Wando passo

L'ouvrage:
Ransom Hill est le leader d'un groupe de rock qui fut dissout après des disputes.
Au bout de dix-neuf ans de vie commune, Claire Deley (qui faisait partie du groupe) a quitté Ransom, et est retournée sur la plantation de ses parents, Wando Passo.
Ransom va l'y rejoindre. C'est ici que tout se jouera. Ransom devra prendre conscience de beaucoup de choses.
En outre, l'histoire de certains ancêtres de la jeune femme, arrivée 140 ans plus tôt, semble rejaillir sur la vie de Claire et de Ransom.

Critique:
Ce livre m'a captivée. Pour une fois, je suis d'accord avec les éloges qu'on peut lire en couverture. L'auteur nous raconte en alternance l'histoire de Ransom et de Claire et celle d'Adélaïde et d'Harlan, les ancêtres de Claire. Les deux histoires se croisent, se télescopent, se répondent. Parfois, certaines correspondances sont un peu grosses (comme la correspondance des deux quadrilles amoureux), mais on passera là-dessus.

Les personnages sont creusés. On comprend leurs motivations, même si on n'excuse pas ceux qui refusent de se remettre en question. On les plaint et on les blâme à la fois. Bien sûr, il y en a qu'on préfère, car ils tentent de faire au mieux pour tout le monde, et d'autres qu'on désapprouve, même si on comprend en partie leurs raisons.
Ces histoires croisées, pleines de sentiments et d'émotions, pourraient faire penser à un soap opera. Pourtant, les situations sont bien analysées, ce qui fait qu'au lieu de soupirer à cause d'un personnage qui se lamente, on prend part à sa douleur, à ses doutes, et on se surprend à vouloir savoir comment tout cela va se terminer.

L'intrigue est bien menée. Il n'y a pas de longueurs. Paradoxalement, je savais qui finirait par aimer qui dans l'histoire des ancêtres de Claire. Je l'ai su dès qu'ils se sont rencontrés, car c'est un topos du genre.
En outre, au travers de ses personnages, David Payne analyse un point de l'histoire. Il n'en parle pas seulement comme d'un fait historique, il nous parle des sentiments des personnes réduites en esclavage. Nous connaissons ce pan douloureux de l'histoire, mais il n'est pas mauvais de se souvenir à quel point certains humains étaient déconsidérés uniquement à cause de la couleur de leur peau. Mais dans l'histoire d'Harlan et d'Adélaïde, cela se double d'une haine pour le préféré. Harlan a donc, en plus de ce qu'il croit, des raisons personnelles d'en vouloir à un homme noir.
Il y a une correspondance avec l'histoire de Ransom et de Claire. On se rend compte (s'il était besoin de le rappeler), que le racisme n'est pas uniquement un mauvais souvenir. Il est toujours présent. Et malheureusement, la discrimination positive a fait son apparition. Elle n'est pas mieux que le racisme, car elle en est une forme. La société bien pensante essaie de se rattraper, mais tout cela n'est pas naturel.

À l'instar de Claire, je suis restée sceptique quant à cette histoire de sorcellerie. Force m'a été de constater que c'était vrai (dans le roman), et que ce n'était pas uniquement le souhait d'une femme assoiffée de vengeance, et la crainte d'un homme malade.

Je n'ai pas aimé la fin de l'une des histoires. Mais elle n'aurait pas pu se terminer autrement... cela aurait été trop beau...

Éditeur: Belfond.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Lorenza Eder pour la Bibliothèque Braille Romande.
Comme d'habitude, Lorenza Eder a su interpréter ce roman avec naturel, mettant le ton approprié, et parvenant à prendre des tons différents pour certains personnages sans trop en faire.

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