Auteur : Rob Smith Tom

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mardi, 24 avril 2012

Kolyma, de Tom Rob Smith.

Kolyma

L'ouvrage:
1956.
Léo fait maintenant partie d'une nouvelle brigade. Il tente de réparer les erreurs passées dans l'ombre. Il rejette la répression.
Il a changé, mais il devra faire face à ses actes passés. Outre une femme ivre de vengeance, il doit affronter Zoya, sa fille adoptive, qui ne lui pardonne pas la mort de ses parents.

Critique:
Certains disent que ce tome 2 est moins bon qu'«Enfant 44». Je l'ai trouvé différent, mais également bon.
D'abord, j'ai aimé que l'histoire soit étroitement mêlée à la vie de Léo. M'étant attachée à Raïssa et lui, je n'aurais pas aimé qu'il tentât de démêler une enquête n'ayant rien à voir avec sa vie privée. Je n'aurais pas du tout apprécié de ne voir Raïssa que sur quelques moments.
D'autre part, ce livre ne souffre pas de longueurs. Les personnages sont projetés dans un tourbillon d'aventures, de périls, de tourments... Au départ, je pensais que l'auteur allait faire traîner son récit, et ferait du remplissage avec ce qui se passe à Kolyma. Mais non. Tout cela fait qu'on ne peut pas prévoir où va nous emmener Tom Rob Smith.

La psychologie des personnages est très intéressante.
Je n'aime pas la femme qui veut se venger de Léo (et d'à peu près tout le monde). Malgré sa force et son pouvoir, c'est quelqu'un de faible. Elle a vécu quelque chose de terrible, et on comprend son désir, mais il s'étend. Elle ne veut pas vraiment se venger à cause de ce qu'elle a subi, mais veut juste faire le plus de mal possible à un maximum de gens. C'est, pour moi, un signe de veulerie, de faiblesse, de bêtise.

Je lui ai préféré Zoya. J'ai compris l'immense détresse de l'enfant, sa colère, son désespoir, son dégoût, sa haine, même son envie d'en finir. Comment la blâmer? Ensuite, lorsqu'elle prend une direction qui ne plaira pas au lecteur, il est, là encore, facile de la comprendre.
Léo et Raïssa sont égaux à ce qu'ils étaient dans «Enfant 44». Je pense que je n'aurais pas eu leur abnégation.

Le contexte historique est très bien expliqué. La Russie se relève du stalinisme, elle en garde des séquelles. On ne sait plus comment gouverner, on ajoute le mal à la souffrance, on ne veut pas reproduire, mais on ne fait pas mieux... Entre ceux qui veulent bien faire, ceux qui veulent tout changer, ceux qui ne pensent qu'à eux... Tout cela nous laisse dans un pays désemparé, blessé, dévasté. Un pays où certains ont tant souffert qu'ils ne trouvent plus la moindre compassion pour des personnes qui auraient un peu mieux agi envers eux. (Je pense surtout à la parodie de tribunal organisée dans le goulag de Kolyma.)

À la fin, plusieurs questions restent. Cela se résume en une phrase: vivement le tome 3!

Si vous n'avez pas lu le roman, passez au paragraphe suivant.
On ne saura jamais si Malich est le fils de Raïssa. Fraera affirme qu'elle a fait des recherches, mais elle n'apporte aucune preuve de ce qu'elle avance. Il lui tient tant à coeur de précipiter Léo et Raïssa dans le malheur qu'elle est capable de l'avoir inventé.

Éditeur: Belfond.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Valérie Choquard pour l'association Valentin Haüy.
Je n'ai pas l'orthographe exacte du nom de la lectrice, je lui présente donc mes excuses si celui-ci est mal écrit.
La lectrice a une voix classe et une très bonne diction. Elle met le ton approprié, parvenant à jouer sans être désagréable. Mon plaisir à entendre son interprétation a été terni par le fait qu'elle tente de faire un accent russe pour certains noms propres, roulant les «r», et prononçant le son «ch» à la russe. C'est très beau lorsqu'on entend du russe, mais en français, c'est écorche-oreille.

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jeudi, 2 juillet 2009

Enfant 44, de Tom Rob Smith.

Enfant 44

L'ouvrage:
Russie, 1953.
Léo travaille pour le MGB. C'est un bon officier. Il tient à servir son pays. Il croit réellement que le MGB lutte pour préserver la paix et l'harmonie. Même si certaines méthodes sont terrifiantes et inappropriées, il les accepte, pensant que le MGB sait ce qu'il fait.
Il aime sa femme, Raïssa. C'est un idéaliste.

Plusieurs faits et circonstances vont le faire remettre ses principes en question. Pourquoi le MGB le met-il à l'épreuve, et plus tard, à l'écart? Anatoli Brodski est-il réellement coupable? Le petit Arcadi est-il réellement mort dans un accident, comme le prétend le MGB? En effet, il n'y a pas de tueurs en Russie. Seul un ennemi de l'état serait un tueur. Léo n'aura pas la conscience tranquille tant qu'il n'aura pas enquêté.

Critique:
Ce livre est excellent! Après plusieurs lectures insipides (je ne me donnerai même pas la peine d'écrire une critique de «Murmures dans la nuit», de Judith McNaught), un livre aussi complexe et captivant est une note d'espoir. En effet, il me semble qu'on trouve de plus en plus de livres plats, et je m'en désole souvent avec certains amis.

Ce livre est à lire, et est intéressant à plusieurs niveaux.
D'abord, c'est le personnage de Léo qui captivera le lecteur. Léo qui devra d'abord perdre ce qu'il est et ce qu'il a, qui devra affronter la réalité en face, et qui repartira, l'esprit lavé, remis à neuf, pour traquer le tueur, mais aussi, qui ira à la quête de lui-même. En effet, dans cette traque, il ne sera plus le produit formaté par le MGB, mais lui-même. Il aura entendu de terribles choses, et après un moment d'abattement, en ressortira grandi. Cette quête de son véritable moi l'obligera également à déterrer un terrible et douloureux secret, secret que sa honte et sa peur l'avaient forcé à enfouir au plus profond de lui. Léo fait un peu sa psychanalyse grâce à cette enquête. ;-)
Il connaît les rouages de l'état, y croit, puis se retrouve obligé de se remettre en question. Il montre par là que ce genre de police dictatoriale n'était pas uniquement composée de personnes bêtes, méchantes, et ambitieuses. L'auteur a également créé le personnage de Vassili afin de faire ressortir le contraste entre les deux styles de personnes. En plus d'être ambitieux, Vassili ne se satisfait pas de ce qu'il a.

Les amateurs de romans à suspense seront fascinés par ce meurtrier, par sa psychologie, par la traque de Léo. On devine très vite qui est l'assassin, mais l'auteur garde d'autres éléments en réserve dont le lecteur ne se doute pas.
En outre, le meurtrier n'est pas juste un «méchant» à la psychologie creuse. Non! C'est, lui aussi, une victime. C'est un être perdu, rejeté, ballotté, qui n'a plus qu'une raison d'être. Une idéaliste comme moi aurait souhaité une autre fin pour lui, mais c'était impossible. Cette absence de manichéisme est l'une des forces du roman. Que faire sinon plaindre le bourreau à l'instar de ses victimes?
A propos de cet aspect de l'intrigue, l'auteur précise, en fin d'ouvrage, que c'est inspiré de faits réels. Il indique le livre qui l'a aidé à construire la psychologie du personnage et à en savoir plus sur ses meurtres. Cette histoire m'intéresse. J'aimerais savoir dans quelle mesure l'auteur a inventé son personnage, et quels en sont les aspects réels. Si l'auteur n'a pas inventé grand-chose, cette histoire est d'autant plus poignante qu'elle est vraie.
Bien sûr, tous les rebondissements sont également passionnants, et bien placés.

Par ailleurs, le roman ne souffre d'aucune longueur. L'auteur sait nous plonger au coeur de la vie quotidienne en Russie sous Staline. Là encore, il explique qu'il s'est beaucoup documenté. Cela donne un résultat très réussi. On sent qu'il a pris le temps d'écrire son roman, de construire son décor, ses personnages.
Ce contexte, nous l'étudions en histoire, mais cela finit par s'estomper, surtout lorsqu'il est rébarbatif d'étudier des faits historiques. Cela fut mon cas. Au collège et au lycée, les faits étudiés me touchaient peu. Or, les découvrir à travers un roman, par des personnages fouillés, dans un décor si bien planté, avec des exemples si bien choisis n'a pas la même dimension. Pour moi, cela a été bien plus marquant, bien plus réel, bien moins froid que l'histoire étudiée de manière assez plate au collège et au lycée.
La peur ancrée en la plupart des habitants de la Russie est bien montrée: on me fait suivre, je suis innocent, mais je fuis, car si je suis arrêté, on me fera avouer ce qu'on voudra; moins j'en sais, mieux je me porte; les enfants n'ont plus d'enfance, mais sont zélés par peur...

En général, même si j'ai aimé un livre, je trouve quelques petits reproches à lui faire. Ici, je n'en vois pas. L'auteur a même su me passionner au point de me faire dépasser mes blocages. En effet, je deviens très sensible, et s'il y a des scènes de torture, ou des scènes qui me choquent par d'autres côtés, je pose le livre, ou je le continue sans pouvoir admettre qu'il peut être bon, aveuglée que je suis par les scènes qui m'ont choquée. Ça a d'ailleurs été le cas pour «Say goodbye», de Lisa Gardner, dont il m'est impossible d'écrire une critique, tant j'ai été traumatisée. Ici, les scènes vont avec l'histoire, et même si elles sont choquantes, inacceptables, et pénibles à lire, elles font partie de cette vie quotidienne que Tom Rob Smith dépeint avec brio.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Frédéric Meaux pour les éditions Audiolib.
Je ne connaissais pas ce comédien avant de l'entendre dans ce livre. Je le trouve très talentueux. Il interprète magistralement ce roman, sachant jouer sans surjouer. J'espère qu'il enregistrera à nouveau des ouvrages.

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