Auteur : Rosnay Tatiana (de)

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vendredi, 26 août 2011

Spirales, de Tatiana de Rosnay.

Spirales

L'ouvrage:
Hélène Harbelin a la cinquantaine. Elle est confortablement installée dans une vie routinière, de riche bourgeoise un peu coincée.
Un jour, dans la rue, elle rencontre un homme qui lui fait des propositions. Sur un coup de tête, elle accepte et le suit.
Après une folle partie de jambes en l'air où Hélène découvre le plaisir physique, l'homme meurt d'une crise cardiaque. Terrorisée, elle s'enfuit.

Critique:
J'ai un sentiment mitigé quant à ce livre... Je n'ai pas grand-chose de positif à en dire, et pourtant, je suis contente de l'avoir lu, principalement parce que je ne me suis pas ennuyée. En effet, l'intrigue est bien menée, Et le titre illustre bien ce qui se passe: un fait déclenche une succession d'événements dépendants les uns des autres, et plus on avance, plus l'étau se resserre.
On me dira que tout cela est prévisible. À partir du moment où Hélène s'enfuit, on peut deviner que ce genre de choses arrivera. Peut-être, mais c'est bien raconté, l'enchaînement des faits est fluide. En outre, le roman est bien écrit.

Malgré cela, il recèle certains défauts. D'abord, je n'ai pu m'attacher à aucun personnage. Les enfants d'Hélène ne sont pas assez présents pour qu'on puisse vraiment les apprécier. Quant à son mari, Henri, il ne se rend compte de rien, et voit sa femme comme une dinde. Leur entente semble être une façade, et ils ne le savent même pas.

Le summum de l'exaspération est atteint à cause du personnage d'Hélène! C'est un défaut majeur de l'ouvrage: c'est le personnage principal, et on ne la trouve absolument pas sympathique. Elle se cache sous de faux prétextes pour taire sa lâcheté. Et à part cette lâcheté, elle semble n'avoir aucune personnalité. Elle est confite dans une vie qu'elle n'a même pas conscience de ne pas aimer. Elle larmoie parce qu'elle a fait une erreur, et qu'elle a honte d'elle-même. Elle n'a suscité que mépris chez moi. J'ai eu envie de la secouer, de la frapper... On me dira qu'à sa place, je ne sais pas comment j'agirais. On me dira que sous le coup de la panique, qui ne s'enfuirait pas après ce genre d'accidents? Peut-être, mais quelqu'un de plus estimable se ressaisirait, par la suite, et affronterait ses responsabilités, assumerait ses actes.

Un autre défaut est la fin du roman. Tatiana de Rosnay a voulu créer un autre rebondissement, et je trouve que ça tombe à plat. C'est crédible, mais la façon dont c'est présenté m'a fait penser à un soufflé raté. Et puis, cette échappatoire finale est tellement clichée que j'ai été déçue qu'une romancière que j'estime l'utilise. En outre, ce dénouement n'est pas tellement explicite. On le devine, grâce à certains indices, mais je me suis trouvée bébête, car au départ, je ne comprenais pas bien.

Ensuite, il y a une incohérence quant à l'enquête. La police apprend à Hélène qu'on a retrouvé un de ses cheveux sur l'oreiller du mort. Comment peuvent-ils savoir que c'est bien un de ses cheveux? Il n'y a eu aucune analyse ADN. Le policier aurait dû dire que c'était un cheveu fort ressemblant à ceux d'Hélène. Cela mène à d'autres incohérences: pourquoi la police n'a-t-elle pas davantage enquêté sur Hélène? Ce n'est pas parce qu'on vous raconte une histoire (cousue de fil blanc, en plus), que vous devez la croire! Surtout quand la personne qui la raconte est susceptible de mentir! Quand on interroge un témoin qui peut devenir suspect, on vérifie un peu mieux ses dires.

Il y a peu de temps morts, mais il y a quand même des lenteurs. C'est dommage, étant donné que le livre est très court. Les principales lenteurs sont dues aux larmoiements d'Hélène. Ensuite, il y en a une qui m'a vraiment agacée: lorsque la fille donne la photo à Hélène, celle-ci épilogue avant de la regarder. Cela m'a fait trépigner d'impatience, car je savais ce qui était dessus. Cet effet de retardement m'a paru lourd.
D'autre part, il y a un élément un peu gros: au moment où Hélène fait semblant d'être malade, et envoie son mari dîner au bistrot (le pauvre chou n'est pas capable de se faire à manger seul, et en plus, le frigo est rempli des victuailles prévues pour Noël), il est un peu gros que les visiteurs indésirables viennent juste au moment où Henri n'est pas là!

Quelque chose m'a déplu dans la structure du livre. Le début se passe à un moment d'angoisse extrême, comme si le lecteur prenait l'histoire en plein milieu. Je n'aime jamais ce procédé qui est censé faire baver et mariner le lecteur. Je trouve ça artificiel et casse-pieds. Et puis, ça a un autre effet négatif: cela donne des indices au lecteur sur certains faits. Ici, par exemple, on sait qu'à un moment, telle chose va se passer. Cela crée donc un effet de lenteur, car on sait que tant que cela ne s'est pas passé, rien ne sera résolu.

Le livre est intéressant, mais il est regrettable qu'il accumule certains défauts et topoi qui me déplaisent.

Éditeur: Plon.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Catherine Michault.
La lectrice a une voix claire, douce, et agréable. Elle ne fait pas de blancs (je déteste lorsqu'il y a trop de blancs). Sa lecture est fluide, précise, son intonation est toujours naturelle et appropriée.

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mercredi, 16 mars 2011

Rose, de Tatiana de Rosnay.

Rose

L'ouvrage:
Paris, fin des années 1860.
Le préfet veut moderniser la ville. Mais cela passe par la destruction de maisons, dont celle de Rose Baselet. Cette veuve de presque soixante ans ne veut pas que l'habitation qui abrite ses souvenirs et ceux de la famille de son mari soit détruite. Elle se battra.
C'est à son mari défunt, Armand, qu'elle raconte son combat dans une sorte de journal intime. Elle en profite pour lui confier des choses sur elle qu'il n'a jamais sues.

Critique:
Ayant été envoûtée par «Moka», «Boomerang», et «Le voisin», j'attendais peut-être trop de Tatiana de Rosnay. Si «Rose» est un livre sympathique, je n'ai pas retrouvé la magie des trois livres sus-cités. À certains moments, je me suis même crue dans un roman de Christian Signol, ce qui, à mes yeux, n'est pas vraiment un compliment.

Pourtant, l'auteur plante bien le décor. Elle parsème intelligemment son roman d'anecdotes touchant à la modernisation de Paris. Le lecteur se retrouvera transporté dans la ville, auprès de ses habitants, et ne restera pas indifférent à la détresse de Rose et à celle de ses concitoyens. D'autant que les deux points de vue sont bien présentés et expliqués. Il est vrai que la ville avait besoin de modernisation, ne serait-ce, comme le dit Alexandrine, que pour des questions d'hygiène. Mais comment blâmer les gens comme Rose qui perdront leurs repères? Ces gens trop attachés à ce qu'ils ont toujours connu, ne voyant pas la nécessité de tels changements, se sentant dépossédés, sacrifiés par des personnes qui ne prennent même pas la peine de les écouter.
J'ai apprécié la lettre que Rose envoie au préfet. Elle n'est ni pleurnicharde, ni revendicatrice, elle est sans acrimonie. Elle demande juste qu'on prenne ses arguments en compte. Rose fait partie des dommages collatéraux...

Quant au passé de notre héroïne, l'auteur ne nous présente pas une famille caricaturale, puisque les relations entre Rose et sa belle-mère sont excellentes, alors que Rose et sa fille ne se comprennent pas. En outre, il est plaisant de lire qu'un amour sincère et inaltérable exista entre les deux époux. J'en ai assez de lire des romans où les couples mariés ne s'entendent pas.
L'auteur a également créé des personnages attachants, comme Alexandrine (qui est ouverte, a un esprit critique, et se fiche du regard des autres), Armand, et même Violette. À ce sujet, le lecteur cerne bien que rien n'est manichéen, mais peut-être le personnage de Violette aurait-il pu être davantage approfondi.
J'ai retrouvé quelques échos de ce qui a fait le charme de certains romans de Tatiana de Rosnay, notamment en Alexandrine et Gilbert.

Il y a certains moments sympathiques, comme des parenthèses entre les drames de la vie: l'amitié entre Rose et ses «locataires», le goût tardif de notre héroïne pour la lecture...

Malgré cela, je n'ai pas été immergée, comme ce fut le cas pour d'autres romans de cet auteur.
D'abord, elle navigue entre le présent et le passé de Rose. C'est normal. D'une manière générale, je n'aime pas trop les retours en arrière. Ici, ce qui m'a réellement gênée, c'est qu'ils ne sont pas chronologiques. Rose parle d'un moment de sa vie, puis d'un moment antérieur, puis d'un moment ultérieur, puis d'un autre, antérieur au premier... Cette espèce de yoyo, donnant un effet décousu au récit, m'a agacée. On peut voir ça comme un puzzle que le lecteur se plairait à reconstruire. On y arrive d'ailleurs très bien. Il est même plus intéressant d'avoir certaines révélations plus tard. Il n'en reste pas moins que cette structure m'a déplu.
Elle engendre un autre inconvénient: Rose parle de quelque chose, puis ensuite, elle raconte cette chose. Cela donne un effet de lenteur, car le lecteur sait déjà ce qui s'est passé.
En outre, il est assez difficile de rendre vivants des faits écrits après coup. Dans les retours en arrière, il y a peu de dialogues, l'héroïne a davantage d'épaisseur que les autres personnages...

Quant au cauchemar récurrent de notre héroïne, le lecteur sait très vite qu'il est dû à un événement traumatisant qui lui est arrivé. Comme elle ne peut se résoudre à le raconter qu'à la fin, et qu'elle y fait allusion tout au long du roman, cela provoque également un effet de lenteur.
Il est également dommage que le lecteur connaisse la fin très rapidement. Il ne peut en être sûr à 100%, mais il sait, au fond, que l'héroïne ne changera pas sa ligne de conduite. Même ce qui se passe au tout dernier moment ne m'a pas vraiment surprise.

J'avoue avoir été agacée par l'amour inconditionnel que l'héroïne éprouve pour son fils, ce qui, elle le reconnaît elle-même, contribuera sûrement à l'éloigner de sa fille.

Remarque annexe:
Parmi les voisins de Rose, on trouve (si j'ai bien entendu), les Barou... J'aime bien ce clin d'oeil de l'auteur

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Nathalie Hons.
Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib. Il sort en audio aujourd'hui, le 16 mars.

Je ne peux pas dire que la lectrice ait mal interprété ce roman, mais j'ai trouvé qu'elle en faisait trop. Peut-être cela a-t-il contribué au fait que je suis restée plus distante que lorsque j'ai lu d'autres romans de Tatiana de Rosnay.
Quant à la musique, elle est trop présente. (Mais c'est l'avis d'une personne peu favorable à la musique dans les ouvrages audio.)
À certains moments, les protagonistes écrivent des lettres. À l'instant où la lectrice prononce la signature de la lettre, on entend un bruit de signature tracée. Je trouve cela peu pertinent: il me semble que soit on devrait entendre la personne écrire tout au long de la lettre (ce qui risque d'être vite lassant pour l'auditeur), soit on ne devrait rien entendre du tout.

Je trouve dommage qu'il n'y ais pas d'entretien avec l'auteur en fin d'ouvrage. Il y en a peut-être eu un dans «Elle s'appelait Sarah» (je ne sais pas, je ne l'ai pas lu). Si c'est le cas, à moi de me procurer l'ouvrage afin d'écouter l'entretien.
Néanmoins, il aurait été intéressant que l'auteur évoque «Rose» pour les auditeurs.

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vendredi, 24 décembre 2010

Le voisin, de Tatiana de Rosnay.

Le voisin

L'ouvrage:
Colombe Barou est mariée à Stéphane. Ils ont des jumeaux: Oscar et Balthazar. Colombe est mère au foyer depuis douze ans, et également nègre pour les éditions de l'Étain.

La famille Barou déménage. Ils trouvent un appartement qui leur convient. Seulement, Colombe se retrouve vite en butte aux attaques sournoises de l'un de ses voisins qui a décidé de lui voler son sommeil.

Critique:
Voilà un roman bien pensé. Si certains aspects de l'intrigue sont prévisibles, le lecteur restera toujours dans l'attente, sur le qui vive, souhaitant la prochaine étape. La tension est au rendez-vous.
On a tous eu ou entendu parler de problèmes de voisinage. Donc, même si l'histoire de Colombe n'est pas la vôtre (heureusement pour vous), chacun pourra, plus ou moins, reconnaître diverses situations.

Comme le souligne l'importun voisin, ce calvaire va faire que la gentille et douce Colombe va remettre beaucoup de choses de sa vie en question. La force du roman est que cette remise en question n'arrive pas comme un cheveu sur la soupe. Elle est préparée par de petites réflexions, et le récit de la vie passée et présente de notre héroïne.
Parfois, on pourra trouver certaines situations un peu grosses, mais à la fin du roman, tout s'imbrique, tout s'explique de manière limpide, et il n'y a plus rien à redire.
On pourra trouver qu'il est étrange que Colombe ne soit pas crue de ses proches, et qu'elle finisse par en faire une affaire personnelle. Mais en creusant, il est normal qu'elle ne soit pas crue d'êtres si égoïstes et assurés que Stéphane et Claire. Quant au fait que cela devienne une obsession, et qu'elle ne réagisse pas toujours aussi froidement qu'elle le devrait, c'est tout à fait logique.

L'auteur utilise des ficelles assez intéressantes afin d'épaissir le mystère autour du voisin bruyant.
D'abord, tout le monde le tient en haute estime. Encore une fois, elle joue sur les apparences trompeuses. Il est d'ailleurs assez effrayant que tant de gens se laissent prendre aux manières aimables du fou.
Ensuite, on ne le voit vraiment que très tard, il est d'abord un bruit, de la musique, quelqu'un dont on parle, quelqu'un de qui on découvre des pans de vie, une voix... ce n'est qu'ensuite que le lecteur, à l'instar de Colombe, le rencontre. Cela renforce la peur qu'on en a.

Les personnages sont bien campés.
Colombe est attachante. Sa psychologie, sa personnalité sont bien étudiés. Elle est creusée, consistante...
Si le lecteur a longtemps une sensation de flou quant au voisin, il est, lui aussi, un personnage approfondi.
Que dire de Stéphane? Il ne cherche à comprendre sa femme sur aucun plan. Il méprise ce qu'elle fait, ne se met pas à sa place, la traite comme quantité négligeable sans vraiment se préoccuper de ses sentiments, et pense à mal lorsqu'elle tente de briser la routine. On me dira qu'il est trop facile de le détester, et que cela en fait un personnage trop manichéen. Ce n'est pas le cas, car Tatiana de Rosnay dévoile la personnalité détestable de Stéphane au fur et à mesure de l'avancée du roman.
C'est la même chose pour Claire, on la découvre totalement au cours du roman. Ces découvertes à mesure de la lecture donnent un aspect plus vraisemblable à l'ouvrage. En effet, dans la vie, on ne connaît pas bien quelqu'un en quelques heures. Il faut le voir évoluer dans diverses situations.

Remarques annexes:
Tout comme Colombe, je n'aime pas le terme «nègre». Je lui préfère «écrivain fantôme», traduction littérale de «ghostwritter» qui signifie «nègre» en anglais.
Si dans «Moka», Tatiana de Rosnay aborde avec justesse le thème de la traduction, ici, le thème de l'écriture est abordé tout aussi finement et pertinemment.

Éditeur: Héloïse d'Ormesson.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Delphine Chartier pour l'association Valentin Haüy.
Je n'ai pas l'orthographe exacte du nom de la lectrice, je lui présente donc mes excuses si celui-ci est mal écrit.
La lectrice adopte un ton très sobre, une voix feutrée. Cela va bien à l'atmosphère du livre. Elle sait, bien sûr, élever la voix quand il le faut.

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jeudi, 11 novembre 2010

La mémoire des murs, de Tatiana de Rosnay.

La mémoire des murs

L'ouvrage:
Pascalline vient de divorcer. Elle doit donc se trouver un appartement. Son choix se porte sur un endroit calme qu'elle trouve mignon. Elle sent qu'elle pourra tout recommencer ici. Cependant, après son emménagement, elle est prise de vertiges et de nausées chaque fois qu'elle est chez elle. C'est alors qu'elle apprend qu'un meurtre a été commis dans cet appartement.

Critique:
Le livre est très court, et ne traîne pas. Le lecteur suit l'histoire avec intérêt. Les découvertes que fait Pascalline l'entraînent, le captivent, et le tiennent en haleine. Elles montrent plusieurs aspects des choses: des pans de passé effrayants. J'ai partagé le désarroi des familles lorsque Pascalline a étalé les horreurs qu'elles ont connues. L'auteur évoque cela avec sensibilité, finesse, et de manière poignante.

Tout ceci est croisé avec l'histoire de Pascalline. L'auteur part de son histoire, et l'entremêle à ses découvertes. Je me suis demandée si je croyais à cette extrême sensibilité qu'auraient certaines personnes, sensibilité qui leur ferait ressentir le malaise de crimes commis dans certains lieux. Je pense que cela doit être possible, même si c'est un peu étrange, et même si on ne peut s'empêcher de voir le côté handicapant de la chose...

Tout cela est intéressant, mais c'est gâché par l'héroïne. J'ai passé les trois quarts du livre à la maudire! Mais de quoi elle se mêle! Elle ne peut pas vivre sa vie, ne peut pas régler ses problèmes, alors, elle va jouer les voyeuses. Si ce qu'elle découvre émeut le lecteur, sa façon d'agir est assez détestable. On dirait qu'elle prend un plaisir pervers à remuer tout ça. Et en plus, elle vit par procuration, et tourne le dos à ceux qui souhaitent l'aider. Soit, son amie, Élisabeth, est un peu maladroite, mais il est vrai que Pascalline a besoin d'aide. le lecteur la voit lentement s'enfoncer dans le marasme, dans une spirale, dans le gouffre.
Je ne dirai rien sur la fin, mais elle n'a pas contribué à me faire apprécier l'héroïne.

On me dira qu'elle a un lourd fardeau à porter, qu'elle se débat avec de rudes coups que lui a joué le destin. C'est vrai. Je peux paraître injuste, mais je n'aime pas les gens qui ne tentent pas de s'en sortir. Bon, ici, Pascalline a atteint un stade où elle n'est peut-être pas consciente qu'elle a besoin d'aide... il n'en reste pas moins que son personnage m'a été antipathique.

Éditeur: Plon.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Judith Repond pour la Bibliothèque Braille Romande.

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jeudi, 21 octobre 2010

Boomerang, de Tatiana de Rosnay.

Boomerang

L'ouvrage:
2007.
Antoine Rey veut faire une surprise à sa soeur, Mélanie. À l'occasion de son anniversaire, il l'emmène à Noir-Moutier, là où la famille Rey passa ses étés jusqu'en 1973. L'année suivante, en 1974, leur mère, Clarisse, était morte. C'est à partir de ce moment que leur père, François, a cessé d'être heureux.
Ces quelques jours dans le paysage de leur enfance font ressurgir des souvenirs que Mélanie avait oubliés.

Critique:
Tatiana de Rosnay analyse certains thèmes avec justesse et délicatesse.
Le plus présent est sûrement, comme le souligne Antoine, celui de la mort. Outre le travail d'Angèle, il y a les morts brutales de Clarisse et de Pauline. L'auteur rappelle à quel point tout peut basculer à une vitesse confondante, et pour des raisons très bêtes. Ici, c'est surtout l'ignorance et la négligence qui sont en cause.
Est également exploité le thème de la tolérance. Certains personnages se ferment totalement à quelque chose qui, pour eux, est nuisible, et ils ne peuvent même pas dire pourquoi ça l'est. Je suis toujours effarée de découvrir qu'au vingt-et-unième siècle, des gens peuvent encore refuser ce que refusent certains membres de la famille Rey. La réaction de Mélanie m'a beaucoup déçue, d'ailleurs.

L'histoire ne souffre pas de longueurs, sauf peut-être quand Antoine et Mélanie attendent la confession de Gaspard.
L'auteur nous réserve quelques surprises. Je me suis doutée de l'une d'elles.
La fin est en accord avec le reste du roman.

L'écriture de Tatiana de Rosnay est fluide, sans fioritures, sans phrases compliquées. Certaines réflexions d'Antoine sonnent comme des devises, des petites phrases à garder précieusement.

Le personnage d'Antoine est certainement le mieux construit du roman. Il passe son temps à se sous-estimer, à mettre en avant son manque de confiance en lui-même. Il prend de l'assurance au long du livre. Il lui arrive d'agir bêtement, mais cela le rend plus humain. Il a passé sa vie à s'effacer, et au début du livre, il ne sait pas encore qu'Astrid lui a rendu service en le quittant. Le lecteur ressent très bien la souffrance d'Antoine qui n'arrive pas à oublier sa femme, qui voit ses enfants se transformer, et qui ne maîtrise plus rien. Il ne veut et ne peut pas agir de manière ferme à cause de la sévérité excessive de son propre père.
Au final, ce sera Antoine le plus persévérant, le plus tolérant. Il saura tirer le meilleur de ce qu'il va vivre, de ce qu'il va découvrir.
L'auteur a su faire un portrait touchant et réaliste de cet homme qui, en deux ans, va connaître une espèce de transformation.

Le personnage de Mélanie m'a plutôt agacée. Et pourtant, elle est vraisemblable. Elle a simplement un caractère qui ne me plaît pas.
D'abord, j'ai été exaspérée par son obsession de l'homme. Mélanie, il lui faut un homme, quitte à en prendre un qui ne l'aime pas. C'est d'ailleurs ce qui se passe: au début, Antoine veut la consoler d'une rupture avec un homme dont il était clair pour tous, Mélanie la première, qu'il ne l'avait jamais aimée. C'est à cause de gens comme Mélanie que tant d'êtres qui ne s'aiment pas vraiment se mettent ensemble, quitte à finir par se séparer.
Bien sûr, il y a d'autres cas de figure, mais je n'aime pas l'idée du «mieux vaut être mal accompagné que seul» prônée par Mélanie.
Ensuite, elle finit par préférer le mensonge, le secret, le silence, l'ensevelissement dans le non-dit. Quelle attitude méprisable! Elle prétend qu'elle ne veut pas blesser son père, mais rien ne l'empêchait de savoir la vérité sans la dire à son père.

François est un personnage intéressant. Il peut sembler cliché, mais il m'a semblé très réaliste. Clarisse avait apporté de la fantaisie, du rire, de la joie à sa vie guindée et morne. Il est prévisible qu'il ait cessé de vivre à sa mort, et ait passé sa vie à en mourir. Il ait logique qu'il n'ai pas su élever ses enfants, alors que son coeur était brisé.
Cela explique la façon dont Antoine et Mélanie se sont construits.

J'ai aimé Angèle. Tolérante, indépendante, casse-cou, gaie, directe, voire un peu brusque... Elle sais tirer le meilleur parti de la vie, et insuffle confiance et assurance à Antoine.

Qu'on aime ou pas les personnage du roman, ils ne laisseront pas le lecteur indifférent. Ils sont analysés de manière pertinente, et même ceux qu'on voit peu (Joséphine, Régine, solange, etc), attirent l'attention.

Un livre juste, bien pensé, bien écrit. À lire!

Éditeur: Héloïse d'Ormesson.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Olivier Annen pour la Bibliothèque Braille Romande.
Olivier Annen a très bien interprété ce roman. Il a su prêter sa voix à Antoine, est parvenu à lui donner corps, ainsi qu'aux autres personnages, grâce à une lecture sensible, toute en finesse, et dénuée de cabotinage.

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