit par lui arriver! Cette obsession est très énervante. Pendant le roman, j'ai très souvent eu envie de lui mettre des coups de pieds aux fesses! Son obsession fait de Michaela ce qu'elle est par la suite, et il ne semble pas tenir compte de cela, tout en en étant conscient.

Si le père de Lilia est un personnage sympathique, ce qu'il finit par faire le rend nettement moins appréciable. Bien sûr, on comprend ce qui motive son geste, on comprend aussi qu'il perde les pédales après avoir passé plus de dix ans à fuir... Cela ne l'excuse pas pour autant.

Si Eli et Michaela sont plutôt à plaindre, ils m'ont laissée indifférente.
Seul, Simon trouve grâce à mes yeux. C'est probablement le plus sensé du roman.

La structure m'a également ennuyée, probablement parce qu'elle engendre beaucoup de lenteurs. On louvoie sans cesse entre le passé et le présent de Lilia et Michaela. On voit donc pourquoi elles sont devenues ainsi. Cependant, l'auteur fait traîner tout cela, car le lecteur sait très vite tout ce qu'il y a à savoir, par exemple, la raison pour laquelle Lilia a été enlevée, à huit ans. Ce n'est qu'un exemple, mais tout est comme ça. J'ai eu l'impression de faire beaucoup de sur place.

Comme je l'ai dit, je n'ai pas aimé la fin. Certes, elle montre l'évolution de Lilia, mais j'aurais préféré que les choses se passent autrement. Cette fin est logique, mais comme je n'ai pas aimé le livre dans son ensemble, elle ajoute à ma déception.

L'auteur a un style agréable, direct, parfois un peu poétique. J'aime particulièrement le chapitre 42, tant au niveau du style que de ce qu'il raconte.
En outre, cette lenteur ne va pas sans avantages. Emily Saint John Mandel décrit une ville, des personnages semblant évoluer dans une atmosphère feutrée, une ambiance de conte de fées (même si les faits sont loin d'être féeriques). La recherche désespérée d'Eli, son incessant retour au seul point d'ancrage qu'il connaisse (Michaela), l'attitude de Lilia, la fuite et la poursuite, Michaela voyant ses rêves brisés, tous ces éléments sont racontés de manière à évoquer le conte.

Éditeur français: Payot et Rivages.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Alyssa Bresnahan pour les éditions Recorded Books.

Acheter « Dernière nuit à Montréal » sur Amazon