Shalimar

L'ouvrage:
Inde, 1890.
La famille Wincliff est désargentée. Depuis que Graham est mort lors d'une expédition, la vie est de plus en plus dure pour sa femme (Margaret), et ses enfants (David et Emma). Emma gagne quelque argent en donnant des cours à de jeunes enfants. Quant à David, il a la passion du jeu. Un jour, elle le mènera trop loin: il perdra la maison des Wincliff. Il y a bien une solution pour la garder, mais elle semble odieuse à Emma.

Critique:
J'ai lu ce roman en ayant un peu peur de tomber sur de l'eau de rose, du simili Steel, avec des personnages passe-partout et absolument pas crédible. Mes appréhensions se sont vite envolées.
D'abord, le roman est bien écrit. Le style est fluide et recherché. Ensuite, Rebecca Ryman sait à merveille décrire une ambiance, un pays, des attitudes, des personnages.

L'intrigue est solide, même si on s'attend à certaines choses. Le titre n'est pas forcément bien choisi, parce que dès qu'on sait ce qu'est Shalimar, on ne peut s'empêcher de prévoir que certaines choses arriveront. De toute façon, le lecteur se surprend à attendre, voire à espérer que les événements se passent comme il l'entrevoit. C'est une force du roman. En général, quand tout est prévisible, tout perd de son charme, ici, c'est l'inverse.
Si on espère, on se demande aussi comment l'auteur va parvenir à satisfaire son lecteur tout en faisant en sorte que cela ne soit pas trop gros. Au début, ce n'est pas évident, mais le lecteur ne sera pas déçu: Rebecca Ryman trouve un subterfuge pour tout faire passer de manière convaincante. J'ai trouvé le tout bien amené. En outre, si j'attendais certaines choses, d'autres m'ont surprise. J'ai aimé ce savoureux mélange.
J'avoue avoir moins aimé les passages qui ne concernaient pas directement Emma, mais au final, l'ensemble du roman m'a plu.

Les personnages sont assez charismatiques, surtout Emma et Damien.
Emma pourrait faire penser à un stéréotype: la belle femme fière, qui a toutes les qualités, et qui est parfaitement invraisemblable. Heureusement, elle n'est pas ainsi. Elle a du caractère, fait toujours ce qu'elle croit être bien, mais elle se trompe parfois. Elle a des idées avant-gardistes pour son époque, ce qui la rend sympathique. Cela montre qu'elle réfléchit, qu'elle ne se laisse pas formater par un courant de pensée. J'ai bien aimé la scène où elle explique qu'elle comprend pourquoi les colonisés en veulent aux anglais, et ou les deux réactions observées sont tout aussi détestables: l'une franchement hostile, et l'autre plus sournoise, car c'est de l'intolérance sous couvert d'ouverture d'esprit, et c'est d'autant plus méprisable.

Deux personnages m'ont surprise: David et Ivana.
Au début, David me paraissait exempt de personnalité, mené par ses envies, ses caprices, son égoïsme. Il évoluera au long du livre.
Quant à Ivana, sa candeur, sa façon absolue de donner son coeur, sa gentillesse et sa douceur naturelle, tout cela en ont fait à mes yeux un personnage à la fois pur et mystérieux. Elle semble très différente d'Emma, et c'est cette diversité qui fait qu'on les appréciera.

Éditeur: Ramsay.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Bernard Delannoy pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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