Persécution

L'ouvrage:
1986.
Leo Pontecorvo est accusé de tentative de viol sur Camilla, la petite amie de son fils, Samuel. Camilla est âgée de douze ans.

Critique:
J'attendais peut-être trop de ce roman. Certes, il y a de bonnes choses, mais pour moi, elles sont trop diluées. Par exemple, l'auteur explique comment les faits et certaines photos sont surinterprétés par le magistrat chargé de l'affaire. Par ailleurs, l'avocat de Leo est grotesque, lorsque son client est confronté au magistrat pour la première fois. On se demande s'il veut la perte de Leo (ce qui ne serait pas impossible), ou s'il a eu son diplôme sur un coup de chance.
Enfin, la réaction de l'opinion publique est bien expliquée.

Tout cela est bien exploité, mais c'est noyé dans la masse des retours en arrière. En effet, le livre en foisonne. Ne serait-ce que pour raconter ce qui s'est réellement passé lorsque Camilla a fait un séjour avec la famille Pontecorvo. Ce retour en arrière est d'ailleurs le seul qui soit réellement à propos. Alessandro Piperno commence par dire que Leo est accusé, qu'il a écrit des lettres à l'enfant... Le lecteur s'interroge quant à ces missives. C'est alors que l'écrivain fait le récit de comment Leo en est venu à écrire à Camilla. Si les choses prennent sens, j'ai quand même trouvé que le personnage principal s'était conduit en parfait crétin dans l'histoire. Son attitude n'est absolument pas adulte et encore moins responsable. D'ailleurs il ne l'est pas vraiment tout au long du roman. Il s'en remet à Rachel pour tout ce qui est comptabilité, et ne veut surtout pas en entendre parler. En outre, il agit souvent de manière irréfléchie. Il n'y a que dans son travail qu'il semble être à sa place.

Les autres retours en arrière peuvent être intéressants, car ils le montrent au quotidien avec ses fils, ses parents, ses amis, etc. Cependant, ils m'ont agacées, car ils étaient de trop longues pauses dans le récit. Et puis, le romancier prend beaucoup de temps pour dire certaines choses. Tout cela donne une impression de lent fouillis.
Autre chose m'a gênée: par deux fois (dont une au début du roman), le lecteur dévoile quelque chose d'assez important concernant l'intrigue. C'est dommage. Le lecteur ne sait pas comment cette chose arrive, mais il sait qu'elle va se produire. D'ailleurs, elle est expliquée de manière très sommaire, à la fin. Il ne faut pas s'attendre à quelque chose de très recherché.

D'autre part, je ne me suis attachée qu'aux enfants de Leo et Rachel. Le couple, quant à lui, a commencé par m'amuser un peu pour lentement finir par m'exaspérer. On se demande ce qu'ils font ensemble, ne paraissant être d'accord sur rien, être très différents... Leo n'est pas vraiment fini, il est égoïste, méprisant envers ce qui n'est pas lui... Plus tard, lorsqu'il est en prison, il croit que le pire lui arrive lorsque ses codétenus le bousculent. J'avais envie de lui dire que ce n'est rien comparé à ce qui serait arrivé si on n'avait pas fini par le mettre à l'isolement.
Rachel est pleine de principes dont certains sont un peu lourds. Elle brandit sa prétendue générosité envers les autres, mais agit de manière totalement disproportionnée lorsqu'il s'agit de son mari, à la fin. Outre les retombées que pourraient avoir l'affaire, elle voit là une bonne occasion d'accomplir quelque chose qu'elle souhaitait faire depuis longtemps.

La fin traîne beaucoup L'écrivain y colle un parfum de fantastique qui n'est pas approprié, à mon avis. Par contre, j'ai apprécié le parallèle fait avec «La métamorphose», de Kafka.

Éditeur: Liana Levi.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jacques Zurlinden pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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