Auteur : Patier Xavier

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vendredi, 2 mars 2012

La foire aux célibataires, de Xavier Patier.

La foire aux célibataires

L'ouvrage:
Michel, quarante-trois ans et demi, vit avec sa mère dans une petite ferme, en Corrèze. Il n'est pas marié. Il s'occupe de la ferme, de sa mère... Cette dernière lui répète qu'il ne trouvera pas aisément une femme qui le supportera.
Michel aimerait rencontrer l'amour. Un jour, en parcourant le journal Famille Chrétienne, il lit une annonce différente des autres. Une annonce pour laquelle il a une espèce de coup de foudre. Il décide d'y répondre.

Critique:
Tout comme dans «Poison», l'atmosphère est oppressante. Les personnages ne savent pas toujours communiquer. Par exemple, la mère pense qu'elle a besoin de Christian comme intermédiaire entre Michel et elle. Il aurait mieux valu que mère et fils se parlassent à coeur ouvert... ou du moins, la mère n'aurait pas dû se cacher derrière un intermédiaire.
Au long de sa vie, Michel se laisse guider, voire infantiliser par sa mère, et c'est pourtant lui qui la materne... Quand il se révolte, il le fait mal, et pas au bon moment. Cependant, tout ceci semble logique étant donnés le caractère de chacun.

La mère semble étouffante, alors qu'elle veut le bien de son fils. Elle s'y prend très mal, voilà tout. En outre, entre sûrement une part de culpabilité dans ses actes, car c'est bien par sa faute que Michel n'a pu connaître une autre vie, n'a pu se marier. Je pense quand même qu'elle n'est pas uniquement une femme égoïste et un peu tyrannique.

Michel sera sympathique au lecteur. Il a été étouffé par un mélange d'amour et d'obligations. On pourrait penser qu'il serait sans volonté, qu'il obéirait à sa mère par habitude. Pourtant, il s'obstine à refuser ce qui ne lui plaît pas. Il cède sur certains points, mais n'admet pas que sa mère dirige totalement sa vie.

C'est sûrement Jocelyne qui se montrera la plus sage. Malgré ce qu'elle souhaite, elle ne sera pas assez stupide pour servir de pis-aller. Elle ne s'abaissera pas à être celle vers qui on se tourne parce qu'elle est là. Il est un peu dommage qu'on ne puisse pas vraiment la connaître... à l'instar de notre héros. En effet, il est évident que Michel ne la connaît pas, et n'y tient pas.

Quant à Angèle, croyant Michel soumis à sa mère, elle pensait sûrement qu'il serait le pigeon idéal: il suffirait juste qu'il change de «maître»... Elle ne le connaît pas, et n'a aucune considération pour lui.

Il n'était pas facile de construire une intrigue sur une histoire d'amour naissante, avec toutes ces complications, et de lui trouver un déroulement satisfaisant. Je pense que l'auteur s'en est bien sorti. Il a su créer des personnages creusés et des événements vraisemblables. À un moment, je n'ai pas pu m'empêcher de sourire en imaginant ces trois femmes tournant autour de Michel, voulant décider pour lui, espérant qu'il ferait tel choix... On aurait dit qu'il était une espèce de trophée.
La tournure que prennent les événements pourrait déplaire. Pourtant, elle est plus réaliste que ce que certains espéreront peut-être.
J'ai apprécié ce roman qui, en peu de pages, sait décrire des situations et des personnages.

Éditeur: Éditions de La Table Ronde.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jean-Louis Blonde pour le service Lecture Sonore de l'Unadev
Là encore, j'ai apprécié le jeu du lecteur. J'ai quand même regretté qu'il prenne un accent «paysan» lorsqu'il fait parler Christian, parce que c'est un peu caricatural, et aussi parce que ça peut être agaçant. Heureusement, il ne le fait pas franchement, il fait de l'entre-deux... En outre, Christian intervient peu, donc c'est moins gênant.

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lundi, 4 juin 2007

Poison, de Xavier Patier.

Poison

L'ouvrage:
Eric Prat est un homme gauche et malgracieux.
Il est professeur de philosophie.
Son rêve est simple: l'amour. Il rêve du grand amour.
Lorsqu'il se présente, en la personne de Corinne, Eric n'y croit pas. Elle lui voue un amour absolu, total. Il lui en demande toujours plus, pour être bien sûr qu'elle l'aime vraiment. Il lui demande de sacrifier une partie d'elle-même. Elle accepte sans hésiter. Et ils se marient. Mais Eric n'a pas épousé Corinne par amour. Il l'a fait parce qu'elle l'aimait, et qu'il était émerveillé d'être aimé.

Critique:
J'aime ce petit roman que je lis pour la troisième fois depuis 1997. L'histoire est très banale: un couple qui se cherche, qui a du mal à communiquer, des malentendus... Mais je trouve que l'auteur sait rendre cette atmosphère oppressante, cette frustration des deux personnages principaux.
On comprend également cette inaptitude d'Eric à la communication, car sa famille est comme ça. Son père et ses frères sont terre à terre et étriqués. On a l'impression qu'ils ne parlent jamais sérieusement, qu'ils n'ouvrent jamais leurs coeurs, qu'ils sont fats et égoïstes. La seule fois où le père d'Eric se montre sérieux, c'est pour dire des horreurs à Corinne.

D'autre part, le récit mélange les points de vue. Eric prend la parole, puis c'est le narrateur qui donne souvent le point de vue de Corinne. On comprend comment un manque de communication peut amener des gens à se fourvoyer totalement.

A un moment, on a envie de secouer Corinne qui a absolument tout quitté pour son mari, qui se plie à tout ce qu'il veut, et qui est remerciée par le récit de l'amour déçu d'Eric pour une de ses élèves. Récit particulièrement cruel, puisqu'Eric lui jette à la tête qu'elle ne peut pas comprendre, qu'elle ignore ce qu'est l'amour et la souffrance qu'il occasionne.
Mais Corinne finit par se secouer seule. Elle s'affirme, par la suite.

Ensuite, nous voyons l'épisode de l'amour déçu d'Eric pour une lycéenne à travers les yeux de ce dernier. J'ai eu un peu de mal à adopter son point de vue lorsqu'il explique pourquoi et comment il raconte cela à sa femme.
Ensuite, il explique d'autres faits, et nous éclaire sur le grand quiproquo du roman, malentendu qui décidera Corinne à faire bouger les choses.

La fin est encourageante. On n'a pas vu Eric et Corinne éclaircir leurs malentendus, mais on pense qu'ils ont dû le faire. De plus, un changement s'opère en Eric, et il est de bon augure.

J'ai aimé le style. L'auteur est grave sans être grandiloquent, sans ajouter d'inutiles fioritures. Il y a souvent de petites phrases sur la vie, sur l'état psychologique de chacun qui sonnent juste.

Éditeur: la Table Ronde.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Thierry Grossenbacher pour la Bibliothèque Braille Romande.

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