L'honneur des Bories

L'ouvrage:
Fin du dix-neuvième siècle.
Yvon est gardien-chef du bagne de Guyane. À présent, il est en vacances. Il se rend en Auvergne, à la ferme des Bories afin d'y proposer ses services comme ouvrier. Son but est d'enquêter. En effet, il est devenu ami avec Paul Bories, forçat depuis quatre ans. L'homme a été condamné pour le meurtre de sa fille, Paulette. Il clame son innocence, et Yvon le croit.

Critique:
Ce livre commence de manière quelque peu ordinaire: un homme condamné apparemment à tort, une enquête... Cependant, l'auteur introduit rapidement des éléments qui font qu'on n'est pas face à un roman mièvre comme le sont trop souvent les romans du terroir. D'abord, une fois que le problème simple est posé, une fois qu'Yvon est engagé à la ferme, le lecteur se rend compte que la structure lui permet de découvrir à la fois Paul et sa famille. Les chapitres alternent: Yvon à la ferme, Paul racontant sa vie à Yvon. En général, je n'aime pas cette structure, mais elle ne s'étend pas sur beaucoup de chapitres, et elle permet à l'auteur de ne pas traîner. En effet, ici, une structure linéaire (du moins au début), aurait été source de lenteurs. La romancière l'adopte juste quand il le faut.
Il y a bien quelques petites lenteurs, mais rien de vraiment gênant.
Je me suis doutée de quelque chose, mais cela ne veut pas dire que tout le monde le devinera. D'ailleurs, je n'en étais pas sûre.
Certains indices sont habilement placés.

Si on ne découvre certaines choses qu'à la fin (c'est le jeu dans un roman à énigme), tout ce qui se passe au cours du livre met la fin en place. D'autre part, on voit très vite que certains personnages sont soit méprisables soit aimables. Yvon résume bien les choses à la fin.
La façon dont je présente cela semble manichéenne. Pourtant, cela ne l'est pas vraiment. Blésine et Marius, par exemple, sont des personnages détestables. Cependant, ils sont crédibles. Marthe est admirable, et est également crédible... Sûrement parce que ces personnages se blessent forcément en agissant comme ils le font.
Chacun a une part de responsabilité plus ou moins importante, sauf peut-être Marthe. Quant à Michel et Adélaïde, ils n'ont rien fait de répréhensible, mais je n'ai pas réussi à les apprécier. Peut-être parce qu'ils n'ont rien fait pour défendre leur père...

La toute fin m'a satisfaite, même si (comme le souligne l'auteur), les blessures ne cicatriseront jamais. Certains personnages se servent de ce qui leur est arrivé pour avancer, pour être meilleur.

Ne lisez pas ce paragraphe si vous n'avez pas lu le roman.
Paulette n'a, pour moi, aucune circonstance atténuante. Sa vie l'étouffait, elle aimait Marius, oui, mais de là à commettre ou à laisser commettre de telles horreurs! Et puis, bien sûr que l'amour est aveugle, mais à ce point!!! Je ne vois pas trop ce qu'elle pouvait trouver à Marius qui n'avait vraiment rien d'intéressant à part sa beauté. Étant donné l'amour profond que Paul portait à sa fille, je l'aurais crue douée de davantage de discernement. Eh bien, non. Elle n'en était donc pas digne. J'ai d'ailleurs été déçue que Toinou s'attache à elle. Elle ne le méritait pas. Elle aurait pu se libérer autrement. J'ai été contente qu'elle soit condamnée au bagne à vie. Elle est sûrement pire que sa mère.

Éditeur: éditions de Borée.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Daniel Schreiber pour l'association Valentin Haüy.
J'ai été contente de réentendre ce lecteur dont la voix et le ton sont agréables.

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