Auteur : Rendell Ruth

Fil des billets - Fil des commentaires

jeudi, 22 février 2018

Regent's Park, de Ruth Rendell.

Regent's Park

L'ouvrage:
Mary quitte son petit ami, Alistair. En attendant de trouver où loger, elle doit garder la maison d'un couple âgé qui part en voyage. Il y a peu, la jeune femme a fait un don de moelle osseuse. Elle va être mise en contact avec le bénéficiaire.

Critique:
Ce roman m'a plu. La façon de faire de Ruth Rendell m'a un peu rappelé «La maison du lys tigré». Ce n'est pas du tout la même histoire, mais dans les deux romans, on rencontre des gens dans leur quotidien, et ils se croisent au hasard des événements. Ici, il y a plusieurs meurtres, et ils commencent assez vite. Les protagonistes en sont plus ou moins touchés. Le lecteur considère tout ce petit monde, et se demande si le coupable (surnommé «l'empaleur») est parmi eux... Quant à moi, mes hypothèses se sont révélées fausses, ce qui m'a plu. En revanche, je n'ai pas vraiment compris le mobile du tueur. Il a été marqué par quelque chose de traumatisant, mais pourquoi ses victimes sont-elles celles-là? Qu'est-ce qui a poussé «l'empaleur» à en arriver là? Il y a des demi-explications, mais cela m'a paru un peu mince.
L'intrigue est lente, mais cela ne m'a pas gênée pour les mêmes raisons que dans «La maison du lys tigré». Outre les meurtres, de petites énigmes jalonnent le récit. Les personnages participent, consciemment ou non, à leur résolution.

Certains sont antipathiques, comme Alistair. Il est très casse-pieds. Je me suis demandé assez tôt s'il n'était pas dangereux. D'autres sont sympathiques, mais une part d'eux met mal à l'aise. Je pense à Bean. Son amour et son respect des animaux le rendent aimable au lecteur, mais d'autres pans de sa personnalité sont déplaisants. On me dira qu'il fait ce qu'il peut dans un monde où l'existence n'est pas rose pour lui. Certes, mais j'ai été agacée, entre autres, par son acharnement concernant l'homme aux clés.

Roman est attachant. Il a une manière particulière de faire son deuil, mais après tout, pourquoi pas? Contrairement à d'autres, il ne nuit à personne, et tente (inconsciemment, au départ) de se reconstruire.

Mary est appréciable, mais a des côtés agaçants. C'est une bonne chose qu'elle ne soit pas parfaite. Par exemple, elle m'a semblé trop coulante face à Alistair. J'admets que je suis sévère, car il n'est pas aisé de se débarrasser de ce genre de personnes. J'ai aussi trouvé qu'elle faisait trop vite confiance à Léo. En tant que spectatrice extérieure, quelque chose me déplaisait chez lui. Là encore, Mary ne peut être totalement blâmée puisqu'elle était impliquée, et qu'il n'y avait que de minuscules signes d'étrangeté.

Quant à Carl, il éveillera des sentiments contradictoires chez le lecteur. Qu'aurions-nous fait à sa place?...

Mary travaille au musée Irène Adler. Cela fait que la romancière parle d'une nouvelle de Conan Doyle. Je l'ai lue, et en ai un vague souvenir. Je ne me doutais pas que la femme qui y est décrite avait pris une telle importance... Il est vrai que Sherlock Holmes est très apprécié de beaucou de lecteurs, et que de ce fait, Irène Adler (seule femme qui l'ait vraiment touché) intéresse forcément davantage les passionnés que les héros d'autres nouvelles.

Éditeur: Calmann Lévy.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Françoise André pour la Ligue Braille.
J'ai apprécié cette interprétation. La lectrice n'en fait pas trop. J'ai également aimé qu'elle ne tente pas de prendre un accent pour les noms propres.

Acheter « Regent's Park » sur Amazon

jeudi, 4 janvier 2018

On ne peut pas tout avoir, de Ruth Rendell.

On ne peut pas tout avoir

L'ouvrage:
1990.
Ivor Tesham, politicien ambitieux, décide d'offrir un cadeau d'anniversaire spécial à Hebe, sa maîtresse. Les choses tournent mal, et Hebe meurt dans un accident de voiture, dont les circonstances sont suspectes aux yeux de ceux qui ignorent quel était le cadeau d'Ivor. Par peur d'un scandale qui ruinerait sa carrière, celui-ci tait son implication à la police.

Critique:
Je craignais que ce roman parle beaucoup de politique. Heureusement pour moi, dès le chapitre 1, le narrateur (Rob, le beau-frère d'Ivor) explique qu'il n'y connaît rien, et ne dira que ce qui est nécessaire pour la compréhension de l'histoire.

Je trouve habile de la part de l'auteur d'avoir choisi un narrateur qui n'est pas le principal impliqué. En effet, on se prend de sympathie pour Rob, alors qu'Ivor, même si on peut le comprendre, inspire plutôt de la méfiance, et parfois, de la répugnance. Il est donc confortable d'apprécier le narrateur et sa femme qui expriment des sentiments et des émotions auxquels on s'identifie.

Les personnages sont creusés. Rob parsème son récit de ses considérations quant aux événements, ce qui fait qu'il n'est pas un conteur effacé dont on ne sait rien (comme c'est le cas dans d'autres romans). Son récit alterne avec le journal de Jane (l'amie d'Hebe) dont il a pu avoir une copie.
Jane est très intéressante. À son égard, j'ai oscillé entre compassion et aversion. On la plaint parce qu'on comprend qu'elle a développé des névroses et des obsessions à cause de sa solitude et de sa mésentente avec sa mère. On comprend très vite son but, surtout dû au fait qu'elle enviait Hebe qui avait la chance d'être aimée et piétinait cet amour.

Quant à Ivor, il évolue au cours du roman. Les épreuves et sa façon d'y réagir font qu'il se remet en question. En outre, sa rencontre avec une certaine personne et la manière d'être de celle-ci achèvent sa prise de conscience. Cela fait que le lecteur éprouvera divers sentiments envers lui.

Rien ne traîne. De plus, je n'ai rien prévu. J'étais toujours dans l'expectative. J'ai entrevu certaines choses concernant Jane, mais cela ne m'a pas gênée.

Un bon roman psychologique à suspense!

Éditeur: Éditions des Deux Terres.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Yves Vanmeenen pour la Ligue Braille.
J'ai été contente de retrouver ce lecteur que j'apprécie beaucoup. Comme d'habitude, son interprétation était bonne: vivante, mais pas exagérée. Je regrette que vers la fin, il se soit mis à faire un accent anglophone marqué pour certains noms propres.

Acheter « On ne peut pas tout avoir » sur Amazon

jeudi, 16 novembre 2017

La maison du lys tigré, de Ruth Rendell.

La maison du lys tigré

L'ouvrage:
Stuart Font, jeune et insouciant, profite de sa toute récente indépendance. Vivant au jour le jour, il songe davantage à fréquenter Claudia (une femme mariée) qu'à chercher un travail. Son projet actuel est sa pendaison de crémaillère, à laquelle il a invité ses voisins.

Critique:
Ce roman m'a plu. Pendant une grande partie, je n'ai pas su où l'auteur allait. J'entrevoyais bien certaines choses, mais sans trop pouvoir les assembler. Le récit est un peu lent, mais je ne me suis pas ennuyée, car la romancière plante un décor, présente des personnages. J'ai lu des chroniques: certains ont trouvé cela brouillon et poussif, au contraire de moi. J'ai bien aimé rencontrer ces personnages, découvrir leur vie quotidienne et les travers de certains, constater les minuscules interactions qu'il existe entre eux, voir ce que chacun pense des autres... Beaucoup d'entre eux ne sont pas très appréciables. En général, cela me rebute. Ici, cela ne m'a pas gênée. J'avais plutôt l'impression d'être complice avec l'auteur qui, je le pressentais, préparait des tours à jouer à ceux qui me déplaisaient. Du reste, certains m'étaient sympathiques.

À travers Olwen, Ruth Rendell développe le thème de l'addiction à l'alcool. J'ai été étonnée (même si je sais que je n'aurais pas dû) de voir jusqu'où pouvait aller cette femme pour se procurer de la vodka. Progressivement, elle perd la notion des choses, car rien n'est plus important à ses yeux. Cet assujettissement est assez effrayant.

Stuart fait partie de ceux que je n'ai pas aimés. Égoïste, couard, n'hésitant pas à profiter des autres, il me faisait l'effet d'une sorte de parasite. Je souriais lorsqu'il était corrigé par Freddy, le mari de sa maîtresse.

J'ai bien aimé Marius et Rose. Certains les trouveront peut-être un peu niais. Soit, mais cela ne nuit pas aux autres, donc je les ai volontiers excusés.

Le meurtre arrive assez tard. Il est préparé par tout ce qui se déroule avant. J'ai trouvé que c'était assez bien construit. D'abord, on nous montre la vie de personnages, puis l'un d'eux est assassiné. On commencera tout de suite à faire des associations d'idées en se basant sur ce qu'on sait pour trouver le coupable. En général, le genre d'histoires où on cherche l'assassin parmi une dizaine de protagonistes m'agace, mais ici, j'ai aimé connaître les événements précédents. Ayant été familiarisée avec ces personnages, c'est naturellement qu'après le meurtre, je me suis demandé qui avait bien pu le commettre. Les pistes auxquelles j'ai tout de suite pensé m'ont paru trop faciles. J'ai été contente de ne pas découvrir le meurtrier avant que l'auteur ne le dévoile.

J'ai lu une chronique dont l'auteur se plaignait que ce roman ne soit pas aussi palpitant à ses yeux que ceux mettant en scène l'inspecteur Wexford. N'aimant pas ces romans (je les trouve trop classiques), j'en conclus que l'auteur de cette chronique et moi sommes d'accord sur un point: si vous aimez les Wexford, il y a des chances que vous n'aimiez pas «La maison du lys tigré», et vice versa.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Christine Dufaillé pour le GIAA
Ayant entendu le nom de la lectrice et ne l'ayant pas vu écrit, il se peut que je l'aie involontairement estropié. Si c'est le cas, j'en suis désolée.

Acheter « La maison du lys tigré » sur Amazon

jeudi, 21 septembre 2017

L'oiseau crocodile, de Ruth Rendell.

L'oiseau crocodile

L'ouvrage:
Ève et sa fille (Liza) vivent dans la dépendance de Shrove, le manoir des Tobias. Un matin, Ève réveille Liza et lui dit qu'il est temps pour elle de partir. Désemparée, mais sachant qu'il n'y a pas d'autres solutions, Liza s'en va. Elle rejoint son petit ami, Sean, à qui elle raconte pourquoi elle a dû s'enfuir. Le début de cette histoire remonte à douze ans plus tôt, alors que Liza avait quatre ans.

Critique:
Ce roman m'a plu, pourtant, il contenait des ingrédients propres à m'agacer. D'abord, il y a l'alternance entre le passé et le présent. En général, je trouve cela ennuyeux, artificiel... souvent, cela engendre des répétitions, et les deux parties de l'histoire sont inégales... Pour moi, Ruth Rendell a évité tous ces écueils dans «L'oiseau crocodile». Le plus important n'est pas tellement les meurtres. Si on rassemble habilement les éléments, on en a la clé presque dès le début. Ce qui compte, c'est la psychologie d'Ève et de Liza. Le récit est lent, mais cela n'est absolument pas gênant, car chaque page enrichit l'image que le lecteur a des deux femmes. L'une ne peut sortir d'une idée fixe, idée renforcée par une chose qu'elle a vécue; l'autre découvre que la vie n'est pas contenue dans le manoir de Shrove. Liza fascine à cause de la manière dont elle a été élevée. Sa façon de s'adapter au monde qui l'entoure dans le présent est parfois déconcertante. Par exemple, cela ne la dérange pas d'aller prendre frauduleusement un bain dans un hôtel. Elle a besoin d'être propre, et pour elle, cela passe avant tout.
À travers Liza, l'auteur soulève certaines questions. Est-on préconditionné par son éducation? Peut-on se libérer d'un carcan qui pousserait à ne reproduire que ce qu'on connaît? Elle y répond concernant Liza, mais elle montre aussi que tout dépend du caractère de la personne. En effet, la question pourrait aussi se poser pour Ève. On me rétorquera qu'elle a dû faire face à quelque chose de plus traumatisant que Liza. Certes, mais il semble que plus le temps passe, plus elle s'enfonce. Si on la comprend au début, son évolution est assez inquiétante.

Les situations décrites dans ce roman pourraient susciter des débats passionnants...

Éditeur: Calmann Lévy.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Éric Amesse pour la Ligue Braille.

Je pense que ce lecteur n'enregistre plus de livres. J'ai bien aimé son interprétation. Il fait ce qu'il faut. J'ai trouvé dommage qu'il tente de faire le «r» anglophone pour certains noms propres. On voit bien que cela ne lui est pas naturel.

Acheter « L'oiseau crocodile » sur Amazon

lundi, 4 avril 2016

Et l'eau devint sang, de Ruth Rendell.

Et l'eau devint sang

L'ouvrage:
Il y a treize ans, Guy, le mari de Beatrix, s'est noyé dans son bain. Beatrix et sa fille (Ismay, quinze ans à l'époque) ont toujours soupçonné Heather (l'autre fille de Beatrix, treize ans à l'époque) d'en être responsable. Guy était le beau-père des deux adolescentes depuis peu. Elles n'en ont jamais vraiment parlé toutes les trois. Cette idée étant rongé Beatrix qu'elle en est devenue folle. Quant à Ismay, elle serait prête à se taire à jamais, mais ses scrupules sont ravivés par le fait qu'Heather commence à fréquenter un homme: Edmund. La relation devenant sérieuse, Ismay pense qu'elle ne peut pas laisser les choses aller plus loin sans prévenir Edmund. Mais le prévenir de quoi, au juste

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. Pourtant, Ruth Rendell reprend des choses déjà vues. Cependant, ici, elle le fait de manière subtile. Elle prend le temps de nous présenter ses personnages et leur situation. Elle parvient à rendre ces petites histoires de famille passionnantes en les entourant d'une ambiance particulière. Même si on a envie de secouer Ismay qui ne fait qu'hésiter, qui ressasse la noyade de Guy. On comprend que ces souvenirs soient à la fois douloureux et inoubliables. Ismay les exhume, et petit à petit, le lecteur comprend à quel point chacune des deux soeurs était impliquée. Treize ans après, dans le secret de son coeur, Ismay s'autorise à penser pourquoi elle-même pourrait être (d'une certaine manière) coupable de cette noyade. À force de ressasser, elle admet sa responsabilité dans le ballet qui s'est joué. Elle reconnaît que son mal être et la folie de sa mère viennent de ces non-dits, de ces non-explications qui les rongent, grignotant peu à peu leur raison, leur vie, s'insinuant partout, phagocytant leurs moindres gestes. Ismay semblait prête à le supporter, mais les événements récents la replongent dans l'abîme des questions.
D'autre part, la vie sentimentale d'Ismay est un désastre. La jeune femme le sait, et pourtant, elle ne peut s'empêcher d'agir de la manière qui lui sera le plus néfaste, à terme. Ce genre de choses me fascine. Cela arrive très souvent, et pourtant, c'est toujours dur à comprendre pour quelqu'un d'extérieur.

Les autres personnages sont également captivants. À travers l'intrigue, ils sont confrontés à certains pieds-de-nez du destin. Par exemple, la manière dont la cassette d'Ismay est récupérée par un personnage, et le fait que ce personnage sache justement à qui il est fait allusion sur cette cassette, est assez extraordinaire. Cela pourrait être quelque chose de très gros, mais l'auteur a su le préparer. En outre, ce qui en découle relance la tension.
Cet événement est loin d'être le seul qui relance l'intrigue. Pour donner un autre exemple, le lecteur se doute rapidement de ce que va penser Ismay après ce qui arrive à Eva. Savoir une chose avant les personnages engendre souvent des lenteurs. Ici, cela ne m'a pas paru long, car je me laissais porter par l'histoire, la psychologie des personnages... D'une manière générale, j'ai trouvé le tout très réussi.

J'ai aimé le parallèle que fait l'auteur entre Marion et Fowler. Chacun est un parasite, mais ils ne jouent pas dans la même cour. Le lecteur en vient à préférer Fowler qui n'use pas d'autant d'artifice et de fourberie que Marion.

Il y aurait encore beaucoup de choses à dire sur ce roman, notamment sur la fin...
Une intrigue qui se construit lentement, mais de manière implacable. Des personnages très bien analysés (entre les bassesses de certains, les faiblesses des autres; l'égoïsme des uns, l'abnégation des autres...

Éditeur: Éditions des Deux Terres.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Nadine Maugie pour l'association Valentin Haüy.
La lectrice a une voix très agréable, une diction soignée. Pour moi, elle a très bien su rendre l'ambiance de ce roman. Elle s'est fondue dans l'intrigue et les personnages, et a mis la dose de jeu nécessaire dans sa lecture, en veillant à ne pas en faire trop. Comme je pinaille, je regrette qu'elle ait tenté de prononcé certains noms propres avec un accent anglophone, d'autant que, semble-t-il, cet accent ne lui est pas naturel. Heureusement, Heather y échappe. Je pense qu'il aurait été très laid qu'elle tente de le prononcer à l'anglophone.

Acheter « Et l'eau devint sang » sur Amazon

- page 1 de 3