La face cachée de Luna

L'ouvrage:
Reagan O'Neill rêve de normalité. C'est pour cela qu'elle va faire du baby-sitting chez ses voisin, les Matterra: une famille tout ce qu'il y a de plus normal.
Reagan a seize ans, elle va au lycée, elle a des parents, et un frère de dix-huit ans, Liam... elle est la seule à connaître le secret de son frère. Liam est, en fait, une fille dans le corps d'un garçon.

Critique:
Il n'est pas aisé d'aborder un thème aussi délicat dans un roman pour la jeunesse. Je pense que Julie Anne Peters s'en tire bien. Bien sûr, certaines choses ne sont pas très crédibles. Par exemple, Liam a peur du regard des autres, à tel point qu'il ne se confie qu'à sa soeur. Et lorsqu'il ressent la désapprobation de ceux qui ont des doutes, il ne tente pas de faire taire sa nature. C'est méritoire, c'est courageux, mais c'est un peu étrange qu'il soit si déterminé, qu'il ne baisse jamais les bras. Je trouve ça très bien, car il va au bout de ce qu'il sait être bon pour lui, mais sa force morale est assez impressionnante.
Ensuite, il y a quelques clichés. Liam est fan de Dana International parce que c'est un transexuel. Il se sent fille, donc il veut se maquiller. Une fille n'aime pas forcément le maquillage. Reagan en est un bon exemple. Idem pour les cheveux: il veut les laisser pousser, comme si c'était obligatoirement la marque de fabrique d'une fille. Bien sûr, du maquillage et des cheveux longs, ça fait plus féminin, mais ce ne sont que des préjugés de la société.

Les parents de Liam et de Reagan sont assez détestables, chacun à leur manière. J'ai une préférence pour le père, car il semble ouvert au dialogue. Son refus catégorique de Liam en tant que Luna est d'autant plus surprenant. Je m'attendais à ce qu'il tente d'en discuter, de comprendre. Surtout qu'à un moment, il voit bien que quelque chose ne va pas, et tente de comprendre. Ce personnage est donc un peu incohérent.
La mère est particulièrement méprisable. Tout au long du livre, elle se cache la réalité en se repliant dans la futilité de son travail. Bien sûr, son travail est important, mais sa famille l'est davantage. Elle a d'ailleurs décidé de travailler afin de sortir du carcan étouffant qu'est sa famille. Tout ça doit être lié à Liam. Elle n'accepte pas ce qu'il est, elle dit que c'est par peur de la réaction de son mari, mais si elle a le courage de râler parce qu'elle trouve qu'elle fait trop la cuisine, elle peut bien se battre pour son fils. Si le lecteur comprend sa peur et son besoin de préservation, il ne comprend pas que cela prenne le dessus.
L'auteur montre une autre réaction: celle d'Ally. Celle-là est plus saine. Le lecteur comprend bien qu'Ally soit déstabilisée et furieuse, mais ensuite, la jeune fille réfléchit, et au final, souhaite que Liam soit heureux.

Reagan est lunatique. Elle comprend son frère, mais le secret est trop lourd pour elle, et elle pense que ça la stigmatise. Elle aime son frère, le comprend, veut l'aider, mais se sent étouffée par lui. Elle s'empêche de vivre. Et parfois, elle a des réactions disproportionnées. Sa grosse dispute avec Liam en est un exemple.
Par ailleurs, elle adore aller travailler chez les Matterra à cause de leur normalité, mais elle ne les remet jamais en question. Lorsqu'elle s'endort, leur réaction n'est pas franchement sympathique. Bien sûr, ils pensent à leurs enfants, et veulent une baby-sitter irréprochable. Mais Reagan n'est pas une machine. Ils auraient pu lui parler.
Ensuite, après ce qu'a fait Liam, le lecteur peut comprendre la réaction des Matterra, mais là encore, des gens intelligents, le premier choc passé, réfléchiraient, et tenteraient de parler avec Reagan qu'ils semblaient apprécier.
À travers les parents de Reagan et les Matterra, Julie Anne Peters décrit une société assez intolérante, insensible, et superficielle.

La fin appelle une suite. Le lecteur se doute de ce qui va se passer, mais on aimerait bien voir comment cela se déroulerait après. Certains personnages seraient-ils assez intelligents pour réfléchir, et finiraient-ils par comprendre que l'important, c'est que Luna soit heureuse?

Éditeur: Milan.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Simonne Frenssen pour la Ligue Braille.
La lectrice a une voix agréable. En outre, elle met le ton approprié sans surjouer, et ne tente pas de prononcer les noms anglophones avec un horrible accent. Je regrette que sa lecture soit un peu lente, mais c'est un inconvénient mineur.

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