Les vaches rouges ou un dernier amour

L'ouvrage:
La narratrice est une vieille dame. Elle est actuellement dans une maison de retraite. C'était encore la solution la moins risquée pour échapper à la rapacité de sa belle-fille.
Un jour, elle rencontre Valdemar (dit Vova), seize ans. Elle se prend de sympathie pour lui. Elle finira par lui proposer de sortir Cora (sa chienne), moyennant une petite somme. Le jeune homme lui rendra d'autres services.

Critique:
Voilà un joli petit livre. Joli parce qu'il renferme une note d'espoir, malgré certaines choses difficiles dont il fait état.

La narratrice est d'emblée sympathique au lecteur. Elle se raconte sans se plaindre. Malheureusement, son histoire est banale, et elle parvient à attirer la sympathie et à provoquer l'indignation du lecteur en peu de mots.
Ensuite, à travers son récit, on découvre une personne sensible, qui sait que le temps passe sur elle, qui tente de se faire une raison... Elle déplore le fossé entre les générations, se plaint parfois des bandes de jeunes, mais n'en est pas aigrie. Après tout, c'est sa voisine qui fait marcher sa télé jusqu'à une heure du matin.
Elle met en avant l'espèce d'indifférence amusée dont font preuve certains quant à la déchéance des personnes âgées. L'exemple le plus frappant est sûrement celui de la coiffeuse dont le premier mouvement est de rire d'un incident, ce qui rend la narratrice furieuse. Il est vrai qu'on pourrait commencer par rire, à l'instar de la coiffeuse, mais à y bien réfléchir, rien n'est drôle, là-dedans...

Quant à ce qu'elle raconte de l'histoire de Vova, elle ne s'attarde pas en larmoiements. Elle en dit assez pour que le lecteur compatisse, et puisse imaginer la vie du jeune garçon et de sa famille.

Le récit est également une sorte d'énigme à plusieurs faces: on s'interroge, et on découvre petit à petit la narratrice et Vova. L'auteur fait subtilement appel à l'esprit critique du lecteur. Elle raconte les faits, mais il y a aussi des rumeurs, le passé de Vova. C'est au lecteur et à la narratrice de se faire leur opinion, en tentant d'être neutres et objectifs.
Ensuite, il y a de petites choses que j'aurais dû deviner, mais qui m'ont surprise., ce qui veut dire que l'histoire est bien racontée.

Le prologue renforce l'énigme. Il fait état de quelque chose qui se passe à la fin. Puis, le récit de la narratrice va l'expliquer. En général, je n'aime pas les livres structurés ainsi. Pourtant, ici, cela ne m'a pas gênée, parce que c'est fait de manière plus subtile et plus intelligente que dans les romans où j'ai trouvé ce genre de structures.

Un livre sympathique, qui ne laissera pas indifférent. À lire.

Éditeur: Buchet-Chastel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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