Auteur : Picoult Jodi

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lundi, 20 mai 2019

Where there's smoke and Larger than life, de Jodi Picoult.

Where there's smoke and Larger than life

L'ouvrage:
Ce livre se compose de deux nouvelles où on retrouve deux héroïnes de «La tristesse des éléphants». Elles se déroulent toutes les deux avant les événements contés dans le roman.
La première («Where there's smoke») raconte la chute de Serenity (elle évoque cela de manière bien plus brève dans le roman).
La seconde («Larger than life») est un moment de la vie d'Alice, alors qu'elle travaillait au Botswana.

Critique:
J'ai beaucoup aimé ces deux nouvelles. Serenity et Alice sont des personnages très sympathiques, et il m'a plu de les retrouver un peu, et de les côtoyer avant ce qui arrive dans «La tristesse des éléphants».

Si Serenity dit de petites choses qu'elle évoque aussi dans le roman (comme certaines manières de procéder pour que le client lui donne des indices sur ce qu'elle doit dire), elle raconte aussi des choses qui ne sont pas dans le roman. Elle commence par l'histoire du petit garçon qui volait ses affaires. Cette anecdote, me semble-t-il, n'est pas reprise par la suite. De plus, dans la nouvelle, elle raconte l'histoire qui lui a fait perdre son émission télévisée, mais elle parle aussi d'autres événements qui se passent en parallèle.

Quant à Alice, elle nous narre sa rencontre avec un éléphanteau. C'est très intéressant parce qu'elle glisse certains détails concernant le comportement des éléphants (pas autant que dans le roman, bien sûr), et aussi parce que ce genre de récits est toujours très émouvant. C'est à la fin de cet épisode de sa vie qu'Alice découvre quelque chose qu'elle dit dans «La tristesse des éléphants». Je ne dirai pas quoi, mais cette chose m'avait beaucoup marquée, et je n'ai pas eu besoin d'aller la rechercher dans le roman, lorsque je l'ai entendue dans la nouvelle, pour me souvenir qu'Alice l'avait déjà dite. C'est quelque chose qu'il faut absolument savoir si on veut s'occuper d'éléphants. Dans cette nouvelle, j'ai retrouvé tout ce qui m'avait plu en Alice dans le roman, notamment son amour des éléphants. J'aurais quand même préféré que Jodi Picoult ne lui fasse pas vivre une aventure sentimentale. Entre ça et ce qui arrive par la suite, on dirait que cette pauvre Alice est destinée à être toujours déçue sur ce plan-là.
Je ne me souviens plus si, dans le roman, la jeune femme parle beaucoup de ses relations avec sa mère. Dans la nouvelle, il en est beaucoup question.
Il m'a semblé qu'il y avait une incohérence. L'épisode évoqué dans «Larger than life» se passe en 1999. Or, dans «La tristesse des éléphants», Jenna commence à rechercher sa mère en 2010. À ce moment, Alice a disparu depuis dix ans, et Jenna a treize ans. Elle serait donc née en 1997. Pourtant, dans la nouvelle, Alice n'a pas encore rencontré Thomas, et donc Jenna n'est pas encore née...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par les éditions Penguin Random House Audio.
Kathe Mazur a enregistré «Where there's smoke», et Rebecca Lowman a enregistré «Larger than life».
J'aime beaucoup Kathe Mazur, mais parfois, elle m'agace parce que sa voix est trop murmurante. On dirait qu'elle se retient. Ici, tout comme dans «La tristesse des éléphants», cela n'a pas été le cas: elle lisait assez fort, tout en adoptant les intonations qui convenaient.
Rebecca Lowman fait partie de mes comédiens préférés. Ici, elle n'a pas démérité, à mon avis.

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lundi, 30 octobre 2017

Small great things, de Jodi Picoult.

Small great things

L'ouvrage:
Voilà vingt ans que Ruth Jefferson (quarante-quatre ans) est infirmière dans le service néonatal d'un hôpital du Connecticut. Un jour, les Bauer demandent que leur fils soit suivi par une autre infirmière qu'elle. Ils sont blancs, et détestent tous ceux qui ne le sont pas. Ruth est noire.
Les choses se compliquent lorsque le fils des Bauer est pris de difficultés respiratoires alors que Ruth est seule dans la nurserie. Elle n'a pas le droit de toucher l'enfant, mais peut-elle le laisser comme si de rien n'était?

Critique:
Je trouvais que Jodi Picoult s'essoufflait. J'ai été ravie de constater que «Small great things» était au niveau de mes préférés d'elle: «Sing you home», «Handle with care», «À l'intérieur».

Elle aborde avec finesse la question du racisme. Elle montre plusieurs facettes de la chose. Il y a d'abord Turk et Britney Bauer, racistes déclarés, qui ne comprennent pas qu'une personne ne se définit pas par la couleur de sa peau. Mais il y a d'autres formes de racisme plus sournoises: des préjugés fortement ancrés dans l'inconscient de beaucoup de monde. La jurée numéro 12, par exemple, assure qu'elle n'est pas raciste, mais ses réponses et son très bref recul lorsqu'Howard l'interroge inopinément en disent long. Puis il y a le racisme forgé par l'histoire, de mauvaises habitudes... Je suis sûrement très naïve, mais j'ignorais, par exemple, qu'un noir qui fait ses courses sera davantage «surveillé» qu'un blanc. L'auteur donne d'autres exemples, mais je ne vais pas tout dévoiler. Tout est ensuite résumé et décortiqué dans la plaidoirie de Kennedy, qui, à mon avis, serait à étudier dans les collèges et les lycées. Jodi Picoult ne parle pas de la discrimination positive qui, pour moi, est une autre forme de racisme. Pourquoi faire des quotas? Pourquoi ne pas, plutôt, être équitable (comme le souligne Kennedy) avec tous?
Mais il y a aussi des éléments que Ruth prend pour du racisme, et qui n'en sont peut-être pas. Je pense à la scène où elle s'approche d'une inconnue et où celle-ci protège son sac, presque par automatisme. Si un inconnu s'approche de moi, qu'il soit blanc, noir, jaune, qu'il ait une casserole sur la tête, une voix de canard ou très douce, peu m'importe: ce qui compte est que c'est un inconnu, et de ce fait, je protégerai automatiquement mon sac.

Chacun a différentes façons de réagir. L'auteur confronte le point de vue de Ruth et celui de sa soeur, Adissa. Je ne peux toujours pas dire laquelle s'en sort le mieux. Ruth a beau travailler, «jouer le jeu», ce n'est pas assez. J'en veux pour preuve l'attitude de ses collègues au moment du procès.

À un moment, est discutée la question de l'appellation. Faut-il dire «gens de couleur», «afro-américain», «noir»? Pour moi, la question ne se pose pas. On dit «blanc», pourquoi dirait-on autre chose que «noir»? Ruth préfère «de couleur». Il me semble que dire autre chose que «noir» est une manière d'aseptiser l'appellation, et à mon avis, c'est une certaine forme de racisme, parce qu'on ne met pas les blancs et les noirs au même niveau. C'est un peu comme dire «non-voyant» pour «aveugle». Pour moi, utiliser ce terme aseptisé renforce la différence. On me rétorquera que dans la bouche de certains, «jaune» (pour parler d'un Japonais ou d'un Chinois) est péjoratif. C'est vrai, et c'est dommage...

Le roman est traversé de notes humoristiques, notamment lorsque nous avons affaire à la famille de Kennedy. Par exemple, sa fille, Violet (quatre ans) est souvent source de rire. Certaines de ses remarques (celle au serveur indien, celle à Eddison) mettent mal à l'aise, mais montrent aussi comme il est difficile d'expliquer certaines choses à une enfant.

J'ai particulièrement apprécié Kennedy. Elle a une situation très convenable et le sait. Elle croit faire son métier au mieux, et s'aperçoit que ce n'est pas toujours le cas. Lorsque Ruth la rejette violemment, elle se remet en question.

Le livre est assez gros (comme tous les romans de Jodi Picoult), mais il ne traîne pas. Entre les anecdotes de Ruth concernant son travail, celles concernant sa famille, et celles de Kennedy, on se fait une bonne idée des personnages. J'ai moins aimé les flasbacks à propos de Turk, mais eux aussi aident le lecteur à avoir une bonne idée du personnage.

Ce livre soulève beaucoup de questions intéressantes. Heureusement, je suis loin d'avoir abordé tout ce qui y est évoqué.

Lorsqu'on regarde sur Audible, il est précisé que ce roman est le tome 1 d'une série. Je ne vois pas trop quelle suite Picoult pourrait apporter..

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par les éditions Penguin Random House Audio. La distribution est:
Audra McDonald: Ruth Jefferson
Cassandra Campbell: Kennedy McQuarrie
Ari Fliakos: Turk Bauwer

J'aime beaucoup Cassandra Campbell. Je trouve qu'elle est parfaitement entrée dans la peau du personnage de Kennedy.
Je ne connaissais pas les deux autres lecteurs. J'ai aimé leur interprétation. Je les entendrai à nouveau avec plaisir.

jeudi, 12 janvier 2017

La tristesse des éléphants, de Jodi Picoult.

La tristesse des éléphants

L'ouvrage:
2010. Voilà dix ans qu'Alice Metcalf a disparu. Elle se serait vraisemblablement enfuie. Sa fille, Jenna, aujourd'hui âgée de treize ans, ne supporte pas l'idée que sa mère l'ait abandonnée. Mais si Alice ne pouvait pas laisser sa fille, le fait qu'elle ne l'ait pas emmenée signifie qu'elle est morte. Or, l'adolescente n'est pas prête à accepter cela. Se débattant dans ses contradictions, elle décide d'engager Serenity Jones, une médium, ainsi que Virgile Stanhope, l'un des policiers qui enquêta sur la disparition d'Alice, afin de retrouver cette dernière.

Critique:
La force de ce roman est tout ce qu'il nous apprend sur les éléphants. Lorsque Jodi Picoult traite un thème (les loups, la maladie des os de verre...) elle se documente énormément, et cette méticulosité se sent dans ses écrits. Ici, au travers des éléphants que côtoient les personnages, et au travers d'anecdotes contées majoritairement par Alice, le lecteur en apprend beaucoup. Tous les passages concernant le comportement des éléphants sont intéressants. Apparemment, leur grande mémoire n'est pas une légende. Ils se souviennent de beaucoup de choses sur une longue période. L'auteur parle également de leur comportement lors de la perte d'un petit, etc. Alice est une scientifique, mais ses recherches lui font constater que l'éléphant ressent et comprend énormément de choses.

Quant à l'intrigue, des éléments m'ont dérangée. J'admire Jodi Picoult pour certains de ses livres que je trouvais bien pensés, et je suis déçue qu'elle ait usé de certaines ficelles. Par exemple, elle veut tellement créer un retournement de situation (c'est un peu sa marque de fabrique) qu'ici, elle a fait quelque chose qui, pour moi, n'est pas très honnête. En outre, cela a déjà été utilisé, et cette ficelle fait partie de celles dont il ne faut pas trop se servir... Pour moi, c'est trop spectaculaire. Cela crie trop: «Regardez! J'ai encore réussi à faire un retournement de situation! Je suis trop forte!»
D'autre part, il fallait bien qu'elle imagine une raison pour laquelle Alice devait disparaître. Alors, la voilà qui nous tisse une histoire d'amour née d'on ne sait vraiment où, une histoire qu'on trouverait dans un roman Harlequin. La femme n'est pas heureuse avec son mari, alors elle court dans les bras du premier garçon avec qui elle semble avoir des affinités. Il faut bien qu'elle résiste un peu à l'appel de la chair, car le monsieur est marié, lui aussi. Alors, elle résiste, mais pas très longtemps. Lui, on ne sait pas vraiment quels soucis il a avec sa femme, mais ce n'est pas grave. Une fois l'histoire d'adultère brossée à très grands traits, l'auteur avait son prétexte pour déclencher de terribles événements précurseurs du départ d'Alice. Outre que je n'aime pas du tout ces histoires d'amour qui me paraissent frelatées, je trouvais celle-là indigne du personnage féminin qui l'a vécue.

J'ai trouvé Virgile et Serenity attachants. Ce qu'explique Serenity quant aux dons médiumniques me semble assez juste: certains en ont, mais ils ne se commandent pas. Dans les romans, on voit toujours soit des charlatans, soit des personnes qui ont un don infaillible. Serenity explique que c'est aléatoire, qu'elle ne maîtrise rien, ne décide de rien... C'est un personnage sympathique. J'ai bien aimé la scène où Jenna et elle se rencontrent. C'est à la fois amusant et tendu. Serenity semble être une horrible femme aigrie, et bien sûr, on découvre assez rapidement qu'il n'en est rien.

Quant à Virgile, ses remords concernant l'affaire Metcalf, ainsi que ce qu'il fait après que Jenna l'a déniché, font de lui un personnage très humain.

Éditeur français: Actes Sud
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par les éditions Penguin Random House Audio. La distribution est:
Rebecca Lowman: Alice Metcalf
Kathe Mazur: Serenity Jones
Mark Deakins: Virgile Stanhope
Abigail Revasch: Jenna Metcalf

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vendredi, 2 août 2013

La couleur de la neige, de Jodi Picoult.

La couleur de la neige

L'ouvrage:
Ce soir-là, Trixie Stone, quatorze ans, se rend chez son amie Zeffer où est organisée une petite fête entre ado. Elle veut récupérer son ex petit ami, Jason Underhill qui l'a plaquée il y a quelques semaines. Les choses tournent mal. Au coeur de la nuit, Trixie rentre chez elle choquée, accusant Jason de l'avoir violée.

Critique:
Ce livre a été écrit avant que Jodi Picoult fasse du procès sa marque de fabrique. Ici, il est question de procès, mais il n'y en a pas. Du coup, ce roman semble moins formaté que certains autres.

J'ai aimé la manière dont l'auteur présente les relations de ses personnages. Elle s'attache encore à nuancer. Elle soulève des questions intéressantes. À partir du moment où Trixie sort du rôle qu'elle a toujours tenu auprès de ses camarades, certains la conspuent. Certains croient Jason qui affirme que Trixie était consentante, d'abord parce qu'il a un certain standing, mais aussi parce que tout le monde savait qu'elle lui courait après. Se posent les questions des apparences, des limites des actes de chacun, de ce que chacun est prêt à accepter.

En parallèle, le couple Stone (Daniel et Laura) connaît une autre crise. Là encore, des questions se posent. Jusqu'à quel point aime-t-on quelqu'un? Qu'est-on prêt à accepter? Que peut-on exiger? N'est-ce pas ces exigences, faites en toute bonne foi, au départ, qui finiront par être la cause de la cassure?
Ces épreuves sont comme une quête initiatique des personnages qui seront obligés d'aller au bout d'eux-mêmes, de se remettre douloureusement en question. Daniel est sûrement le plus complexe. C'est sûrement le personnage qui m'a le plus interpellée. En apparence, il est réfléchi, car il sait que c'est la meilleure attitude à avoir, mais son impulsivité, son emportement naturel reprennent parfois le dessus.

Je dois confesser que je n'ai pas apprécié Trixie. D'abord parce que connaissant Jodi Picoult, je savais ce qu'on découvre à la fin à son sujet. Bien sûr, l'auteur nuance encore une fois son propos en expliquant pourquoi Trixie a agi comme elle l'a fait. Cela fait que je l'ai comprise. Cependant, je n'ai pu m'attacher à elle. Je la voyais comme une gamine capricieuse: ceci ne me plaît pas, eh bien, je vais tout faire pour le changer, quitte à enquiquiner tout le monde. Ou bien: oh il faut que j'assume les conséquences de mes actes, tiens, si je m'enfuyais plutôt! Même si, au final, l'expérience de l'adolescente se révélera bénéfique, son attitude m'a agacée tout au long du livre.

L'intrigue est parfois un peu lente, notamment quand Bartholomeo cherche des preuves, mais aussi lorsque nous suivons le périple de Trixie.
D'autre part, l'auteur utilise cette très grosse ficelle qui consiste à nous faire miroiter une possible découverte, et à ne la dévoiler que bien plus tard. (Je parle de ce que Seth vient dire à Laura.)
Je n'avais pas deviné ce qu'on découvre à la fin quant à «l'énigme», mais je pense que j'aurais dû. La fin est ouverte: les personnages prévoient de faire certaines choses, mais on ne sait pas comment cela se passera.

Tiens, une chronique d'un roman de Jodi Picoult qui a une taille raisonnable! ;-) En effet, il y a des chroniques où j'en dévoile davantage sur l'intrigue et les personnages, étant convaincue que cela ne gâchera pas la lecture. Ici, je pense qu'il vaut mieux en dire moins.

Éditeur français: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Carol Monda pour les éditions Recorded Books.

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lundi, 6 mai 2013

Change of heart, de Jodi Picoult.

Change of heart

À ma connaissance, ce roman n'a pas été traduit en français.

L'ouvrage:
New Hampshire.
Shay Bourne est en prison depuis onze ans. Il attend que sa sentence de peine de mort soit appliquée. C'est alors qu'il apprend que Claire Neelen a besoin d'une greffe du coeur. Shay souhaite lui donner le sien. Il y a onze ans, il a été condamné pour le meurtre de la soeur de Claire (Elizabeth, sept ans), et de son beau-père (Kurt). Claire était alors un foetus.
Plusieurs obstacles se dressent devant le souhait de Shay: le premier étant qu'il doit mourir par injection létale, et que cela doit paralyser, notamment, son coeur jusqu'à ce qu'il cesse de battre.
D'autre part, les choses se compliquent lorsque Shay commence à... accomplir des miracles.

Critique:
Si Jodi Picoult sait explorer les sujets qu'elle aborde, si elle exprime parfaitement le point de vue de chacun et se documente toujours très bien, je n'ai pas été absolument convaincue par «Change of heart». Peut-être en attendais-je trop...

D'abord, connaissant l'auteur, je sais qu'elle tient toujours à un retournement de situation. De ce fait, j'ai très vite deviné lequel elle allait choisir. Ce qui est gênant, c'est que contrairement à ce qu'il se passe d'habitude, on ne peut pas être sûr que le retournement de situation soit vrai. J'aurais aimé que quelque chose soit fait (cela aurait pu), et que le lecteur sache à quoi s'en tenir. Quant à moi, je crois en la version donnée par le retournement de situation, même s'il reste quelques zones d'ombre.
Je savais également ce qu'il y avait à savoir quant à Grace, la soeur de Shay. Cela fait que je n'ai eu aucune surprise, et que pour moi, certaines choses ont traîné.

D'autre part, presque aucun personnage ne m'a été sympathique.
Si j'ai compati pour Shay, je l'ai également trouvé exaspérant. J'ai compris toutes ses raisons, mais il n'est pas très crédible qu'il se sacrifie encore et toujours.
Quant à ses miracles, l'auteur fait cela en demi-teinte. Personne, pas même Shay, ne sait comment il a fait, et au final, certaines choses «se défont». Tout cela reste inexpliqué. On me dira que c'est le propre des miracles. Certes, mais là, j'ai un sentiment de louvoiement entre miracles et absence de miracles. Ce n'est pas aussi clair que dans «Keeping Faith».

Michael m'a également agacée. Je pense que c'est d'abord parce qu'il est prêtre. J'ai toujours peur qu'une personne religieuse ait les idées trop tranchées pour accepter une véritable remise en question. Michael remet certaines choses en question, mais sa réaction lorsque Shay finit par lui avouer une dernière chose m'a énormément déçue. Il faisait encore preuve de fermeture d'esprit.
Pourtant, au long du roman, il s'interroge, accepte certaines choses. Il n'est pas si borné que ça. De plus, la fin peut laisser présager qu'il s'assouplira encore.

Claire aussi m'a agacée. Je comprends qu'elle se sente mal à l'idée d'avoir en elle le coeur de celui qui tua sa soeur et son père, mais au point de se laisser mourir... Comme lui dit sa mère: «Ce n'es qu'un muscle». Et même si l'idée est perturbante, j'avoue avoir été choquée par l'entêtement de Claire, et également par son obstination à vouloir que son donneur soit une fille. Ces exigences sont un peu surréalistes.

Il m'est impossible de me mettre à la place de June. Elle fait partie des rares personnages que j'ai appréciés. Je ne sais pas comment je réagirais à sa place. Ce qui lui arrive représente ce que nous redoutons, ce que nous refuserions, ce que nous ne pourrions imaginer supporter.
J'ai également apprécié Lucius, mais je n'ai pas grand-chose à dire sur lui. Je l'ai compris, même si, bien sûr, l'acte qui le conduisit en prison est inexcusable.

Maggie a également su me toucher. Je pense que c'est elle qui réagit avec le plus d'humanité. Même si elle commence à agir pour autre chose que pour aider Shay, elle se laisse entraîner, et finit par se jeter à corps perdu dans cette histoire.
Sa mésentente avec sa mère est une des choses qui explique son mal être. On ne voit pas tout de suite que Maggie n'est pas bien dans sa peau. Par petites touches, la jeune avocate se dévoile au lecteur. Si elle semble revêche et amère au début, il est vite évident qu'autre chose se cache en elle.
J'ai également apprécié l'histoire d'amour qui lui tombe dessus de manière inattendue.

Abordant le thème de la religion, l'auteur en profite pour glisser quelques remarques que je trouve fort pertinentes. Par exemple, Shay demande à Michael pourquoi il croit en la Bible qui fut écrite plusieurs siècles après que les faits seraient arrivés. On sait comme il est facile de déformer les faits quelques semaines après, alors plusieurs siècles... En outre, l'auteur donne des arguments expliquant pourquoi les faits auraient été sciemment tronqués.
D'autre part, l'auteur insère les personnages de «Keeping Faith». J'ai été contente de retrouver Ian, Faith et Mariah. J'ai lu avec plaisir les petites scènes de leur vie quotidienne que Jodi Picoult introduit. Bien sûr, le plus important était qu'Ian fasse part de ses recherches à Michael, mais j'avoue que ce n'est pas ce qui m'a le plus marquée. J'ai été davantage contente de retrouver ces personnages pour quelques minutes.

À mon sens, il y a des incohérences.
Pourquoi Grace ne voulait-elle plus voir Shay, alors qu'elle savait?
Pour que les révélations n'aient pas lieu trop tôt, Jodi Picoult explique que Shay a du mal à s'exprimer. Pourtant, lorsqu'il raconte son histoire à Michael, il n'a pas de problèmes. En outre, les raisons pour lesquelles il ne l'a pas racontée avant sont vraiment grosses.

Je n'ai pas trop aimé la toute fin, d'abord parce qu'elle était prévisible (l'auteur utilisé ce genre de ficelle dans un autre roman), mais aussi parce que ce n'est pas très crédible.

Je pense que j'aurais davantage apprécié ce livre s'il avait été parmi les premiers que j'avais lus de cette romancière. Je l'ai aimé, mais il m'a semblé qu'il était en-dessous de certains comme «Sing you home», «Handle with care», «House rules», ou «Keeping Faith».

Remarque annexe:
Je ne pourrai plus entendre parler de chewing-gum (je n'en mange pas) sans penser à ce livre!

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par les éditions Recorded Books. La distribution est:
Nicole Poole: June Nealon
Stafford Clark-Price: Michael Wright
Danielle Ferland: Maggie Bloom
Jim Frangione: Lucius Dufresne
Jennifer Ikeda: Claire Nealon

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