Les nuits de karachi

L'ouvrage:
Karachi, Pakistan.
Amynah est chroniqueuse pour l'un des journaux de la ville. Elle raconte surtout des potins. C'est alors que son amie, Mumtaz, lui dit qu'elle veut réaliser un documentaire qui fera du bruit. Pourquoi ne pas parler de la condition de certaines pakistanaises. Justement, Henna, l'amie des deux jeunes filles connaît une histoire propre à attendrir.

Critique:
L'idée de départ est intéressante, mais à mon avis, elle est gâchée par plusieurs points. D'abord, il m'est très difficile de réellement apprécier un roman si je ne m'attache pas aux personnages. Ici, aucun d'eux ne m'a paru digne d'intérêt.
Nous avons d'abord Amynah, adepte des soirées très arrosées, se droguant à outrance tout en jurant que c'est la dernière fois. Elle n'est pas vraiment capable de compassion, et ne fait pas grand-chose pour avancer positivement.
Quant à Mumtaz, elle pleurniche, et au moment où elle semble avoir une bonne idée, il est évident qu'elle n'est attirée que par la célébrité et l'appât du gain.
Henna compatit, certes. Mais elle le fait mal. Lorsqu'il faudrait secouer Nilofer, Henna pleure avec elle, et se flagelle pour le mal que Nilofer dit avoir enduré.

Les trois jeunes filles se disent très amies... Je ne voudrais pas être la leur. Elles ne ressentent pas vraiment de sentiments positifs les unes envers les autres. Amynah et Mumtaz se supportent à peine.
D'autre part, deux d'entre elles ont fait leurs études aux États-Unis. Amynah y fait même régulièrement des voyages. Ayant eu la chance de connaître une autre culture (il est toujours enrichissant de voir comment les choses se passent ailleurs), pourquoi ne font-elles pas quelque chose de leur vie? Henna, martyre s'il en est, décide d'accepter un mariage arrangé dont elle ne veut pas. On dirait qu'elle se jette là-dedans avec bonheur. Tout au long du roman, Henna semble se glorifier de ressentir de la peine pour Nilofer (et donc, de l'aider), et également de l'enfermement que sera son mariage. Ses bonnes actions sont donc frelatées.
Quant à Amynah, elle a la chance de vivre dans l'aisance. Tant mieux pour elle. À sa place, je pense que je ne chercherais pas à gagner ma vie en me contraignant à quoi que ce soit, tout comme elle le fait. Néanmoins, ce n'est pas une raison pour ne vivre pratiquement que pour les moments où elle s'enivre et se drogue. On dirait presque qu'elle fait cela par ennui.

Quant à Nilofer... Elle est si arrogante et prétentieuse qu'on n'arrive pas vraiment à compatir à sa douleur. À voir son attitude hautaine, je me suis même demandé si elle n'inventait pas ou n'exagérait pas les mauvais traitements que lui infligeait son mari. Son attitude déplorable n'est pas la seule chose qui me fait penser cela: Nilofer ne présente aucune trace de sévices. Il va de soi qu'aucun être humain de devrait être traité comme le mari de Nilofer l'aurait traitée, mais ce n'est pas une raison pour se montrer aussi exécrable avec tous. Elle prend un malin plaisir à semer la zizanie, et à jouer de ses prétendues souffrances pour obtenir toujours plus de choses.

Je passe par-dessus mon dégoût des personnages lorsque l'intrigue me plaît. Or, ici, je l'ai trouvée plate. Le seul côté qui m'a paru positif est le fait de voir «les coulisses» de certaines choses. Par exemple, le documentaire est formaté pour faire pleurer dans les chaumières. On a d'autres aperçus de ce genre qui montrent un pays à plusieurs vitesses. Cependant, l'intrigue, alourdie par ses personnages centraux qui prennent toute la place, reste superficielle.

Dans un entretien, la romancière explique qu'elle a voulu montrer un autre Pakistan qui s'éloignerait des clichés. C'est principalement à celui de la femme maltraitée qu'elle a voulu s'attaquer. Le but est louable, car il est toujours bon d'avoir plusieurs points de vue. Mais il m'a semblé que la façon de faire était maladroite. En tout cas, elle ne m'a pas convaincue.
L'auteur fait également cela lorsqu'Amynah écrit un roman (le lecteur profite de quelques passages) dans lequel une femme est maltraitée par son mari et son père. C'est tellement cliché et ironique que le lecteur en rira. Je trouve que cette façon de faire est plus percutante que l'histoire de nos trois jeunes filles «exploitant» la «souffrance» de Nilofer.

Le titre original est «Beautiful from this angle». Je le trouve meilleur que le titre français, parce qu'il exprime justement ce qu'a voulu dire l'auteur: montrer les choses sous un autre angle, sous l'angle par lequel les voient Amynah et ses amies.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été offert par les éditions Albin Michel Il sort aujourd'hui, le jeudi 5 avril.

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