Iouri

L'ouvrage:
Iouri est peintre. En ce moment, il prépare une exposition dont il attend beaucoup. Il est préoccupé, fait des cauchemars. Sa compagne, Max, s'effraie de ce changement. D'autant qu'elle craint que Iouri ne se soit changé en meurtrier.

Critique:
Au départ, j'ai apprécié ce roman. Je trouvais intéressante l'idée de la jeune femme obligée de tout remettre en question, et passant par plusieurs phases: le refus, la certitude, l'acceptation, l'accord. On s'identifiera à Max qui voit son monde s'écrouler, qui ne peut s'empêcher de faire part de ses soupçons à des amis, puis qui s'en veut d'avoir «trahi» celui qu'elle aime... Ses sentiments sont bien décrits et analysés. D'autre part, l'écriture chaotique (style poussif, accumulation de «et», répétition de certaines tournures) aide encore mieux le lecteur à partager l'errance mentale de Max.

Cependant, j'ai trouvé le livre très lent. Il ne s'y passe pas grand-chose. Max ressasse beaucoup. Et puis, son amour malsain (car extrême) pour Iouri m'a dérangée. Elle agit comme s'il lui était impossible de respirer sans lui, elle excuse et comprend tout, rejette ce qu'elle appelle la normalité. On dirait qu'il lui plaît d'être sur des sables mouvants. Cela me rappelle cette théorie que Serge Brussolo développe souvent: le héros vit quelque chose de très chargé émotionnellement, et même s'il court un très grand danger, préfère cela à une vie simple. Cette idée m'agace toujours. Ici, outre l'idée, c'est le fait que Max ferait absolument n'importe quoi pour son cher Iouri qu'elle voit presque comme sans reproche. Bien sûr, des restes de morale lui font dire que «tuer, c'est mal», et parfois, à cause de ses soupçons, elle a peur de Iouri. Mais ce discours cohabite longtemps (jusqu'à être détrôné) avec celui qui pardonne et comprend tout. Et puis, il semble que son amour la rende cruche, même pour de petites choses. Par exemple, c'est son amie qui lui donne l'idée de suivre Iouri, la nuit.

À travers Iouri (hypersensible, perturbé, malade), l'auteur fait la critique d'une certaine société, celle qui mène une petite vie bien rangée et qui en est heureuse. D'autre part, Iouri se bat (pense-t-il) contre le fait que selon lui, le gouvernement veut priver les gens de liberté, la population étant «surveillée» partout. En effet, qu'on fasse ses courses, qu'on passe un coup de fil, qu'on envoie un message électronique, nous sommes traçables. Il est vrai que c'est quelque peu perturbant, mais l'acte par lequel Iouri pense prouver qu'il est libre ne fera que renforcer le besoin de sécurité des citoyens, et donc, ils s'en remettront plus facilement à cette «surveillance constante».

Bref, un livre qui m'a déçue.

Éditeur: Actes Sud.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Françoise Golaz pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Françoise Golaz est parvenue à rendre fluide ce style poussif. Elle n'en cache pas du tout les aspérités, mais elle parvient à le faire glisser sans que cela semble poussif pour elle. De plus, elle n'en fait pas trop, alors qu'il aurait été très facile de surjouer lors de certains monologues intérieurs passionnés de Max. Ce texte n'a pas dû être facile à lire à voix haute.

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