L'arbre des pleurs

Note: Ne lisez pas la quatrième de couverture: elle en dévoile trop.

L'ouvrage:
1983.
La famille Stanley habite dans la petite ville de Carlton, Illinois. C'est alors qu'on propose à Nathan Stanley un poste de shérif-adjoint à Blaine, dans l'Oregon. Malgré les réticences d'Irène, sa femme, Nathan accepte le poste, et la famille déménage.

1985.
Un cambriolage tourne mal au domicile des Stanley. Chep, le fils de la famille, est assassiné.
Le meurtrier, Daniel Robbins, est arrêté. Après un procès, il est condamné à la peine de mort. Mais tout ne fait que commencer.

Critique:
Voilà un des rares livres auxquels je ne reprocherai rien. Un beau roman qui bouscule les préjugés, qui met en évidence les choses dans toute leur horreur, toute leur simplicité, toute leur nuance, mais aussi, leur manichéisme. Il s'attache justement à expliquer que dans l'histoire contée, rien n'est tout blanc ou tout noir, faisant ressortir le côté tranché de certaines choses. L'auteur pousse son lecteur à réfléchir sérieusement à certains thèmes: le pardon, la tolérance, les torts de chacun dans une série d'événements, ou comme le dit Daniel, la succession d'erreurs commises par plusieurs êtres humains. Ce roman montre des personnages que les événements et leur conscience obligent à se dévoiler, à se livrer, à se mettre à nu. Chacun analyse et réagit par rapport à son vécu, à ses expériences, et tente d'être objectif, sans y parvenir tout à fait. C'est également ce que fera le lecteur.
Après tout ce que les personnages traversent, après les différents stades par lesquels ils passent, il faut voir l'espoir qui émane de ce roman. Malgré tout, certaines choses positives sortiront de ces épreuves.

Le style est clair, précis. L'auteur va à l'essentiel. Elle ne s'embarrasse pas de fioritures.
Quant à l'intrigue, elle est aussi importante et complexe que les personnages. Il y a une chose que j'aurais dû comprendre plus tôt, étant donnés tous les indices dont l'auteur jalonne son roman. La personne qui m'a enregistré le livre l'a tout de suite deviné.

L'auteur créé des personnages plus vrais que nature. On les comprend, on s'identifie à eux.
Irène est certainement le personnage le plus riche du roman. À travers ses crises de désespoir, sa lutte perpétuelle pour maintenir un semblant d'existence, ses colères, son désir de justice, ses réflexions, le lecteur la voit évoluer, admire sa remise en question, son cheminement, et le courage de ses décisions. Il est terrible de dire que la souffrance rend certains plus grands, mais c'est ce qui arrive à Irène. C'est ce qui arrive à d'autres personnages (Daniel, Bliss, Tab, et même Nathan), mais Irène est celle qui l'illustre le mieux.

Bliss est également attachante. Lorsqu'elle est adolescente, elle se place entre ses parents comme un contraste, un point d'interrogation, une promesse d'avenir. Son besoin d'avancer ne veut pas dire qu'elle a oublié son frère, mais qu'elle a compris qu'elle doit tourner la page, et que si elle ne veut pas s'étioler, il lui est nécessaire d'évoluer.
Ensuite, le lecteur suivra avec intérêt le cheminement de Bliss, guidé par ce qui lui arrive, ce qu'elle apprend.

Que dire de Tab Mason? Sa souffrance, au lieu de l'aigrir, de le rendre amer, l'a fait réfléchir, analyser les situations avec tolérance et sagesse... sauf après l'une de ses conversations avec Daniel. C'est la seule fois où il réagit de manière impulsive, et pense à quelque chose de mal. Cette pensée lui vient en premier bien évidemment à cause de son passé.

J'ai eu plus de mal à apprécier Nathan. Lui aussi, au long du livre, évolue. Il a toujours fait ce qu'il croyait être bien. Pourtant, je ne suis pas parvenue à le comprendre, à admettre sa façon de penser.

Je ne peux évoquer le personnage de Daniel Robbins sans dévoiler trop de moments clés de l'intrigue. Sachez seulement que lui aussi est complexe.

L'auteur tente de démontrer qu'on peut plus facilement se débarrasser du poids du malheur en pardonnant. Le pardon soulage celui qui l'accorde. Je comprends cette façon de penser. Mais je sais aussi qu'il y a des êtres qui ont commis des actes qu'on ne peut pas pardonner. Par exemple, pour moi, la mère de Tab est absolument inexcusable.

Remarques annexes:
Une chose est sûre, je ne pourrai plus entendre «Douce nuit» sans penser à ce roman. Ce chant de Noël n'est cité que trois fois. Les deux dernières fois, outre les instants chargés d'émotion dans lequel on le retrouve, le lecteur comprend ce que cela représentait pour les deux personnages qui l'évoquent, à dix-neuf ans d'intervalle.

Je mets le même soin que Tab à éplucher mes mandarines. Pas pour les mêmes raisons, mais c'est vrai que faire cela de façon aussi méticuleuse peut être une manière de se poser, de réfléchir...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été offert par les éditions L'archipel.

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