La vraie vie de Kevin

L'ouvrage:
Kevin a seize ans, il surfe sur Facebook, joue aux jeux vidéos, rechigne à aller au collège (il a redoublé deux fois). C'est alors qu'Antoine Soro le remarque, et décide de produire une émission de télé réalité filmant sa vie. Le public décidera de tous ses gestes en votant.

Critique:
L'idée de départ est très bonne, car l'auteur pointe du doigt tous les dangers de telles émissions. Il y réussit très bien, montrant jusqu'où une chose pareille peut aller. Le milieu est bien décrit, bien analysé. Kevin aussi: adolescent un peu perdu, n'ayant pas vraiment la notion de ce qui se fait ou pas, le voilà précipité dans quelque chose qui le dépasse. C'est peut-être un peu caricatural, mais Kevin avait un terrain favorable: il ne semblait pas proche de ses parents, il vivait dans le présent et ne faisait que ce qui lui plaisait... L'auteur n'a donc pas choisi au hasard.
Le personnage d'Antoine est également bien décrit. Survolté, ne pensant qu'aux bénéfices toujours plus grands qu'il réalisera grâce à des idées de plus en plus folles. Il va bien au milieu. On me dira que tout cela est un peu cliché, mais après tout, pourquoi pas? D'autre part, on peut penser que l'auteur exagère le tout pour montrer que finalement, on n'en est pas si loin, et qu'il faut faire attention.

Malheureusement, la pertinence est gâchée par les digressions dont on ne sait pas trop ce qu'elles apportent. Elles m'ont plutôt agacée. Il y a aussi les phrases à rallonge par lesquelles l'auteur veut enfoncer son propos dans la tête du lecteur. Certes, mais pas besoin d'en faire tant. Il y a aussi certaines images malheureuses qui détonnent complètement, et dont on se demande ce qu'elles font ici. Exemple: «Un de ces silences si longs qu'on en trouve de semblables que dans les yeux d'un éléphant qui meurt.» Le livre est bien plus intéressant et percutant dans les moments où l'écrivain évite tout cela.
Certaines images sont peut-être là pour faire rire, ou pour susciter une autre réaction, mais elles m'ont plutôt ennuyée.
En bonne pinailleuse, je n'ai pas aimé que le premier chapitre soit le «chapitre premier», et que les autres soient «chapitre 2», «chapitre 3», que le dernier chapitre s'intitule «chapitre dernier», et que l'auteur termine son livre par «fin». Je trouve cela maladroit, et pas très beau stylistiquement.

J'ai trouvé également maladroit que dès le départ, l'auteur nous dévoile l'issue du roman. Parfois, connaître la fin ne gâche rien, ici, il aurait peut-être été intéressant de ne pas la savoir dès le début.

Baptiste Rossi fait un clin d'oeil au lecteur en s'introduisant dans le roman, et en s'insérant dans ce monde de paillettes et d'artifices.

Une bonne idée, très bien exploitée par certains côtés, mais dont la portée est amoindrie par le style souvent grandiloquent qui rend de longs passages fades.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été offert par les éditions Bernard Grasset.

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