Auteur : Richmond Michelle

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lundi, 18 mars 2013

L'année brouillard, de Michelle Richmond.

L'année brouillard

L'ouvrage:
San Francisco.
Abby Mason et Jake vont se marier dans trois mois. Jake a une fille d'une première union, Emma. L'enfant a six ans. Abby et elle s'entendent bien.

Ce jour-là, Emma et Abby sont sur la plage d'Ocean Beach. La jeune femme a quelques minutes d'inattention: Emma disparaît.

Critique:
Si j'ai beaucoup aimé «Le carnet de la mathématicienne», j'ai été très déçue par ce roman. Il est beaucoup trop long! L'histoire est diluée par d'excessives lenteurs de toutes sortes. Je pense que l'idée de départ n'était pas adaptée à ce qu'a voulu faire l'auteur. Elle a pris prétexte de cette histoire de disparition pour explorer le caractère des personnages par des retours en arrière, mais aussi par la façon dont ils se comportent face à cette disparition. Certaines idées sont à retenir. Par exemple, au bout d'un moment, Jake a besoin de faire son deuil d'Emma. Il souhaite aller de l'avant, ne pouvant se résoudre à souffrir pendant le reste de sa vie. Il doit recouvrir la blessure par la vie.
Pendant ce temps, Abby ne se résigne pas. Elle ne pourra rien entreprendre tant qu'elle n'aura pas retrouvé l'enfant. Ces deux points de vue se comprennent parfaitement. Ces deux attitudes opposées feront que le lecteur se posera la question de ce qu'il ferait en pareil cas. Et s'il faisait comme Abby, jusqu'où irait-il?

Les retours en arrière sont pertinents, car Abby ouvre les portes de son passé, et raconte sa famille. Malgré ses parents (sa mère représente à ellle seule tout ce que je trouve détestable), la jeune femme est relativement équilibrée, ce qui fait qu'on ressentira un peu d'admiration pour elle. Elle ne larmoie pas sur son passé, se contentant d'expliquer comment sa mère aurait pu les détruire, sa soeur et elle.

J'ai beaucoup apprécié de lire les petits compte rendus d'Abby sur la mémoire et ses multiples facettes. Toutes les expériences qu'elle raconte d'après ses lectures sont passionnantes. Cependant, j'ai été dubitative concernant le voyage qu'elle se souvient avoir fait enfant, avec ses parents... Cela m'a paru fort peu crédible.

Michelle Richmond se doutait bien que le lecteur aguerri lui reprocherait de n'avoir pas tout de suite pensé à l'hypnose afin qu'Abby se remémore peut-être certains détails qu'elle a inconsciemment retenus. Comme elle ne peut pas amener le sujet trop vite (cela aurait raccourci son livre), elle trouve une échappatoire que je qualifierais de très médiocre. Abby fait une première tentative, mais celui qui l'hypnotise est, apparemment, très nul dans son domaine, ne sachant pas la détendre. De toute façon, étant donné la pugnacité d'Abby, sachant qu'elle veut remuer ciel et terre pour retrouver la disparue, il est peu crédible qu'elle n'ait pas retenté l'hypnose tout de suite après l'échec du premier essai avec un autre praticien.

D'une manière générale, je n'ai pas vraiment trouvé les personnages sympathiques. Objectivement, je peux dire qu'on peut s'identifier à eux, mais ils m'ont agacée. Pour moi, leur désespoir sonnait faux. D'autre part, à plusieurs reprises, Abby est tentée de se laisser aller dans les bras d'autres hommes, et justifie cela par des pensées comme: «Si je fais l'amour avec Machin, peut-être que cela me redonnera la vitalité nécessaire pour mieux chercher Emma, je me souviendrai peut-être d'un détail...» C'est plutôt comique.

Un autre moment est clairement du remplissage. C'est la scène que Jake raconte à Abby: il a dû aller identifier le corps d'une enfant. Il est normal que Jake parle longuement de ce qu'il a ressenti, mais la première chose qu'aurait dite tout être humain normalement constitué, c'est le résultat de l'identification. Or, Jake s'étend, s'étale sur tout le reste. En outre, lorsqu'il finit par lâcher pourquoi, selon lui, le corps était ou non celui d'Emma, ce n'est pas très logique. Il se base d'abord sur la couleur des cheveux, mais ils auraient pu être teints.

À un moment, une chaussure d'Emma est retrouvée. Il est étrange qu'elle n'ait pas été retrouvée plus tôt. En outre, on déduit de cette trouvaille que l'enfant est morte. Pourquoi? De ce fait, tout le monde touche la chaussure sans qu'on se préoccupe d'y relever des empreintes. J'ai trouvé cela léger... Ou bien, j'ai été moins attentive (je me suis beaucoup ennuyée pendant cette lecture, il est donc possible que j'aie décroché), et l'auteur précise peut-être qu'il n'y a pas d'empreintes...

Afficher Attention, je dévoile un moment clé de l'intrigue.Masquer Attention, je dévoile un moment clé de l'intrigue.

La façon dont Emma est retrouvée est totalement invraisemblable. Il a fallu qu'Abby et elle se trouvent sur la même plage au même moment, et que les ravisseurs aient laissé Emma seule...!!!
En outre, après qu'Emma est rentrée chez elle, l'attitude de Jake est incompréhensible et illogique. Il s'éloigne d'Abby. La jeune femme se dit que c'est parce que malgré tout, elle reste celle par la faute de qui Emma a été enlevée. Soit, mais alors, pourquoi voulait-il l'épouser au moment de faire son deuil?
Enfin, on ne sait pas vraiment ce qui sera fait contre Lisbeth... C'est dommage.

L'énigme n'est pas haletante, et le lecteur devinera rapidement qui est derrière tout cela. Cela n'est pas très grave, car l'intention de la romancière est surtout de montrer des personnages dans une situation donnée. Cependant, de vrais rebondissements auraient peut-être rattrapé les choses négatives sus-citées.

Remarque annexe:
Je trouve idiot que certaines familles tiennent à appeler leurs enfants par un prénom commençant par une lettre donnée: Annabel, la soeur d'Abby, a appelé l'un de ses enfants Alex. Heureusement, elle ne continue pas avec ses autres enfants. ;-)

Éditeur français: Buchet-Chastel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Carrington Macduffie pour les éditions Blackstone audio
Outre une histoire lente où certaines incohérences m'ont sauté aux oreilles, je n'ai pas particulièrement apprécié le jeu de la lectrice. Elle franchit parfois la limite du surjeu.

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mardi, 22 mai 2012

Le carnet de la mathématicienne, de Michelle Richmond.

Le carnet de la mathématicienne

L'ouvrage:
Ellie Enderlin a trente-huit ans. Il y a vingt ans, sa soeur aînée, Lila, a été assassinée. Quelqu'un a écrit un livre sur l'affaire, ouvrage dans lequel il se targuait d'avoir identifié le coupable: Peter McConnell, alors marié et amant de Lila. Ellie a fini par accepter cette thèse.
Elle est en voyage au Nicaragua pour son travail quand Peter McConnell l'aborde. Il jure être innocent. D'ailleurs, la police n'a jamais eu de preuves contre lui. Bien qu'elle s'en défende, les certitudes d'Ellie s'effondrent. Et s'il avait raison?

Critique:
Ce roman est d'abord le portrait de deux soeurs. Elles sont dissemblables, et selon Ellie, n'auraient sûrement pas été amies si elle n'avaient pas appartenu à la même famille. Leur différence ne faisait nullement obstacle à leur entente, et parfois, l'une ouvrait son monde à l'autre. Cette différence est résumée dans les branches, radicalement opposées, dans lesquelles elles s'illustrent. Lila était passionnée de mathématiques; Ellie travaille dans le café, et même si elle aime ce qu'elle fait, elle n'a pas d'ambition.

Lila est forcément quelque peu magnifiée. Son souvenir empêchera certains de vivre, donnera à d'autres la force d'avancer en pensant à elle. Il ressort de l'enquête et des introspections d'Ellie que sa soeur était tout simplement humaine.
J'ai apprécié que l'auteur n'en fasse pas trop au sujet de la disparue, qu'elle fasse la part des choses, que Lila ne soit pas parfaite aux yeux de tous, que notre héroïne accepte que sa soeur soit faillible.

Ellie est moins charismatique, plus ordinaire que sa soeur, mais c'est à elle que va ma préférence. Sûrement parce qu'il m'a été plus facile de m'identifier à elle. J'ai compris ses failles, ses doutes, et même son apitoiement sur elle-même.

Michelle Richmond soulève une question délicate: le bouleversement causé par quelqu'un qui s'approprie votre vie pour en faire un roman. Faisant cela, elle met le lecteur en face d'une réalité quelque peu déplaisante: il se délectera de livres écrits à partir de faits réels, cela excitera son voyeurisme, mais pense-t-il vraiment à ce que cela fait aux personnes concernées? Bien sûr, les choses sont différentes lorsque l'ouvrage a été écrit par l'un des acteurs des faits. Il n'en reste pas moins que la plupart des lecteurs ne pourront qu'avoir une attitude malsaine, même lorsqu'ils s'efforceront de penser sincèrement aux personnes dont les vies furent détruites.
Dans le cas présent, outre la famille de Lila, il ne faut pas oublier Peter McConnell. Qu'il soit coupable ou non, l'opinion publique le condamne à cause de suppositions émises à la va-vite en partant de preuves qui ne sont pas solides. Il va de soi que je n'aime pas Thorpe, le personnage égoïste qui écrivit le livre relatant l'affaire Lila. Il évolue quelque peu au long du roman, mais il semble toujours être en train de calculer ce qu'il pourra obtenir en échange de ceci ou cela. Je l'ai trouvé faux jusqu'à la fin, imaginant très bien ses arrière-pensées.

Ellie lit le livre écrit par Thorpe. Il est très intéressant de voir comme elle démonte les mécanismes de l'écriture à travers son analyse du roman. Thorpe restera un écrivaillon, malgré son succès. En effet, même après des heures d'entretien avec Ellie, il ne parviendra pas à saisir ce qu'étaient les deux soeurs, et encore moins les autres personnes qu'il évoque.

Vous l'aurez compris, pour moi, l'aspect énigmatique de l'ouvrage passe au second plan. Cela ne veut pas dire que la romancière a créé une «enquête» bâclée. C'est un moyen de faire s'exprimer différents personnages, et c'est bien exploité. L'enquête est linéaire, mais cela ne m'a pas gênée, car j'ai trouvé intéressant de découvrir ceux qu'interrogeait Ellie. Michelle Richnond propose plusieurs pistes. C'est une ficelle qui peut être lassante, mais qui ne l'est pas ici, parce que les suppositions ne durent pas, et qu'elles sont sources d'exploration de la psychologie des personnages. En outre, la solution n'est ni bâclée ni incongrue.

La narratrice ne cesse de louvoyer entre son présent et son passé. Cette structure me dérange souvent, mais elle est adaptée à l'histoire et à ses personnages. Une histoire contée de manière linéaire aurait paru artificielle.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été offert par les éditions Buchet-Chastel

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