Auteur : Roger Marie-Sabine

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vendredi, 3 janvier 2014

Bon rétablissement, de Marie-Sabine Roger.

Bon rétablissement

L'ouvrage:
Une nuit, Jean-Pierre Fabre, soixante-sept ans, est repêché dans la Seine. À l'hôpital, on soigne ses fractures. Un policier vient le voir afin de tenter d'éclaircir ce qui s'est passé. En effet, Jean-Pierre a tout oublié de cette soirée qu'il finit dans le fleuve. Notre héros profite de ce répit forcé pour se pencher sur sa vie.

Critique:
C'est d'une plume vive, d'un style enlevé que Marie-Sabine Roger nous raconte l'hospitalisation de Jean-Pierre. On s'y croirait: la nourriture fort peu ragoûtante, les infirmières, les odeurs, les visites, les heures des repas, le traintrain quotidien. Elle s'attarde sur la façon gâtifiante dont certains parlent aux malades, et en montre toute la bêtise. Simple sans jamais être simpliste, l'auteur nous conte ce petit récit sans temps morts.

Si la bonne humeur domine (le style de l'auteur, certaines répliques de Jean-Pierre), le narrateur glisse quelques notes plus graves et ô combien réalistes. Il parle de lui-même, et explique pourquoi il a manqué certaines choses dans sa vie. Son hospitalisation fait qu'il découvre la situation de certaines personnes, ce qui le choque quant à ce que la société laisse faire. J'ai apprécié le fait qu'il tente de contribuer, même un peu, à amoindrir les maux qu'il découvre. En outre, son hospitalisation fait que notre héros va rencontrer des gens qui lui feront voir certaines choses sous un autre angle, le feront s'ouvrir aux autres, lui que sa vie ennuyeuse préservait (en quelque sorte) de ces réalités... Parfois, il accorde même un peu trop vite sa confiance, comme on le lui fait remarquer... Il a également des réflexions qui m'ont paru sensées sur la vie, la mort, les réactions de chacun à un événement donné...
J'adore la façon dont il décrit à maintes reprises l'exaspération que lui inspire «la boulotte». Je ressentais la même chose que lui. J'ai adoré la repartie de «la boulotte» concernant «faut que j'ale». Bien sûr, au-delà du rire, on se désole qu'elle parle mal, et ait l'air d'être parachutée dans la vie sans rien en connaître.

À un moment, la belle-soeur de Jean-Pierre vient le voir. Comme elle est croyante, il explique qu'elle ramène tout à Dieu. S'ensuivent les considérations de Jean-Pierre quant à cela. Je suis tout à fait d'accord avec lui.

Ce roman est une petite note d'optimisme: il n'est jamais trop tard pour se désengluer d'une petite vie dans laquelle on s'ennuie, jamais trop tard pour faire confiance à quelqu'un qui le mérite, pour se faire des amis, etc.

Éditeur: le Rouergue.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Arlette Bratschi pour la Bibliothèque Braille Romande.
Ce livre fait partie de ceux pour lequel il ne faut pas prendre une intonation trop sobre. Arlette Bratschi le lit exactement comme il faut: avec verve et dynamisme sans jamais trop en faire. D'autre part, elle s'est permis quelque chose qui, à mon avis, est une bonne trouvaille. Lorsqu'Hervé, le frère de Jean-Pierre, vient le voir, il ne parvient pas à prendre congé, et dit plusieurs fois: «Bon ben...». La lectrice a pris le parti d'adopter exactement le même ton à chaque «bon ben...». Je trouve cela judicieux, car cela renforce le comique de la situation.

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lundi, 1 août 2011

Vivement l'avenir, de Marie-Sabine Roger.

Vivement l'avenir

L'ouvrage:
Alex mène une vie indépendante. Elle ne s'attache pas. Elle fait de petits boulots sans prétention, ce qui lui permet de ne se poser nulle part. Voilà quatre mois qu'elle loue une chambre chez Bertrand et Marlène. C'est ainsi qu'elle a fait la connaissance de Gérard, le frère de Bertrand. Celui-ci vit chez le couple. Il est handicapé moteur.

Critique:
Un petit livre plein de soleil, de réalisme, de tendresse, de tolérance. C'est une leçon de vie. L'auteur aborde certains thèmes de manière à la fois grave et légère. À travers Alex et Cédric, elle nous fait part de certaines réflexions ô combien justes. Par exemple, Cédric explique que le père d'Olivier, son meilleur ami, est persuadé que si son fils est obèse, c'est de la faute de Cédric. C'est un raisonnement très simpliste, et certains pourraient dire que l'auteur exagère. Cependant, il n'est pas rare de voir des gens rejeter n'importe quelle faute commise par eux sur le premier venu. Ils ne se remettent pas en question. J'ai bien aimé la façon que Marie-Sabine Roger a de démontrer cela.

Le point de vue de Cédric quant au travail m'a fait rire. Il ne comprend pas pourquoi on s'embêterait à faire un travail qui nous déplaît. Dans l'absolu, nous voudrions tous faire quelque chose que nous aimons, mais cela n'est pas toujours possible. Alex prend le problème dans l'autre sens. Ce qu'elle fait ne l'épanouit pas, mais lui permet, par ailleurs, de mener la vie qu'elle souhaite. Sur ce point, Cédric m'a agacée avec ses envies d'enfant gâté, et sa façon de prendre ses parents de haut.

Certaines ficelles peuvent paraître très grosses. Et pourtant, tout est si réaliste! En outre, je pense que l'auteur sait amener les choses. On se doute un peu du dénouement, mais le fait que ce soit prévisible est loin d'être exaspérant. D'abord, l'auteur fait en sorte qu'en plus de prévoir la fin, nous la souhaitions. En outre, elle la prépare habilement en la rendant vraisemblable. Si cela s'était terminé autrement (du moins pour Gérard), cela n'aurait pas été réaliste du tout!

Certains pourront trouver facile qu'Alex apprécie tout de suite Gérard, et que Marlène ne voie en lui qu'une corvée. Au départ, cela fait un peu caricatural. Néanmoins, Marie-Sabine Roger n'en reste pas là, et creuse les choses. Si Marlène est aigrie, c'est plutôt par la vie. Elle ressasse ses espoirs déçus, tempête après ce qui l'enchaîne à une certaine vie, et ne communique pas vraiment avec son mari. En outre, il est vrai qu'il n'est pas de tout repos de s'occuper d'une personne ayant le type de handicap de Gérard. Par exemple, l'auteur ne dit jamais s'il se lave seul, mais on sait que quand il va aux toilettes seul, c'est un désastre.
Si Alex s'attache à lui, elle dit sans détours que tout n'est pas idyllique. Seulement, comme elle ne le prend pas de la même façon que Marlène, comme elle est plus attentive, certaines choses se font plus facilement. Avec de la patience et de l'affection, Alex parvient, par exemple, à faire en sorte qu'il s'exprime de manière plus intelligible. C'est logique, et pour le coup, plus réaliste que la caricature que j'ai cru déceler au départ. À côté de cela, comment ne pas frémir de dégoût lorsque Marlène s'adresse à Gérard. De son point de vue, ce n'est sûrement ni irrespectueux ni humiliant, car sa perception est faussée dès le départ: elle n'imagine apparemment pas Gérard comme un être vivant qu'on peut blesser moralement.

Outre une intrigue et des réflexions réalistes, l'auteur insère certaines bizarreries qui m'ont ravie. Comment ne pas pouffer à la lecture du projet du barrages en canettes d'Olivier! C'est le genre de choses un peu tordu qui éveillera toujours mon intérêt.

Remarques annexes:
J'ai beaucoup aimé (entre autres) la description des trois amies de toutes les choses inutiles que sait faire Gérard.
J'ai trouvé sympathique que l'auteur reste dans le même champ lexical (avec des jeux de mots en prime), pour les titres de ses chapitres.

Éditeur: éditions du Rouergue.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Christian Gilsoul pour la Ligue Braille.
Le livre est à deux voix. J'avoue que j'aurais préféré qu'il soit lu par deux lecteurs (un homme et une femme). Cependant, je sais que ce n'est pas forcément facile à mettre en place pour une bibliothèque dont les lecteurs sont bénévoles.

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