Le canyon

L'ouvrage:
Paul a invité son fils, Justin, à aller camper un week-end. Ils iront à Echo Canyon avant que l'endroit ne soit envahi par le béton, Paul souhaitant y camper une dernière fois. Il demande à Justin d'emmener son fils, Graham. Il veut en faire un homme. Karen, la femme de Justin, n'est pas vraiment pour, mais finit par accepter à condition que son mari protège leur fils de l'influence de Paul.

Critique:
Voici un livre qui explore les relations familiales avec délicatesse. Ce week-end va être une espèce d'initiation pour Graham, mais aussi pour Justin. Il va devoir aller au bout de lui-même, secouer ses craintes et ses hésitations, et agir.
Le lecteur voit très vite que Justin est dominé par son père, car il n'a jamais osé s'opposer ouvertement à lui, mais lui montre qu'il désapprouve certaines de ses façons de faire. Pourtant, tout n'est pas si simple. Si Paul domine et méprise quelque peu son fils, c'est d'abord parce qu'il ne peut le comprendre. Paul a une façon de penser très primaire: il ne comprend pas ceux qu'il ne peut assujettir à sa volonté et ceux qui ne pensent pas comme lui. Beaucoup de gens sont ainsi. Cela n'excuse en rien Paul, mais cela explique son attitude. À un moment, il attire la compassion du lecteur, montrant qu'il peut ressentir de l'amour pour un être, son chien. Cela aurait dû me toucher d'autant plus que pour moi, les animaux valent davantage que beaucoup de mes congénères. Le fait que Paul l'ait en quelque sorte compris aurait dû me faire l'apprécier. Cependant, cet attachement ne fait que montrer de manière plus flagrante son narcissisme. Il est dû au fait que son chien lui obéit toujours sans protester, s'en remet toujours à lui pour tout, et braverait n'importe quel danger pour lui.

Malgré cette mésentente due à une grande différence de caractères, Justin et son père parviennent à trouver des moment où toute distance est abolie, où, même s'ils ne se comprennent pas, ils s'acceptent. Je pense à la scène où ils se barbouillent de sang du gibier tué par Graham. Cette scène est plutôt écoeurante pour quelqu'un comme moi, mais pour un chasseur, cela renvoie à une espèce de rite. Le fait que Justin en soit l'initiateur montre que dans les moments de complicité, c'est lui qui fait un pas vers son père, et tente de le comprendre, de parer son langage.

Je pense que certains lecteurs n'apprécieront pas Justin qu'ils trouveront mou. En effet, il se fait marcher dessus par son père et sa femme... Je l'ai apprécié, parce qu'il a éveillé mon instinct protecteur, mais certains auront sûrement envie de le secouer.
C'est ce qui est agréable dans ce roman: ce qui fait que certains apprécieront un personnage fera que d'autres ne l'aimeront pas.

Je n'ai pas apprécié Karen. Elle promène son vague à l'âme, se paie le luxe de faire une mini-déprime sans trop savoir pourquoi, n'est pas heureuse, mais ne sait pas vraiment ce qu'elle veut... J'ai trouvé que ce qui est dit à la fin à son sujet n'est pas assez expliqué. On le ressent un peu au long du livre, mais je n'ai pas réussi à savoir si Karen était vraiment sincère. Je pense quand même qu'elle saura toucher d'autres lecteurs.

Je n'ai pas grand-chose à dire sur Brian, car tout est expliqué dans le roman à travers ses actes et les réflexions qu'il se fait.

Outre une bonne psychologie des personnages, ce roman évoque l'écologie à travers le projet concernant Echo Canyon, mais aussi à travers l'exemple de l'ours. L'auteur montre subtilement comment l'homme pervertit la nature. Si le grizzli est dans une région dans laquelle il ne devrait pas se trouver, si la faim l'y a poussé, c'est la faute de l'homme.

Moi qui veux toujours mettre les scènes humoristiques en avant, j'en ai repéré une très amusante (c'est la seule, à mon avis), dans ce livre assez grave. C'est la scène où Bobby vient chez Karen, et surtout... sa chute.

Un livre bien pensé, bien écrit, qui explique les choses sans les marteler, avec finesse.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.

Ce livre m'a été offert par les éditions Albin Michel

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