Imposture sur papier glacé

L'ouvrage:
Bérengère de Cabrière est rédacteur en chef pour le magazine people Superstar. Elle a obtenu ce poste par hasard, et sans vraiment le vouloir. Alors qu'elle s'étourdit dans le tourbillon d'une vie survoltée, son petit ami, Victor, la quitte pour une femme moins belle et plus âgée. Peut-être est-ce l'heure d'une remise en question.

Critique:
J'avoue que je m'attendais à un roman où l'auteur tenterait péniblement d'être drôle, et où tout serait invraisemblable. Il n'en est rien.
Ce livre est très amusant, mais il faut le prendre au deuxième degré, sinon, on n'a plus qu'à se pendre! En effet, il fait étalage de l'artifice, du paraître, de l'incompétence. Bérengère est la première à clamer haut et fort qu'elle délègue au maximum, et profite à fond des avantages que lui donne sa place. Elle est la première à reconnaître qu'elle est une imposture, comme le titre l'indique, que sa chance vient de ce qu'elle sait envoyer de la poudre aux yeux, et que sa surenchère dans l'étrange et le déjanté fait que le magazine se vend. Il vaut donc mieux s'amuser de cet état des choses, tout en espérant qu'il y aura quand même un retour de bâton...
D'un autre côté, je pense que ce genre de choses est possible, quand on voit la ribambelle de personnes incompétentes qui existe. Combien de fois me suis-je questionnée: comment untel ou unetelle a pu obtenir le poste qu'il ou elle occupe en étant à ce point incapable de l'assumer? L'assurance insolente de Bérengère, et le fait qu'elle ait réussi à sauvegarder sa place pendant quatre ans ne doit donc pas être si étonnant.
Par ailleurs, l'auteur du roman exagère peut-être un peu.

Il est également gênant de voir ces personnages dépenser sans compter, se comporter de manière légère, insouciante, superficielle... Bérengère, qui nage avec bonheur dans ce monde où le luxe est roi, reconnaît elle-même que, par exemple, le prix de ses chaussures suffirait à nourrir plusieurs familles pauvres pendant un mois. Si cet aspect des choses est dérangeant, il est, malheureusement, assez vraisemblable. L'auteur le pointe du doigt, et montre bien, par l'étalage qu'elle en fait et par les réflexions de Bérengère, que cela ne devrait pas se passer ainsi.

Catherine Rambert observe ce microcosme d'un regard acéré, et enrobe ses remarques au vitriol d'une bonne dose d'humour. Entre causticité et dérision, voilà un livre bien pensé, qui touche du doigt ce qui fait mal.
On m'objectera que certaines scènes sont un peu faciles, comme la scène où Bérengère se venge du départ de Victor, ou encore celle où elle est dans son bureau, que Jean-Guy lui fait son numéro, et où elle finit par lui balancer ses escarpins dessus. Idem pour ce qui se passe à partir du moment où Bérengère fréquente un autre homme. Soit. Mais ce genre d'humour facile est divertissant, et il est à sa place dans l'intrigue et l'ambiance du roman.

Le lecteur finira par se prendre de sympathie pour l'insupportable Bérengère qui, malgré ses défauts, se montre lucide quant à sa condition et quant au monde dans lequel elle gravite. Tout en la blâmant, le lecteur ne pourra s'empêcher de se demander ce qu'il ferait à sa place. On aime penser qu'on aurait une conscience plus développé, mais rien n'est sûr.

Un bon moment où l'artifice et le paraître sont analysés de manière assez pertinente, malgré une légèreté apparente.

Je ne finirai pas cette critique sans vous livrer l'une des pensées profondes de Bérengère:
«Ne jamais, JAMAIS prendre les lecteur pour des cons. Ça, non! Mais ne jamais, JAMAIS perdre de vue qu'ils le sont.»

Éditeur: éditions numéro 1.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Leela Wendler pour la Bibliothèque Braille Romande.
La lectrice a une voix agréable, et a su interpréter ce roman comme il le fallait. Dans ce royaume de l'artifice, elle a su jouer vrai.

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