À toi

L'ouvrage:
Ernesto et Inès sont mariés depuis plus de dix-sept ans. Un jour, Inès s'aperçoit que son mari a une liaison. Elle décide de le suivre. Elle voit qu'il retrouve sa secrétaire. Cependant, il n'a pas vraiment l'air d'apprécier l'entrevue. C'est alors que l'accident se produit: Ernesto repousse la jeune femme dont la tête heurte une souche. Comprenant qu'elle est morte, Inès prend la fuite.

Critique:
Ce roman est une espèce de guerre des nerfs, une sorte de partie d'échecs dont on ne sait pas, jusqu'à la fin, qui sortira vainqueur. Au départ, j'ai pensé que ce serait une histoire à la Simenon: trop tranquille pour moi. Heureusement, j'ai vite été détrompée: Claudia Pineiro sait jouer du rebondissement. Entre vaudeville, énigme, analyse psychologique, ce petit roman est une réussite. Il me rappelle (au niveau de l'ambiance et de la densité) certains Boileau-Narcejac. Je le verrais adapté plutôt en pièce de théâtre qu'en film.
Certaines découvertes pourraient paraître grosses, mais l'auteur a su les amener. Par exemple, la manière dont Inès découvre avec qui Ernesto va à Rio pourrait être un peu rocambolesque, mais connaissant Inès, il est logique qu'elle aille à l'aéroport apporter la chemise bleue à Ernesto.
Par petites touches, on apprend les tenants et aboutissants du mariage d'Inès et d'Ernesto, et les choses se complexifient.

J'ai apprécié la structure. Certains chapitres sont racontés par Inès, d'autres sont des coups de fille de Lali (la fille du couple), coups de fil par lesquels le lecteur apprend la situation de l'adolescente, et ce qu'elle découvre sur ses parents. Plus tard, il y a quelques moments vus par Ernesto, ce qui éclaire le lecteurs sur certains éléments.

À part Lali, aucun personnage n'est vraiment sympathique. Ernesto semble aimer sa fille, mais elle n'est pas sa préoccupation première. Quant à Inès, je vous laisse la découvrir... Je l'ai trouvée à la fois naïve et machiavélique. Tout au long du roman, elle sait parfaitement ce qu'elle fait. Sa «naïveté» vient de ce qu'elle ne voit pas (ou ne veut pas voir) certaines choses qui semblent évidentes au lecteur. Cela engendre d'ailleurs des moments assez amusants: Inès fait des suppositions saugrenues afin de ne pas penser à la solution qui crève les yeux, même si elle finit par se rendre à l'évidence.
Elle compte beaucoup sur le paraître. Elle se glorifie d'être «la femme d'Ernesto». est très égoïste: non seulement, sa fille est le cadet de ses soucis, mais elle s'arrange pour s'en débarrasser quand elle souhaite être seule avec Ernesto. Elle est également assez pathétique.

Lali est sympathique. Le lecteur éprouvera forcément de la compassion pour elle, tout en souriant de la manière dont ses interventions sont «mises en scène».

Il y a une petite incohérence: Inès entend une conversation téléphonique en décrochant un autre téléphone dans la maison. Or, ce genre de choses n'est pas possible, car cette manipulation est clairement audible pour les personnes qui tiennent la conversation.

Éditeur: Actes Sud.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Ce livre n'est pas forcément facile à lire à voix haute, car la situation est grave, mais souvent, la façon dont elle est exposée est cocasse. Martine Moinat s'en est très bien sortie.

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