Les arbres ne montent pas jusqu'au ciel

L'ouvrage:
Septembre. Yann quitte Yael. C'est sur cette rupture qu'elle ouvre son journal intime. Elle raconte sa déprime, le soutien que lui apporte sa cousine Clara, s'interroge sur la portée des écrits de certains auteurs...

Critique:
Si Yael commence inévitablement par s'apitoyer sur son sort, elle réfléchit, s'interroge sur elle-même, ses choix, les tournants de la vie, la quarantaine... L'auteur montre plusieurs cas de familles amputées ou recomposées, et chacun réagit comme il le peut. La narratrice a des réflexions pertinentes. Par exemple, elle constate qu'une mauvaise chose n'est pas forcément mauvaise sur tous les points, elle peut apporter du positif: ce qui arrive à Clara, le désarroi d'Olga, et peut-être même le départ de Yann...

J'ai bien aimé les petites anecdotes qu'elle distille sur Flaubert, Virginia Woolf, Montaigne, etc.
J'ai également apprécié que Marianne Rubinstein nous interroge sur le désir, le bonheur. En filigrane, elle demande à son lecteur s'il sait saisir les moments de félicité... Son héroïne finit par le faire, tout en sachant se rendre maîtresse de ses actes et de ses décisions.

Le procédé du journal intime est une bonne idée, car le lecteur a vraiment l'impression de partager la vie et les pensées de Yael. On a davantage la sensation de voir s'écouler l'année que raconte la narratrice. Cela ancre les personnages et l'histoire dans une certaine réalité. D'ailleurs, les événements contés sont la réalité de beaucoup d'entre nous.

Je n'ai pas apprécié que Yael se sente poussée par les préjugés de la société ou par je ne sais quoi qui fait qu'elle doit tenter de rencontrer quelqu'un. Pourquoi est-on forcément obligé de rencontrer quelqu'un, de vivre avec quelqu'un? Ici, la romancière traduit encore une fois la réalité de notre société. En effet, beaucoup de gens semblent penser qu'ils doivent absolument vivre à deux, ce qui fait qu'à l'instar de Yael, ils se précipitent dans des relations dont ils ne sont pas sûrs. Bien sûr, notre héroïne ne fait pas absolument n'importe quoi, elle évolue et sait tirer des leçons de ses expériences, mais c'est le principe même que je désapprouve: je suis seul(e), je dois tout de suite rencontrer quelqu'un.

D'autre part, certaines choses m'ont semblé incongrues, notamment les pensées «étranges» qui viennent à Yael au moment où elle se retrouve seule face au compagnon de sa cousine. J'ai trouvé ça gros, voire déplacé.

Les personnages sont sympathiques, mais pas vraiment creusés. Olga est la seule qui m'a réellement touchée. Elle semble plus adulte que sa mère qui, elle aussi, semble mettre un point d'honneur à être avec quelqu'un.

J'aime beaucoup le titre. D'abord, je le trouve poétique. Ensuite, je le comprends comme ce que veut montrer la narratrice à mesure que son année de remise en question s'écoule: il ne faut pas trop en demander à la vie, savoir profiter de ce qu'on a, ne pas se gâcher avec des personnes ou des considérations inutiles.

Un livre sympathique, grave, tendre, avec des pointes de légèreté, remettant en cause certaines «règles» de notre société en constatant qu'il faut parfois s'en défaire, et être soi-même.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été offert par les éditions Albin Michel

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