Auteur : Petterson Per

Fil des billets - Fil des commentaires

vendredi, 12 juin 2015

Je refuse, de Per Petterson.

Je refuse

L'ouvrage:
Septembre 2006.
Alors qu'il est à la pêche, Jim tombe sur Tommy. Trente ans auparavant, ils étaient les meilleurs amis du monde...

Critique:
Ayant aimé «Pas facile de voler des chevaux», j'ai voulu découvrir un autre livre de cet auteur. J'ai retrouvé avec plaisir l'ambiance particulière que sait si bien distiller Per Petterson. L'une des composantes est le froid. Rendant certains instants feutrés, différant parfois la réalisation d'importants projets, enveloppant les personnages, le froid est omniprésent. Étant à la fois fascinée et apaisée par le froid (bien sûr, il ne faut pas qu'il fasse -20°), je suis particulièrement sensible aux atmosphères qu'il imprègne.

L'auteur raconte des histoires qui seraient banales sans le charisme des personnages. Tommy est sûrement le plus intéressant. Il se sort assez bien d'une enfance difficile, et le lecteur comprendra toujours ses motivations. Après la scène de la rencontre entre Tommy et Jim en 2006, l'auteur raconte un épisode où Tommy, à dix ans, semble plus adulte et responsable que sa mère. Cet épisode semble sans importance, mais il montre tout de suite que Tommy sera celui qui saura toujours s'arranger avec les coups bas que lui portera l'existence. Il ne parviendra pas à se débarrasser de toutes ses blessures, mais fera certains compromis avec la vie.

J'ai eu un peu de mal à cerner Jim. Sûrement est-ce dû au fait qu'à son sujet, il me manque une pièce du puzzle. Je n'ai pas compris pourquoi Jim était déprimé depuis l'adolescence. J'ai dû avoir un moment d'inattention lors de ma lecture, et je suis passée à côté d'un élément, mais je ne sais pas pourquoi Jim est ainsi. J'ai quelques idées, mais elles ne feraient que renforcer sa déprime, elles n'en seraient pas le facteur principal.

Siri (la soeur de Tommy) peut paraître un peu froide, c'est pour cela que pour moi, ce n'est pas elle qui s'en sort le mieux. Pourtant, le lecteur préférerait sûrement être à sa place qu'à celle de Tommy ou Jim.

Je n'ai pas apprécié madame Berggren. Pour moi, elle n'a pas d'excuses. Peut-être n'avait-elle pas la fibre maternelle assez profondément ancrée en elle... J'ai trouvé une consolation dans le fait qu'elle semble souffrir de certains de ses actes.

Comme dans «Pas facile de voler des chevaux», Per Petterson use d'une structure qui n'est pas linéaire. On voit les personnages en 2006, puis on voit leur passé. Parfois, ils se souviennent de certaines choses alors qu'on est en 2006. En outre, les chapitres alternent les points de vue. Ceux-ci sont soit à la première soit à la troisième personne. Tout cela m'a un peu gênée.

Malgré mes reproches, je recommande vivement ce roman: style simple, personnages percutants, ambiance particulières. Il faudra seulement que je le relise en entier (j'ai fait de petites recherches çà et là dans le livre, mais je n'ai pas trouvé) pour comprendre la cause du mal être de Jim.

Éditeur: Gallimard.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Janick Quenet pour la Bibliothèque Sonore Romande.

Acheter « Je refuse » sur Amazon

vendredi, 21 mars 2014

Pas facile de voler des chevaux, de Per Petterson.

Pas facile de voler des chevaux

L'ouvrage:
Trond, soixante-sept ans, vit dans un petit village. Une nuit de novembre, il est réveillé par les cris de son voisin. Celui-ci cherche son chien. Trond va l'aider... Après leur entrevue, les pensées de Trond le ramènent brutalement à l'été de ses quinze ans...

Critique:
Voilà un livre à la fois simple et déroutant. Par simple, j'entends au niveau de l'histoire et du style. En effet, l'histoire semblera banale. Et pourtant, elle ne pourra pas s'oublier sitôt le livre refermé.
Quand je dis que le style est simple, il ne faut y voir rien de péjoratif. Je veux dire que les phrases vont droit au but, chacune est importante, nette, précise.

L'aspect déroutant de ce livre vient d'abord du louvoiement permanent du narrateur entre son passé et son présent. Son histoire semble décousue et parfois sibylline. En outre, certaines choses ne sont pas clairement dites, soit parce que le narrateur ne peux qu'énoncer les éléments qu'il a en sa possession, soit parce que Lars ou lui ne peuvent se résoudre à en dire davantage. C'est au personnage et au lecteur de les imaginer d'après quelques indices. Il y aura aussi certains détails dont le lecteur ne comprendra la portée que plus tard, après avoir fini le livre.

Ce roman est l'histoire d'un homme qui n'a pas fait le deuil de l'adolescent qu'il fut, qui ne peut s'empêcher de garder une tendresse quasi quotidienne pour celui qui agit indignement envers lui. C'est l'histoire d'une nature dans laquelle notre narrateur (qu'il soit adolescent ou âgé) se plonge, dans laquelle il puise quelque apaisement. Le meilleur moyen de ne pas penser, de ne pas trop faire attention aux événements qu'il sent confusément, c'est de se jeter à corps perdu dans ce travail de déplacement du bois.

En général, je n'aime pas les récits où passé et présent alternent trop brutalement. Ici, j'ai trouvé cela judicieux parce que la structure rend compte de l'état du narrateur qui ne peut plus garder ses souvenirs enfermés en lui et qui leur laisse libre cours. Si certains pans de l'histoire sont ordinaires, la façon à la fois simple et poignante dont elle est racontée ne laissera pas le lecteur indifférent.

Que dire de chaque personnage? Si certains m'ont déçue, je sais qu'aucun n'était manichéen. Il paraît un peu étrange que le destin de certains reste inconnu, mais lorsqu'on y réfléchit, c'est logique.

Les pinailleurs diront qu'il est peu crédible que Trond se soit retrouvé voisin de Lars cinquante ans après cet été 1948 où ils se virent pour la dernière fois. L'auteur parvient à rendre cela vraisemblable, d'abord parce que Trond lui-même dit que c'est tellement gros qu'il n'y croirait pas dans un roman, et aussi parce qu'après tout, ce genre de coïncidences existe.

Un roman profond, puissant, lancinant, dont l'auteur expose très bien les sentiments de ses personnages à coups de souvenirs, de rêves, de symboles.

Éditeur: Gallimard.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

Acheter « Pas facile de voler des chevaux » sur Amazon