Héro, mon amour

L'ouvrage:
La famille Niwicka semble tout avoir pour être heureuse. Pourtant, il est évident pour Natacha, la bonne ukrainienne qui les observe, que les parents ne s'occupent pas de leurs deux enfants, Jacek et Michal. Jacek commence à fumer des joints, ce qui entraîne certaines conséquences désastreuses.

Critique:
Ce livre étant pour la jeunesse, on peut le voir comme très dur au premier abord. Pourtant, Anna Onichimowska décrit sans complaisance les ravages causés par des parents inconséquents, qui, en plus, sont persuadés de bien agir. La spirale dans laquelle s'enferme Jacek est, malheureusement, logique. Lorsque j'entends parler de personnes accro à la drogue, je ne peux m'empêcher de penser qu'elles sont fautives, qu'elles n'auraient pas dû commencer. Ce roman explique comment on peut en arriver là. Jacek sait très bien ce qui l'attend, mais la façon d'être de ses parents le pousse vers le négatif. J'ai même compris la dépendance et l'attachement qu'il finit par ressentir vis-à-vis de Comète, alors qu'il la sait néfaste. La jeune fille est également le résultat de la bêtise et de la méchanceté de ses parents. Sa famille n'est pas comme celle de Jacek, mais l'auteur met ces deux comportements en regard pour montrer qu'il y a une pléthore de moyens de détruire un enfant.

Les parents de Jacek ne se remettent jamais en question. Pour moi, la mère (Gradina) est la plus fautive. Elle ne voit que les conséquences: son mari boit, son fils se drogue. Elle ne sait que se fâcher, passer pour la victime, et jurer qu'elle en a tant supporté...! Pas une fois elle ne se demande pourquoi. Jamais elle ne pense que peut-être, elle pourrait mal agir. La première partie du roman se termine sur un choc. Elle ne se dit jamais qu'elle en est la cause, même si cela n'apparaît pas au premier coup d'oeil. Il est plus facile d'accuser son fils, de ne retenir que le fait qu'il possédait l'objet qui causa le choc. Plus tard, quand le jeune garçon lui confie quelque chose de grave, elle n'y voit aucune brèche dans laquelle elle s'engouffrerait pour renouer avec lui, et tenter de l'atteindre. Elle se contente, encore une fois, de se mettre en colère.
Gradina est d'emblée antipathique. On voit tout de suite son excès d'assurance, son égoïsme, l'amour incommensurable qu'elle voue à sa petite personne. Son attitude est comparée à celle de Natacha. L'auteur a sûrement voulu renforcer la mise en évidence du comportement non seulement détestable, mais contre nature, de cette mère qui n'en a que le titre.
Je ne pense pas que son prénom soit une traduction, mais en français, il est très bien choisi. Il évoque un mélange de «gredine» et de «radine». C'est ainsi que je la vois: avare de sentiments positifs, et ne sachant que dispenser le malheur.

Le père (Camille) a beau être un adulte, il semble un peu perdu. Il choisit la facilité en noyant ses ennuis dans l'alcool. Mais lui aussi souffre de l'attitude individualiste de sa femme. Il devient démissionnaire, ne pouvant même pas porter sa propre peine. Il fait preuve d'autorité, ensuite, guidé par Gradina, et ne sachant, ou ne pouvant faire autrement.
Il est évident que Gradina est toxique, et que les autres protagonistes ne pourront espérer trouver le salut qu'en la fuyant.
Je me doute que l'attitude de cette mère dénaturée se retrouve plus souvent qu'on ne le pense dans la réalité.

J'ai bien aimé la structure du livre. Elle est assez atypique. D'abord, chaque personnage est évoqué, et on commence par en avoir un petit portrait. Puis ils se racontent. Dans tout le roman, l'auteur louvoie entre les différents points de vue, Jacek s'exprimant, et le narrateur omniscient parlant pour les autres.
La structure est modifiée dès la deuxième partie. Rien ne pourra être pareil, même la structure en atteste. Chaque «chapitre» commence par un haïku, le plus souvent pensé par Jacek. Je pense que ce genre a été choisi à dessein: poèmes brefs, simples, figeant l'instant, montrant un état de penser...

Éditeur: Thierry Magnier.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée pour la Ligue Braille.
Ce roman a été enregistré par une classe d'un lycée, en Belgique afin que des personnes ne pouvant lire «en noir», y aient accès. Outre que je trouve l'initiative honorable et altruiste, j'ai conscience que ce roman, très dur, n'est pas facile à interpréter à voix haute. Les adolescents s'en sont très bien tirés. Bravo et merci à eux!

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