Auteur : Sa Moreira Régis (de)

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lundi, 6 août 2012

La vie, de Régis de Sà Moreira.

La vie

L'ouvrage:
En de courts paragraphes, ils se racontent. Ils prennent le bus, aiment ou trompent leur conjoint, sont heureux, désespérés, ne comprennent pas, ont différents points de vue, ne se connaissent pas... Ils racontent la vie.

Critique:
Après avoir beaucoup aimé «Mari et femme», j'aurais dû me douter que Régis de Sà Moreira reviendrait avec une idée des plus originales. Là encore, le concept m'a séduite. On commence par les pensées d'une personne, puis d'une autre, etc. Chaque moment pensé par un personnage est relié au précédent. Certains répondent à des pensées qui les concernent. Au début, je me suis dit que l'auteur ne parviendrait pas à rester égal dans tout le livre, que cela deviendrait vite très lourd. Il n'en est rien.

Si cette idée insolite a de quoi interpeller le lecteur, le contenu du roman n'est pas en reste. L'auteur ne se contente pas de mettre bout à bout des moments. Il leur donne vie d'un style alerte, vif, d'une plume légère, avec bonne humeur. Toutes ces pensées sont tour à tour drôles, graves, tendres, violentes... Comme une série de diapositives, ces petits instants de vie décrits avec verve et pertinence, ne pourront que toucher le lecteur. Il se surprendra d'ailleurs à imaginer d'autres instants de vie de certains de ces personnages.

On sait tous que la boulangère, le boucher, le garagiste que l'on côtoie cinq minutes en passant ont leur vie. C'est ce qu'a voulu montrer l'écrivain. On rencontre tous ces gens trente secondes, et en ce court laps de temps, on prend conscience qu'ils ne sont pas seulement la boulangère ou le garagiste.
Et bien sûr, parfois, certains actes sont interprétés différemment, ce qui plaît à certains déplaît à d'autres, etc.

Outre certaines pensées amusantes ou bien senties, l'auteur pousse l'exercice et la facétie jusqu'à rapporter des pensées d'objets, de morts, d'animaux, d'hommes préhistoriques. Imaginez que vous disiez à quelqu'un qu'au temps des hommes préhistoriques, telle chose était différente. Au paragraphe suivant, un homme préhistorique vous répond, et explique non sans humour pourquoi. ;-)

Parmi les idées loufoques de certains personnages, nous avons celle de la fille qui aimerait bien que la connaissance d'une langue soit sexuellement transmissible, l'enfant qui n'en veut pas à sa mère d'avoir avorté de lui, la fillette qui se coupe de sa famille en se projetant en Laponie, la mère du chômeur qui tente de lui obtenir un travail en inscrivant «prix Nobel» sur son CV et en y collant la photo de Steve McQuinn, et tant d'autres!

À lire pour se détendre, sourire, et imaginer, ensuite, ce qui se passe dans la tête du facteur, du plombier, de la voisine, etc.

Note: ce livre sort le 22 août 2012.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été offert par les éditions Au diable vauvert dans le cadre de l'opération Masse-critique, organisée par Babelio.

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jeudi, 5 mai 2011

Mari et femme, de Régis de Sá Moreira.

Mari et femme

L'ouvrage:
Ils sont mariés. Ils font chambre à part, et vont bientôt se séparer. Mais ce matin-là, tout bascule. À son réveil, l'homme se rend compte que son esprit est dans le corps de sa femme et inversement.

Critique:
Ce livre suscite forcément la curiosité. Qui n'a pas imaginé ce genre de situation sans, toutefois, jamais aller très loin dans le raisonnement? Un roman de ce genre éveille donc l'intérêt du lecteur.
Ensuite, l'auteur doit tenir les promesses annoncées par un tel sujet. Le défi n'est pas facile à relever. Régis de Sá Moreira s'en sort très bien, à mon avis.

Ce couple, obligé de faire preuve d'empathie, est assez fascinant. L'auteur les plonge dans plusieurs situations hilarantes tant grâce à des réflexions qu'ils font (surtout le mari que nous suivons), que grâce à des situations loufoques.
D'abord, le mari se voit contraint d'assurer le travail de sa femme: agent littéraire. Il n'y connaît rien, et fait de son mieux. J'ai adoré la façon dont il s'en tire lorsque l'auteur de best-sellers lui demande ce qu'il a pensé de son manuscrit. N'oublions pas ce qui arrive à ce même auteur renommé lorsqu'il a le malheur de tenter de caresser son agent littéraire. La scène du scrabble chez les parents de la femme est, elle aussi, très drôle. Bien sûr, je ne donne que quelques exemples.
Si les situations sont cocasses, si le lecteur rit soit avec les personnages soit d'eux, le texte fait également réfléchir. Derrière le rire, l'auteur force son lecteur à se pencher sur la routine, les différentes façons de voir, de se répartir les tâches, d'accepter l'autre, etc.

Outre cela, le mari se rend compte de ce qu'implique le fait d'avoir un corps de femme. Il passe par plusieurs phases quant à sa prise de conscience, et elles sont toutes intéressantes et vraisemblables.
L'auteur sait créer des situations auxquelles on s'attend, mais aussi certaines qui surprennent le lecteur. De plus, les réactions des personnages sont réalistes.
J'ai trouvé un peu dommage qu'on ne voie pratiquement que celles du mari.

Ce livre fait également travailler l'imagination du lecteur. En effet, les protagonistes n'ont pas d'identité (du moins, l'auteur ne nous la donne pas), ce qui fait qu'on s'identifie encore plus facilement à eux. On s'imagine, faisant face aux mêmes situations qu'eux. J'imaginais très bien mon mari et moi vivant cette incongruité d'échange des corps. Au long de ma lecture, je nous voyais dans les situations vécues par les protagonistes, et en inventais d'autres.

Le style est du genre qui, d'habitude, m'agace. Ce sont de courts chapitres constitués de phrases brèves rédigées au présent. L'histoire m'ayant beaucoup plu, le style ne m'a pas gênée.

J'ai juste deux petits reproches à faire.
Il est un peu cliché que la femme mange diététique, ne fume pas, fasse du sport, boive de l'eau, alors que l'homme fait le contraire.
Pourquoi la femme est-elle la seule à se rendre compte du plaisir engendré par des caresses buccales en tant qu'homme? Il aurait été intéressant que le mari, dans le corps de sa femme, fît la même découverte, et veuille, lui aussi, faire en sorte que son conjoint le ressente le plus souvent possible.

Éditeur: Au diable Vauvert.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Christine Jaccoud pour la Bibliothèque Sonore Romande.
J'aime bien la façon de lire de Christine Jaccoud: sobre tout en étant vivante.
À certains moments, une autre voix prend le relai. (Je crois avoir reconnu celle d'Isabelle Chabanel.) Je trouve cela dommage. Je me doute que si cela a été fait ainsi, c'est parce qu'il y avait nécessité de relire certains passages (pour une raison X ou Y), mais peut-être aurait-il été plus judicieux de les faire relire par Christine Jaccoud. Personnellement, cela m'a dérangée.

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