Auteur : Py Aurore

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jeudi, 14 juin 2018

Les fruits de l'arrière-saison, d'Aurore Py.

La

L'ouvrage:
Septembre 1935.
Le soir du mariage de Pierre Catlan, la famille ignore encore qu'un drame se joue. Il obligera certains de ses membres à prendre une route inattendue, à remettre des pans de leur vie en question.

Critique:
Je me méfie un peu des romans du terroir, parce que beaucoup me paraissent un peu mièvres. Ayant aimé les deux autres livres d'Aurore Py, j'ai voulu lire celui-là. Je n'ai pas été déçue. J'ai très vite plongé dans l'histoire de cette famille aimante et soudée, dont les membres ont parfois du mal à communiquer. En fait, je pense surtout à Marie qui, par peur, et n'ayant pas toutes les données en main, n'a pas pu prendre la mesure de la situation dans laquelle elle se trouvait. J'ai compris que par la suite, elle culpabilise, mais aussi en veuille à ceux qui lui avaient caché l'essentiel. Même si la dissimulation n'était pas une mauvaise intention, elle montrait un manque de confiance. D'un autre côté, j'ai compris la peur du personnage qu'un rejet aurait brisé.

J'ai beaucoup apprécié Pierre qui est plus complexe que ce qu'on croit au départ. Si l'esprit de sacrifice dont il fait preuve au début peut être agaçant, la suite révèle que rien n'est aussi simple. Plus tard, j'ai eu l'impression que ce pauvre Pierre n'avait pas vraiment le droit d'être celui qu'il voulait, que chacun le renvoyait vers ce qui le rebutait. Bien sûr, il est normal que sa famille agisse ainsi, mais j'ai été frustrée pour lui, car il se rend compte qu'il s'est trompé de chemin au départ, et qu'il est trop tard pour en changer. Cela fait qu'il est parfois rude envers un personnage...

Je n'ai pas apprécié Louise. Pourtant, elle n'est pas méchante. Elle s'est mariée avec certaines espérances, et a été déçue. Extérieurement, on a l'impression qu'elle veut briser la belle entente familiale, mais elle veut surtout sa place. Elle se rend compte que son mari n'a pas les mêmes rêves qu'elle, ce qui la rend amère et méprisante. Je ne l'ai pas appréciée, mais je tentais, au long de ma lecture, de me mettre à sa place. Que ferais-je si mes espoirs étaient déçus? Si j'avais sans cesse l'impression qu'on me tourne le dos? Si je me sentais incomprise?

Emma m'a un peu agacée, parce qu'à trop vouloir préserver sa liberté, elle paraissait parfois ridicule. Elle était simplement maladroite. Du reste, on comprend qu'elle tienne à ne pas être assujettie. Lorsqu'elle et François exposent certains aspects de la loi, cela fait frémir. Il est judicieux que la romancière rappelle qu'à cette époque, la femme avait si peu de droits. D'autre part, les revendications d'Emma donnent lieu à deux scènes à la fois graves et drôles: celles du contrat de mariage.

Tous ces personnages montrent que rien n'est jamais tranché. C'est là le talent d'Aurore Py, qui fait en sorte que ses protagonistes aient de l'épaisseur, qu'on s'identifie facilement à eux, etc.

J'ai aimé l'ambiance souvent chaleureuse de la ferme. Chacun semble y trouver sa place, être apprécié pour son travail et ses qualités humaines, donner le meilleur de soi-même.

Je n'ai pas aimé la fin. Elle n'est ni bâclée ni incohérente, mais je n'aime pas ce qu'il s'y passe. Heureusement, l'auteur m'a dit qu'elle était en train d'écrire la suite. J'espère qu'elle sortira vite, car après, il faut qu'elle sorte en audio (ce qui n'est pas sûr) pour que je puisse la lire.

Éditeur: Marivole.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Fernande Larsille pour la Ligue Braille.

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lundi, 19 mars 2018

L'art de vieillir sans déranger les jeunes, d'Aurore Py.

L'art de vieillir sans déranger les jeunes

L'ouvrage:
Deux ans après le début de sa retraite, Adèle, ancienne gériatre, entre dans l'EHPAD Saint-Jacques, entraînant avec elle son amie, Béatrix. Étant sans attaches, Adèle a préféré entrer dans cet établissement tant qu'elle avait encore toute sa tête. Les liens qu'elle crée et le fait que l'existence est un peu ennuyeuse lui donnent une idée qui, normalement, devrait améliorer la vie de chacun.

Critique:
Après avoir beaucoup aimé «Lavage à froid uniquement», j'ai été ravie de pouvoir lire ce roman. J'ai vraiment apprécié ne pas savoir où j'allais. En effet, Adèle nous raconte sa vie passée et présente, mais pendant presque tout le roman, on ne sait pas où elle va nous mener. Je ne me suis pas du tout ennuyée. Si on ne sait pas où on va quant aux événements, c'est la même chose concernant le ton du roman. Cela commence de manière caustique: un nouvel aide-soignant est embauché et va subir le bizutage mis au point par Adèle et ses amis. Par la suite, Aurore Py ne tente pas de faire uniquement du cocasse, ce qui ne m'a pas gênée. Son roman sonne vrai. Sans en faire trop, elle raconte l'histoire d'une femme qui doit remettre ses certitudes en question, et comprendra qu'il n'est pas toujours bon de trop vouloir aider les autres. Au long du roman, elle va assez loin, et ce qui partait d'un bon sentiment lui fait accomplir des choses pas très sympathiques. À ce moment-là, si je l'ai trouvée pénible, je n'ai pas pensé que l'auteur exagérait. Elle présente Adèle comme une femme au fort caractère, capable de s'obstiner dans une mauvaise voie pour, pense-t-elle, obtenir une bonne chose, au final. À un moment, je me suis dit que si je n'avais pas été dans la tête de l'héroïne, et avais uniquement vu ses actes, je l'aurais sûrement prise pour une horrible mégère. Connaître ses pensées fait qu'on se met à sa place, et on ne sait pas jusqu'où on serait allé.
Outre ces mésaventures, Adèle doit envisager certains de ses choix passés sous un autre angle, ce qui ne lui est pas facile. Aurore Py nous montre qu'on peut évoluer et recevoir des leçons de la vie à tout âge.

Autour de la narratrice, gravitent des personnages qui ne laisseront pas indifférent, et contribuent à cette ambiance à la fois drôle et grave. Amalia a de la repartie, de l'humour (parfois un peu grinçant), mais a du mal à vivre au-delà du cocon qu'elle s'est tissé.
Debbie joue avec les limites, et son excentricité est parfois déplaisante.
Thelonious met un peu mal à l'aise, parce que sa façon d'être peut faire rire, mais on éprouve aussi de la compassion pour lui.
Perrine paraît un peu terne à côté de ce petit monde, mais elle est importante, car elle tente de maintenir l'équilibre, quitte à accepter des incongruités. D'autre part, elle sera forcément sympathique au lecteur parce qu'elle pense au bien-être de ses résidents. Nous savons qu'en réalité, dans ce genre d'endroits, c'est très peu le cas.

Lorsqu'elle parle des personnes âgées, la romancière ne donne pas dans le cliché. On rencontre toutes sortes de gens à l'EHPAD Saint Jacques. Souvent, on se rend compte que les relations avec les familles ne sont pas au beau fixe parce que les personnes âgées ne savent pas s'y prendre, et froissent leurs proches, ou bien ont été désagréables leur vie durant. L'auteur ne juge pas (même si certains de ses personnages le font), mais présente diverses situations afin d'expliquer les réactions des uns et des autres.

Comme dans son précédent roman, l'écriture d'Aurore Py est agréable, fluide, pleine d'entrain. Ses protagonistes et ce qui leur arrive nous invitent à réfléchir sur certains points, surtout sur notre manière d'être avec les autres.
Les notes de bas de page m'ont plu parce que ce sont des commentaires, souvent amusants, de la narratrice.

Éditeur: Nouvelles éditions de l'Aube.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Christine Leonardi pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Il m'a plu de retrouver Christine Leonardi. Je me suis dit qu'elle avait sûrement aimé «Lavage à froid uniquement» et avait été contente d'enregistrer «L'art de vieillir (...)». J'ai donc ressenti une petite complicité avec elle. Quant à son interprétation, elle reste égale: pas de surjeu, pas de sobriété soporifique. J'espère que ce roman lui a plu autant qu'à moi.

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lundi, 3 octobre 2016

Lavage à froid uniquement, d'Aurore Py.

Lavage à froid uniquement

L'ouvrage:
Julie a trois enfants dont des jumeaux. L'aîné, Paul, a quatre ans. Voilà donc quatre ans que Julie a cessé de travailler pour s'occuper de ses enfants. Elle se sent parfois submergée, malgré l'aide d'Élodie, la nounou qui, après avoir été au service de Gaël (le frère de Julie) s'occupe maintenant de Paul et des jumeaux quelques après-midis par semaine.
C'est alors qu'en voulant sortir la poussette du cagibi commun aux habitants de l'immeuble, la jeune femme trouve un cadavre. Préoccupée par un indice qui la mêle à cette mort suspecte, elle décide d'enquêter officieusement.

Critique:
Aurore Py signe ici un roman à la fois drôle, grave, et tendre. Bien sûr, la trame pourrait paraître très convenue. L'auteur la rend originale en y apportant beaucoup de fraîcheur. D'abord, son héroïne est sympathique. Elle se débat dans des soucis assez ordinaires pour qu'on s'identifie à elle. En outre, elle tente souvent de prendre les choses du bon côté. Elle a certaines remarques amusantes. Elle est loin d'être parfaite, ce qui la rend attachante. Si l'enquête est intéressante, sa place paraît secondaire. Elle n'est intéressante que parce qu'elle prend place dans la vie de cette famille. Les péripéties qu'elle entraîne font que Julie est contrainte de se pencher sur elle-même, d'examiner ses réactions passées, de se rendre compte qu'elle n'a peut-être vu que ce qu'elle a voulu voir.

L'humour ne vient pas seulement de certains traits de l'héroïne. Ce qu'elle nous apprend sur son père paraît cocasse, au début. Bien sûr, il faut voir plus loin. Tout comme l'héroïne, j'ai eu du mal à concevoir qu'il ait fait ce choix. Cependant, à travers l'histoire de cet homme, l'auteur nous apprend à nous débarrasser de nos préjugés. À commencer par ne pas rire de son choix de vie.
Dans un autre registre, il y a Paul. C'est un enfant vif, curieux, et il aime bien raconter plusieurs fois à sa sauce les divers événements qu'il vit. Quant à Léonard, l'un des jumeaux, il est un peu mystérieux, ce qui le rend attachant.

Quelque chose m'a déçue. L'auteur a eu une bonne idée, ses personnages sont vraisemblables et originaux, mais elle gâche quelque peu le tout avec un passage qui, pour moi, affadit un peu la narratrice. Elle finit par faire ce que font certains, et apparemment, cela lui apporte quelque chose, mais j'ai été déçue qu'Aurore Py insère cela dans son histoire. Le reste étant très bien, on va dire que c'est un accident de parcours...

Tant qu'on en est aux reproches, je n'ai pas aimé que Julie dise «les twins» pour parler des jumeaux. Je ne sais pas si c'est pour faire plus enlevé, mais je déteste cette propension à mettre des mots anglais alors qu'il n'y en a pas besoin.

Quant à l'enquête, elle a beau être banale, elle n'est pas poussive. La romancière ne passe pas son temps à émettre un milliard d'hypothèses. Il y en a quelques-unes, mais elles agrémentent le récit au lieu de l'alourdir. Lorsqu'on finit par connaître le fin mot de l'histoire, une question se pose: comment agir à la place ce Julie? Et à la place du personnage qui lui apprend la vérité?

Éditeur: Éditions de l'Aube.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Christine Leonardi pour la Bibliothèque Sonore Romande.
J'aime beaucoup cette lectrice qui trouve très bien le juste milieu, et n'est jamais ni dans la trop grande sobriété ni dans le surjeu. Je suis toujours contente de la retrouver. Malheureusement pour moi, elle ne lit pas beaucoup de livres qui me tentent.

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